‹ Histoire de l'art dans l'antiquitéChapitre 231 sur 349 · PI. XXII · texte numérisé non relu

PI. XXII

PLAN restaurb: du temple de corinthe

Par Doerp/'ild.

précision pour que la forme de la colonne se continuât de bas en haut, sans que la ligne de son contour subît aucune déviation. Ces éléments, des troncs de cône, c'est ce que Ton appelle les tambours.

Cette unité de la colonne morcelée, on Ta obtenue par des procédés que Ton perfectionnera encore, en Attique, dans les temples de marbre du V® siècle, mais qui, dans les plus anciens temples, témoignent déjà du soin que les Grecs apportaient à l'exécution de leurs travaux. Les tambours tiennent surtout en place par leur propre poids et par l'étroite adhérence que l'on réussissait à ménager entre les lits de pose. Dans chacun des plans horizontaux, la partiemédiane, qui n'était que piquée àla pointe, formait une légère dépression autour de laquelle régnait un anneau saillant; le contact ne s'établissait entre les tambours que par les surfaces de ces anneaux. Ces surfaces, on s'appliquait à les rendre aussi lisses que possible. Enfin, pour parer à toute chance de déplacement latéral, en créant une liaison mécanique entre les tambours, on rattachait ceux-ci, les uns aux autres, par des tenons en bois ou en métal.

Monolithe ou composée de plusieurs blocs, la colonne grecque est toujours cannelée; quand on la rencontre lisse, comme à Ségeste (fig. 180) et dans quelques autres temples, c'est que l'édifice n'a point été achevé; dans ce cas, on trouve presque toujours les cannelures amorcées en haut et en bas du fût. Le travail était préparé ; avant qu'il fût terminé, le chantier a été abandonné. Si, dans le temple de Déméter à Pestum, le premier des fûts de la colonnade intérieure est dépourvu de cannelures, sur une partie de sa circonférence (fig. 215), c'est vrai-

215. — Colonne intérieure du temple de Déméter, d'après le géométral de Labrouste.

semblablement avec intention ; cette surface lisse était destinée à servir d'album.

Nous n'avons pas à définir ici la cannelure (paê^o;, paé^coaç) ; nous l'avons déjà rencontrée en Egypte, en Assyrie,, en Phénicie, en Cappa doce, en Perse et à Mycènes*. Il nous a paru vraisemblable qu'elle était née d'abord dans le bois, du travail de la gouge. Quoi qu'il en soit, pour que celte moulure ait été employée partout à peu près de même façon, il faut qu'elle rende un service dont l'importance n'est pas contestable. C'est ce que, du premier coup, l'esprit de l'artiste a saisi par une de ces intuitions rapides dont il a le secret. Avec les sillons qui s'y creusent, la colonne cannelée offre à l'œil une surface à section horizontale ondulée dont le développement est tout autre que le serait celui du contour d'un fût lisse de même diamètre, ce qui la fait paraître plus forte qu'elle ne l'est réellement. Les jeux de lumière qui se produisent à sa périphérie et les traits d'ombre qui s'y dessinent avec d'autant plus de vigueur que le jour qui la frappe est plus vif y mettent des accents qui lui donnent un aspect plus franc de consistance et de fermeté ; mais, en engraissant la colonne, la cannelure ne l'alourdit point. Tout au contraire, le regard du spectateur s'attache à ces lignes verticales qui tendent toutes vers le chapiteau; il les suit, il monte avec elles. Cet artifice rend plus sensible le mouvement ascensionnel du support; par là même, il en accuse mieux la fonction et il en marque plus clairement, à première vue, la place dans l'ensemble; il concourt ainsi, très efficacement, à l'expression générale de l'édifice. La concavité des cannelures est formée, dans les plus anciens temples de Sélinonte et dans celui de Métaponte, par un arc de cercle (pi. XXIV, 8,10; fig. 216) ^ ailleurs la courbe est elliptique (pi. XXIV, 9 ;

1. Hisloire de l'Art, t. I, p. 549-550; H, p. 270, fig. HO; III, p. 461, fig. 337; IV, p. 695, fig. 314 et 321; V, p. 457-488, fig. 292, 311, 312, etc.; VI, p. 525, fig. 201, 204. 205.

2. Planche XXIV. 1 et 12. Chapiteau du vieux temple dorique de Tirynthe. Schlibmann Tirynihe, p. 275. — 2. Temple de Métaponte (Colonne paladiné). Chapiteau. De Luynes, et Debacq. 13 et 14. Les annelets de ce chapiteau profilés d'après De Luynes et d'après Santé Simone (La gava, Topografia e storia di Metaponto, pi. X). — 3. Chapiteau du temple de Corintheet 15, Profil des annelels, d'après Dœrpfeld, Athen. Mitth., 1886, pi. 8. — 4. Chapiteau du temple D, à Sélinonte. 16, 17, 18. Profils des annelets et du gorgerin. D'après Hittorf, Architecture antique de la Sicile, pi. 32. — 5. Chapiteau du temple S, à Sélinonte. 19, 20, Coupe des annelets. Hittorf, Architecture antique^ pi. 55. — 6. Chapiteau du temple C. 21, 22. Annelets de l'échiné et du fût. Hittorf, Architecture antique, pi. 24. — 7. Chapiteau du temple de Poséidon à Pestum. 23. Coupe des annelets de l'échiné. Labrouste, pi. 9. — 8. Plan des cannelures de la colonne du temple C, Hittorf, Arch, antique, pi. 2i. — 9. Colonne du temple de Poséidon à Pestum.

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