Histoire de VArt, t. VI, fig. 512 et
(pi. V et VI). Rien ne Tobligeait à prendre ce parti ; maître de régler comme il Tentendait la disposition de cette partie du bâtiment, il reporta le larmier de la corniche sur les deux pentes qui correspondaient à celles de la couverture. Par ce moyen, grâce à la saillie que ce larmier faisait sur le champ, il donnait à son fronton un cadre que cernaient, avec une singulière fermeté, deux belles lignes d'ombre et qui assurait une protection efficace à Tœuvre d'art qu'il pourrait avoir l'idée de demander au statuaire pour meubler cet espace.
L'ensemble de ce fronton, avec sa corniche, oÉfrait une opposition très heureuse entre la surface unie du tympan et la richesse de la bordure, où le pinceau du décorateur avait prodigué ses plus beaux ornements, oves, méandres et palmettes. Cette corniche, étoffée et somptueuse, était comme le diadème qui, posé sur le front du noble édifice, en relevait encore l'imposante majesté (pi. VII, E).
Cette cymaise des rampants du fronton se continue parfois, avec le même profil et les mêmes gargouilles, sur tout le pourtour de l'édifice. Souvent aussi elle s'arrête, en retour d'angle, sur les côtés; la cymaise fait alors défaut sur la corniche des façades latérales.
En règle générale, les gouttes des mutules ont été taillées dans la matière même des blocs qui constituent le larmier; pourtant, dans un des Trésors d'Olympie, elles sont toutes rapportées; l'ouvrier les a fixées, une à une, dans des trous, où elles ont été scellées au plomb. Dans le temple de Poséidon, à Paestum, elles avaient été ajustées après coup, de la même manière, mais sans doute avec moins de soin; leur place n'est plus marquée que par les trous où elles étaient jadis engagées. On a fréquemment fait usage de ce procédé pour remplacer celles qui, par suite d'un accident, avaient été brisées. Dans plus d'un monument, la trace de ces réparations se laisse apercevoir.
Le grand goût de l'architecte a su utiliser, pour la décoration de la corniche, les éléments destinés à recueillir les eaux de la toiture et à les projeter au dehors. Dans les plus anciens édifices, comme au Trésor de Gela, on s'est contenté de gargouilles de forme cylindrique ; mais ces gouttières étaient d'un assez pauvre aspect (pi. VIII; pi. XXXIII, 6; fig. 238). Plus tard, on prit l'habitude de donner à ces émissaires la forme de têtes d'animaux, le plus souvent de mufles de lion. Ces têtes, sous le ciseau de l'ornemaniste, prirent souvent un très beau caractère (pi. VII, C; pi. IX; fig. 239) ^ La gueule y est largement ouverte, et les
1. Le musée de Palerme possède une très belle suite de ces gargouilles, en forme de tête de lion; elles proviennent de temples différents, et l'on peut y suivre le développe-
238. — Une gargouille d'un temple de Sélinonte. Sotizie degli scavi.
eaux ruisselaient sur la langue pendante, dont le dessus a été creusé
en forme de canal, artifice que ne distinguait
point, d'en bas, l'œil du spectateur. Pourquoi le
masque du lion a-t-il été choisi, de préférence à
toute autre forme, pour remplir cette fonction?
On a allégué une mode égyptienne, qui serait
née de considérations astronomiques; on a dit
aussi que la mythologie grecque assignait au lion
le rôle de protecteur des sources*. Aucune de ces
explications ne paraît s'imposer. Ce type était
devenu familier aux Grecs par le fréquent usage
qu'en faisait l'art oriental, par les nombreux
exemplaires que leur en oÉfraient les objets de
tout genre qu'ils tiraient, par diverses voies, de l'Egypte, de la Syrie
et de l'Asie Mineure; ce qui acheva d'en faire la fortune, ce fut sur-
^^ __^^^^^^^^^^^ tout ce qu'il a de no-
H" ' ^^^9B^9t^P^''^'*^^^S^^w bl^s^^ ^t de beauté.
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tait-on, affecté pour la première fois à cet usage par le potier corinthien Boutades ^ Quoi qu'il faille penser de cette tradition, le motif, une fois inventé, eut assez de succès pour rester, pendant des siècles, le seul qui fftt d'un emploi courant. Tandis que nos constructeurs du moyen âge ont donné des formes très variées et souvent fort bizarres aux gargouilles de leurs édifices, l'archi-
239. — Tôte de lion d'un temple d'Hirtiéra. Musée de Palerme. Duruy, Histoire des Grecs, t. II.
ment du type, depuis la sévérité archaïque des plus anciens exemplaires jusqu'à Texécution plus molle et plus lâche des bas temps de Tart.