‹ Histoire de l'art dans l'antiquitéChapitre 266 sur 349 · TOME VU · texte numérisé non relu

TOME VU

tement, on espérait prévenir tout déplacement latéral des éléments de la corniche ; mais quel travail précieux et coûteux on s'était imposé pour obtenir ce résultat ! Là aussi s'accuse la pensée dont témoignent la complication et la multiplicité des scellements au fer et au plomb : on a le ferme propos de ne rien épargner pour assurer la durée et l'intégrité du noble édifice qui sert d'habitation aux dieux protecteurs de la cité.

Ces scrupules de conscience ne se marquent pas moins dans le travail de l'épannelage, qui se faisait sur chantier, avant la mise en place, travail dont nous pouvons suivre toutes les phases grâce aux observations auxquelles se prêtent de nombreux édifices qui, par suite de diverses circonstances, n'ont jamais été achevés. Le principe dont s'inspirait le constructeur est facile à saisir: il voulait éviter à tout prix que les pierres qu'il taillait risquassent de subir, au cours de la construction, des heurts qui les endommageraient, qui causeraient, soit sur les faces, soit sur les arêtes, des dégâts auxquels il ne serait possible de remédier qu'au prix de réparations toujours gauches et précaires. Le moyen de prévenir ces accidents, c'était de conserver partout, pendant toute la durée des opérations préliminaires, un excès de matière, qui ne tomberait qu'à l'heure du ravalement définitif. Ces procédés systématiques de l'épannelage ne se laissent nulle part mieux étudier que dans le temple de Ségeste ; l'édifice est resté à l'état d'ébauche (fig. 180).

Voici d'abord la colonne, vue en coupe et en élévation perspective (pi. XLl, 1, 2)*. Aux quatre angles du tailloir, on aperçoit des prismes, à peu près rectangulaires, qui en bordent les arêtes. Ces prismes n'étaient point des ornements destinés à subsister, une fois l'ouvrage terminé ; il n'y a rien de pareil dans aucun chapiteau dorique ; ces appendices sont des organes de défense, destinés à protéger les arêtes du chapiteau, que leur forte saillie exposait, pendant la durée des travaux, à des chocs qui les auraient émoussées. Les blocs dont se compose l'architrave donnent lieu aux mêmes remarques, à propos des bourrelets qui y longent les joints (pi. XLI, 3). Ces bourrelets forment bordure partout où les blocs ont dû être mis en contact, et cette circonstance en

1. PI. XLI. 1, coupe et 2, perspective d'une colonne du temple de Ségeste. D'après le géométral d'Hittorf, V Architecture antique, pi. 4. — 3. Architrave du môme temple, d'après Hittorf. — 4. Colonne du temple de Némésis à Rhamnonte. Ant, inéd,, ch. vi, pi. 10. — 5. Fragment de fût dorique trouvé àOlympie. Olympia, pi. 35. — 6. Assise du temple S, à Sélinonte, d'après Hittorf. Arch, ant., pi. 57. — 7. Assises des propylées d'Athènes. — 8. Application du stuc sur une colonne de Pœstum.

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