Triglyphe d'un des temples de Métaponte
Élévation et plan. Durm, Handbuch, fig. 89.
achevée, leur section terminale, telle queTavait laissée la scie. L'aspect des bouts de toutes ces poutres aurait manqué d'agrément*; ils n'ignoraient pas que Ton imagina de les cacher sous des plaques de recouvrement en pierre ou en bois et que, dans ce dernier cas, cette plaque se composait de planchettes que le peintre se chargeait de décorer. Une couleur bleue, mêlée à la cire fondue, y relevait l'effet des rainures qui accompagnaient le joint de chaque planchette. Aucun arrangement de ce genre ne devait s'offrir à la vue, dans les édifices de l'âge classique ; mais il est curieux que, par conjecture, ces théoriciens soient arrivés à concevoir, pour ces extrémités des solives, un mode de décoration fort semblable à celui qui distinguait la frise d'albâtre trouvée à Tirynthe, cette frise que nous avons restituée et placée dans l'entablement des palais mycéniens ^ Il est possible, après tout, que les architectes, au V" siècle, aient encore gardé quelque souvenir des modes de construction et de décoration que nous avons décrits à propos des édifices de l'âge primitif; la tradition de ces procédés pouvait s'être conservée, par endroits, dans des bâtiments de petite dimension, où la terre et le bois jouaient encore le rôle principal.
Si Vitruve n'a pas cherché à rendre raison du nom que portait le triglyphe, il ne parait pas s'être demandé davantage pourquoi l'ornement affecté à ce membre de la frise a toujours été la strie, la cannelure triangulaire. On a proposé à ce sujet des conjectures subtiles et plus ou moins ingénieuses, que l'on aurait pu s'épargner. Le triglyphe est cannelé, comme la colonne, parce qu'il est, comme elle, une forme montante, un support, et cette cannelure sert à diversifier la frise sans en rompre l'unité, à y créer, par son retour régulier, un rythme qui plaît à l'œil. Entre la surface lisse de Tarchitrave et le champ que ces rainures coupent à intervalles égaux, il y a un contraste cherché et voulu, qu'accusait encore davantage la couleur bleue affectée d'ordinaire aux triglyphes.
Pourquoi, tout au moins dans les édifices où l'architecture dorique est arrivée à sa perfection, la cannelure du triglyphe n'a-t-elle pas, en plan, la même coupe que la cannelure du fût? La raison de cette différence, on croit la deviner. Dans la colonne, c'est sur des plans qui fuient sous le regard que se creusent les cannelures; elles donnent
1 . Quœ species cum invenusta iis visa esset, labellas ita formatas uti nunc fiunt triglyphi contra tignorum prœcisiones in fronte fîxerunt et eas cera cœrulea depinxerunt, ut prœcisiones tignorum tectœ non ofFenderent visus (Vitruve, IV, ii, 2).