Pli.ne, h. iV., XXXV
lecte grec, lorsqu'il a voulu prêter aux siennes un caractère décoratif, n'en a presque jamais fait que des masques de lion; pourtant, à Épidaure, le chéneau du temple d'Artémis porte, au lieu de la tête de lion traditionnelle, une tête de chien. Ces masques étaient parfois dorés. Dans les temples où Tart avait déployé toutes ses ressources, ils étaient modelés avec une largeur de style qui donne à croire que la maquette était dessinée par les maîtres sculpteurs auxquels avait été confiée Inexécution des figures du fronton et de la frise. Dans un même édifice, ces têtes de lion n'étaient pas toujours toutes exactement pareilles, tant l'art grec aime à mettre d'invention et de variété jusque dans les moindres détails* !
Là où la grande cymaise, avec ses gargouilles, n'existait pas sur les longs côtés du temple, les eaux qui aboutissaient aux deux façades latérales, après avoir glissé sur les pentes du toit, se déversaient au dehors par les intervalles qui séparaient, à leur base, les tuiles de recouvrement; de la corniche, elles tombaient directement sur le sol. Dans le temple C de Sélinonte, l'eau paraît s'être écoulée par les ouvertures de forme irrégulière, également espacées, qui, dans une belle cymaise ajourée de terre cuite, séparent les palmettes (pi. VII, 2; pi. VIII). Il en est rarement ainsi. Dans deux des temples de Sélinonte (B et S), la gouttière se continué sur les grands côtés, et elle se vide par des gueules de lion qui s'ouvrent, de place en place, dans la cymaise.
En cherchant à donner une idée de la corniche, de son caractère et de son aspect, nous en avons supposé, jusqu'à présent, les ornements sculptés dans la pierre ou peints sur la surface de cette pierre; mais le ciseau et le pinceau ne pouvaient faire leur œuvre avec quelque précision que là où ils s'attaquaient, soit au marbre, soit à un calcaire d'un grain très serré. Là où l'architecte n'avait eu d'autres matériaux qu'un tuf poreux et plein de coquilles, il lui fallait recouvrir d'une couche de stuc toutes les surfaces de la pierre, ce qui donnait au monument quelque chose de l'aspect d'un monolithe ; mais ce stucage était une opération assez délicate et assez longue. Sur certains points du monde grec, on usa d'un autre expédient pour remédier à l'insuffisance des matériaux.
Il n'était pas de portion du bâtiment où l'on eût plus besoin de lignes nettes et de tons vifs que dans cette corniche qui, comme l'indique son nom {corona en latin), couronne le temple et se détache sur
1. C'est ce que l'on a remarqué à Métaponte (De Ldynes et Debagq; Métaponte, in-f«, 33, p. 42).
le bleu du ciel avec d'autant plus de vigueur que les tons qui la parent sont plus vifs et plus chauds. La terre cuite était mieux appropriée que toute autre matière à servir de recouvrement pour la partie du monument que menaçait le plus l'action des intempéries. On a peine à s'expliquer, dans ces conditions, que, lorsque furent trouvés, parmi les ruines de plusieurs temples d'Italie et de Sicile, à l'état de débris, des revêtements en argile peinte, les architectes qui les recueillaient ne soient pas arrivés tout d'abord à deviner quelle place ces revêtements avaient jadis occupée dans l'édifice. Us crurent ne pouvoir les utiliser, dans les restaurations qu'ils présentèrent, qu'à l'intérieur du temple, comme enveloppes des poutres qui y soutenaient le plafond».
C'était là une hypothèse que rien depuis lors n'est venu confirmer. Les fouilles allemandes d'Olympie ont montré la terre cuite employée d'une tout autre façon. En démolissant, non loin de la Terrasse des Trésors j un mur byzantin construit avec des fragments antiques, on a recueilli nombre de pierres ouvrées, dans lesquelles on a reconnu, avec toute certitude, les restes du Trésor érigé par la ville sicilienne de Gela et les diverses pièces de son entablement. Parmi ces morceaux de tuf, il y en a où les surfaces qui jadis étaient visibles ont été dressées et polies avec soin, tandis qu'ailleurs elles ne sont que piquées grossièrement à l'outil, ce qui permettait d'inférer que, dans l'édifice, elles étaient recouvertes par des appliques qui les dérobaient au regard. Ces appliques, on les a retrouvées aussi, dans cette muraille même. C'est des revêtements en argile peinte, dont la forme est celle de longues caisses qui n'auraient que trois côtés. Leurs dimensions concordent exactement avec celles des dififérents larmiers que la fouille a mis au jour : il y a celui de la corniche des façades latérales, celui de la corniche droite et celui de la corniche rampante des façades principales. Ce qui achève de prouver que toutes ces pièces de terre cuite ont bien été employées à cacher la face externe des larmiers, cette face qui n'était que sommairement épannelée, c'est des trous ronds ménagés dans l'argile, trous auxquels correspondent des clous que l'on aperçoit encore plantés dans la pierre, sur le dessus des larmiers (pi. VIII). Ces sortes de boites auraient, même sans cette précaution, adhéré au membre dont elles épousaient les contours ; mais on avait craint les effets des violences du vent ou des secousses du sol et, pour plus de