PI. XIV
LES TEMPLES DORIQUES
ETUDE COMPARATIVE DES FLANS REFRESEirrES A LA lû É M 3 ECHELLE TOME VII. 49
la tuile (fig. 207, à droite). C'est entre la fin de Fâge achéen et le vil" siècle que s'est accompli ce progrès. Dès que Ton eut la tuile, on ne manqua point de l'employer à couvrir les terrasses, pour mieux protéger la terre battue qui les constituait, et, du même coup, on en releva les pentes, afin de rendre plus rapide l'écoulement des eaux; alors aurait commencé de se dessiner sur les façades principales le mur du fronton. L'expérience ne tarda point à suggérer un perfectionnement du système; on reconnut qu'il était inutile d'imposer aux murs et aux autres supports le fardeau d'un épais matelas d'argile, et l'on en vint à poser directement les tuiles sur les bois de la charpente, sur des chevrons recouverts d'un lit de voliges. Alors même que c'était là le, procédé généralement employé pour constituer la toiture, on en revint parfois, dans des travaux qui exigeaient une exécution rapide, à la méthode primitive. En 323, Athènes décida de reconstruire son enceinte. Nous avons le décret qui fut rendu à cette occasion et le devis des travaux à entreprendre ; or il résulte de ce devis que, dans la couverture destinée à couronner cette muraille, les tuiles devaient être posées directement sur un matelas de terre pilonnée (fig. 207, à gauche) *.
Quand il a créé le temple, l'architecte a trouvé dans le céramiste un auxiliaire ingénieux et fécond en ressources; celui-ci l'aida non seulement à couvrir le temple, mais aussi à en revêtir certaines parties d'une parure qui semblait devoir lui garder éternellement cet air d'élégance et de fraîcheur que le peuple avait voulu donner à cet insigne monument de sa piété. C'est dans les contrées où la qualité de la pierre laissait le plus à désirer que l'on fit de ce procédé l'usage le plus général, qu'il fut appliqué le plus hardiment à la décoration des plus grands temples. Si le principe du temple grec est partout le même, il y a pourtant des différences sensibles entre les temples qui se sont bâtis dans la Grèce propre, à Corinthe, à Olympie, à Égine, à Athènes,
1. CuoisY, Études épiqraphiques sur V architecture grecque^ II, p. 70.
207. — Le système de la terrasse inclinée. A gauche, couverture des murs d'Athènes (Choisy, planche, fig. 3). A droite, diagramme qui représente la terrasse primitive.
et ceui des colonies lointaines. Les temples de la Grèce d'outre-mer ontélé, relativement, plus épargnés par le temps. En dehors d'Athènes, il n'est pas de site, sur les côtes delà mer Egée, où se trouvent réunis, en groupes imposants, des édifices aussi bien conservés que ceux de Pa'slum et d'Agrigente; mais ce n'en ^st pas moins les temples de TAttique et du Péloponnèse que nous considérerons comme les vrais types du monument qui a été le chef-d'œuvre du génie plastique de la Grèce. Le plan y est plus clair et plus rationnel; les proportions y sont plus harmonieuses ; la matière y est plus belle et le détail plus soigné. C'est là, et là seulement, que l'on rencontre des édifices où, comme dans le temple de Zeus à Olympie et surtout dans le Parthénon, le statuaire ait prêté son concours à l'architecte pour peupler de figures vivantes tous les champs où celles-ci pouvaient trouver place. Ce n'est d'ailleurs pas cela seul qui distingue les temples que l'on peut appeler excentriques; on y relève, soit dans le plan, soil dans l'élévation, des variantes qui attestent les eiîorts que le génie grec s'est imposés pour donner à chacun de ses ouvrages, tout en conservant l'ensemble de la donnée traditionnelle, un caractère personnel. Nous ne saurions entreprendre de relever ici toutes ces particularités. Le meilleur moyen d'en rendre sensible l'imporlance, c'est d'appeler Tattention sur les planches où nous avons réuni, réduits tous à la même échelle, les plans de vingt-neuf temples grecs (ph--XIV-XVIII). Ces planches nécessitent quelques brèves explications.
La première (pi. XIV) groupe les temples qui appartiennent à ce que nous appelons le premier tym. C'est celui qui rappelle le plus fidèlement le mégaron et qui en est le plus directement issu ; il est caractérisé par le portique qui l'enveloppe et par les six colonnes que présentent ses façades principales, par son double pronaos et par sa double colonnade intérieure. Celle-ci est double aussi en hauteur. Dans tous les temples de celte catégorie, sauf à Bassae, il y a superposition de deux ordres, celui d'en bas servant à soutenir le plancher d'une galerie qui régnait sur les deux grands côtés de la cella, galerie à laquelle on accédait souvent par des escaliers dont les amorces sont restées visibles dans plusieurs édifices*. La colonne de l'ordre supérieur est, à travers l'architrave, comme le prolongement du fût de l'ordre inférieur; elle en continue les lignes. C'est du moins ce qui a été con-
\. Il y a notamment des traces de ces escaliers dans le temple de Zeus à Olympie, dans le temple de Poséidon à Pestum, et dans trois temples d'Agrigente : le temple de la Concorde, le temple de Junon Lucine et le temple d'Esculape.