‹ Histoire de l'art dans l'antiquitéChapitre 24 sur 349 · Iliade, XXIII · texte numérisé non relu

Iliade, XXIII

sance de la cité éolienne. Le second groupe esl formé des restes d'une poterie plus fine et mieux cuite, à glaçure rouge ou noire, que décorent des bandes d'un ton foncé qui s'enlèvent sur un fond clair; ce que lui rappelle cette poterie, c'est celle qu'il a trouvée dans l'acropole mycénienne, en dehors des tombes royales.

Les sondages exécutés dans plusieurs autres tumulus ont donné des résultats à peu près pareils. Ils ont porté sur un tertre situé près de celui d'Achille etqueLechevalier a surnommé le tombeau de Patrocle, sur le Pacha-tépehj sur le Bésika-tépéh^ sur le Karaagatch-tépeh ou tombeau de Protésilas. Les dimensions varient : ainsi le Bésika-tépeh a 80 mètres dediamètre et 14"^,50 dehaut ; le Karaagatch-tépeh occupe une surface encore plus considérable. Dans cette dernière butte, la poterie, ornée de dessins incisés que remplit une poudre blanche, a un caractère plus primitif ; mais, à ces nuances près, la ressemblance est très marquée. Il n'y a point de chambre ménagée dans l'épaisseur du tertre; on n'aperçoit ni restes de constructions, ni débris humains, ni même vestiges du bûcher. Partout la tombe est réduite à n'être qu'un tas de terre; cette terre a été amoncelée au-dessus d'un corps incinéré dont jusqu'ici aucune trace ne s'est retrouvée, ou bien elle a été posée comme un sceau, sur un souvenir que la piété des survivants s'est proposé d'enclore, si l'on peut ainsi parler, dans le flanc du tumulus.

On n'a pas retrouvé ailleurs qu'en Troade et en Thrace de tumulus semblables à ceux que décrit le poète*; d'autre part, là où des tombes ont été rencontrées que l'on est en droit d'attribuer à la période qui suit de près l'invasion dorienne, le type auquel ces tombes se rattachent n'est pas celui que nous avons défini d'après \ Iliade et V Odyssée ; c'est, bien plutôt, avec quelques différences secondaires, celui de l'âge mycénien, comme on l'a constaté en étudiant les nécropoles attiques et surtout, àAthènes,lecimetière qui séparait le Céramique intérieur du Céramique

i. Il y a bien, en Asie Mineure, une nécropole où la rite de Tincinération a été seul employé et qui parait appartenir à la période dont nous nous occupons; c'est la nécropole carienne d'Âssarlik, entre Halicarnasse et Myndos. Décrite par Paton et Duemmler, elle a été très bien étudiée par Helbig, qui a montré quelles analogies les sépultures y présentent avec celles dont il est question chez Homère (Ueber die Nekvopole von Assarlik in Karien, dans les Nachrichten der K, Gesellschaft der Wissensehaften zuGoettingen, philologisch-historischeKlasse, f896, p. 233-252). La raison pour laquelle nous n'insistons pas ici sur ce cimetière, c'est qu'il ne nous paraît pas prouvé que, comme Helbig le pense, ces tombes soient celles des premiers colons grecs qui se sont établis sur les côtes de la Carie ; nous inclinerions plutôt à voir dans cette nécropole celle d'une de ces vieilles villes cariennes qui avaient précédé là les villes grecques et dont les murs se retrouvent sur plusieurs points de cette contrée {Histoire de VArt, t. IV, j. viii, ch. 3).

extérieur. 11 a été ouvert là beaucoup de tombes qui contenaient une poterie d'un caractère très particulier, que les archéologues ont pris l'habitude d'appeler j9(?/m^ (/«/ /)?j9y /on, parce que c'est dans les sépultures voisines de la porte ainsi dénommée (la Porte Double) que les exemplaires de cette céramique ont été recueillis en plus grand nombre que partout ailleurs*. Les plus anciennes de ces tombes sont celles de générations qui, par la date où elles ont vécu, ne peuvent être très éloignées de ces Homérides ioniens dans les récits desquels il n'est fait mention que d'un seul rite, celui de l'incinération.

Or, et c'est ce que l'on ne constate pas sans surprise, si, vers ce temps, le rite de la crémation n'est pas inconnu dans la Grèce continentale, il n'y est pratiqué que par exception. Sur les dix-neuf tombes dipyliennes qui ont été fouillées dans la campagne de 1891, il n'y en avait qu'une où eût été sûrement enseveli un mort incinéré, et encore est-elle de celles qui, d'après le caractère de leur mobilier, paraissent les moins vieilles^; dans toutes les autres on a trouvé ou des squelettes entiers ou des ossements que la flamme n'avait pas calcinés. Le rite de l'incinération n'a jamais prévalu complètement dans le monde antique^ Les pauvres paraissent avoir toujours préféré l'inhumation, qui coûtait moins cher; mais ils n'étaient pas seuls à enterrer leurs morts.

Dans le cimetière du Dipylon, jusqu'aux vi% v*' et iv« siècles, les morts incinérés sont mêlés aux morts inhumés; pourtant toutes ces tombes témoignent d'une certaine aisance ^ Pour la Grèce même et

1. De toutes les relations auxquelles ces fouilles ont donné lieu, la plus développée est celle qui a trait aux fouilles exécutées en 1891, sous la direction de MM. Staïs et Kawerau, sur l'emplacement de la propriété Sapountzaki. Les résultats de ces recherches ont été exposés par MM. A. Brueckner et.E. Pemice, sous ce titre : Ein attischei* Friedhof (Athen. Mitth,, i893, p. 73-208 et pi. VMX). C'est surtout à cet article que nous aurons sans cesse l'occasion de nous référer. Il y a aussi plus d'une donnée à relever dans le mémoire par lequel M. Hirschfeld a le premier défini les caractères de la poterie du Dipylon [Annali dell* Instituto, 1872, Vasi Arcaici Ateniesiy p. 131-182). Enfin un point de comparaison très précieux est fourni par les résultats des fouilles que M. Philios a exécutées à Eleusis, au-dessus de l'Acropole ; il y a trouvé un petit cimetière contemporain des plus anciennes tombes du Céramique ( 'Avaoxof^at «p/^a^wv Tot^wv £v 'EXeujtvi, dans 'E^Tjjispîç, 1889, p. 172-174). Sur un cimetière de Salamine qui appartient à la transition entre l'âge mycénien et l'âge homérique, voir Kawadias, Catalogue des Musées d'Athènes, in-80, 1895, p. 25-26. L'inhumation et l'incinération y étaient pratiquées en même temps.

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