‹ Histoire de l'art dans l'antiquitéChapitre 267 sur 349 · FI. XLI · texte numérisé non relu

FI. XLI

MODE DORIQVE

L'EPANNELAGE

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indique clairement le caractère ; ils ont été réservés pour empêcher deux arêtes vives de s'émousser en se heurtant au moment où viendraient s'accoler l'une à l'autre les faces jointives. Ces baguettes ne subsistent d'ailleurs plus, sur les plates-bandes de l'architrave, que du côté de la cella ; à l'extérieur, elles avaient déjà été abattues quand les travaux s'interrompirent pour n'être jamais repris. Les mêmes méthodes ont été appliquées aux blocs^ d'un bel appareil très régulier, dont est fait le stylobate. Les bossages qui, là, occupent la partie centrale des parements servaient à mettre ceux-ci à l'abri des dégradations; quant aux dés qui font saillie sur le devant des carreaux^ ce n'est pas autre chose que des tenons qui ont servi à lever et à manier les pierres. Tout cela, bossages et tenons, devait disparaître sous le même outil, quand l'édifice recevait les dernières façons. Une étroite ciselure, ménagée tout autour des joints, indique le plan auquel devaient être plus tard ramenés les champs.

Au temple S de Sélinonte, c'est une disposition un peu différente, un mode de taille qui n'accuse pas la préoccupation de faire correspondre les joints verticaux avec le refend (pi. XLI, 6). Il est à peine besoin d'ajouter que l'on est resté fidèle à ces pratiques dans la construction des édifices en marbre du v® siècle, où le souci de la perfection était poussé plus loin que dans les temples en tuf de la Sicile; c'est ce que l'on voit dans le soubassement des Propylées, à Athènes (pi. XLI, 7). Avec leur distribution symétrique, ces plateaux saillants ne déplaisaient d'ailleurs pas à l'œil; celui-ci les rencontrait dans nombre d'édifices qui n'avaient pas été tout à fait terminés; il s'y accoutuma si bien qu'il ne laissa pas de trouver quelque agrément au contraste qui se marquait entre la surface rugueuse du bossage et le poli de la ciselure directrice. C'est ainsi que, dans maints bâtiments de l'époque hellénistique, cette taille préparatoire est devenue définitive ; ce qui n'était qu'un expédient s'est tourné en motif d'ornement.

11 en est des colonnes comme des entablements et des murs; qu'elles fussent monolithes ou composées de plusieurs tambours, c'était avec un fût lisse qu'elles étaient dressées dans le portique, dans le pronaos ou dans la cella. Dans le temple de Ségeste, elles en sont restées toutes à ce premier état, qui dans la pensée de l'architecte ne pouvait être qu'un état provisoire. Jamais l'art grec n'a conçu la colonne dorique sans le luxe de la cannelure; mais quels risques celle-ci n'aurait-elle pas courus, si elle avait déjà paré le fût alors que l'on en était encore à hisser les blocs destinés à l'entablement et que les écha-

faudages volants montaient et descendaient contre les façades! Les filets et les annelets avaient pu, sans inconvénient, être taillés sur le chantier, avant la pose; ils seraient abrités, une fois le support sur pied, par la forte saillie du chapiteau; mais le corps de la colonne ne pouvait compter sur la même protection ; il eût été difficile d'éviter les épeaufrures à ces arêtes vives qui, dans l'ordre dorique, courent entre les sillons parallèles. Ce travail du creusement des rainures était donc réservé pour la fin de l'entreprise ; mais, au moins là où le marbre formait la matière de l'édifice, le directeur du chantier ne se contentait pas d'arrondir sa colonne ; il l'échantillonnait, comme on dirait pour un ouvrage de tapisserie. Il fixait le nombre des cannelures et il en dessinait la courbe ; puis il les faisait exécuter sur une faible hauteur, au sommet du tambour sur lequel s'appuyait le chapiteau et tout en bas de celui qui reposait sur le sol (pi. XLI, 4) ; on les trouve même parfois ciselées tout autour du refouillement ménagé dans la dalle du stylobate sur laquelle portait le tambour inférieur. Lorsque, le gros œuvre une fois achevé, le moment était venu de terminer et d'habiller l'édifice, l'ouvrier n'avait plus qu'à suivre ces indications très précises, à réunir Tune à l'autre les deux bandes très étroites que striait la cannelure.

A Ségeste, il n'en est point comme à Rhamnonte, comme dans le temple de Déméter à Eleusis, comme dans celui d'Apollon à Délos; les cannelures ne sont pas amorcées sous l'échiné et au pied du fût. C'est que l'exécution, dans les temples de tuf, ne comportait pas des soins aussi minutieux. On taillait sommairement les cannelures dans le tuf, puis, sur le tambour ainsi dégrossi, on posait une couche de stuc qui avait parfois de 8 à 10 millimètres d'épaisseur. L'outil, en modelant cet enduit, arrivait aisément à donner aux arêtes la netteté et la vigueur que l'on n'aurait pas obtenues sans peine dans une pierre à gros grains. La figure 8 de la planche XLI représente un fût de Paestum à demi couvert du manteau de stuc dont il ne subsiste aujourd'hui, sur ces ruines, que de très faibles restes.

C'était par les parties hautes de l'édifice que commençait le ravalement général. Des corniches, on descendait à la frise et à l'architrave, puis aux chapiteaux ; on ciselait ensuite les cannelures dans le fût des colonnes. Un tambour trouvé à Olympie nous apprend comment s'exécutait cette opération (pi. XLI, 5). Sur une partie de la circonférence, les cannelures ne sont encore indiquées que par des pans droits. Ces pans, lorsqu'ils avaient été taillés sur toute la péri-

phérie du tambour, faisaient de celui-ci un solide polygonal d'autant de côtés qu'il devait y avoir plus tard de sillons verticaux. Ici le tambour, au moment où le travail a été suspendu, était en train de passer du second au troisième état. Dans une portion du contour, les cannelures sont déjà creusées, avec la courbe concave qui les caractérise.

Dans les grands temples, les architraves, les triglyphes, les tambours, d'autres pièces encore, représentaient un poids considérable. Comment les Grecs s'y sont-ils pris pour élever ces blocs très lourds, et, d'une manière générale, pour monter et mettre en place les pierres dont se composent leurs édifices? C'est les pierres mêmes qui nous renseignent à ce sujet; beaucoup d'entre elles portent encore la marque des outils au moyen desquels l'ouvrier les a jadis maniées. On a dû déjà remarquer, sur plusieurs des membres d'architecture que nous avons reproduits, à côté des entailles qui ont reçu les scellements, des trous qui n'ont pas été forés à celte fin, qui n'ont pu servir qu'au montage des pierres (pi. XL, 9, 20). La planche XLII est destinée à faire connaître les divers procédés qui ont été employés pour obtenir ce résultat*.

Le procédé le plus simple, c'était d'entourer de cordes la pierre à soulever, que ce fût un des tambours de la colonne ou tout autre élément de la construction, une des pierres du mur; mais, pour que la pierre, au cours de son ascension, ne risquât pas de se détacher, on y ménageait, lors de l'épannelage, des saillies prismatiques, grâce auxquelles on réussissait à fixer solidement le lien (pi. XLII, 3,

13, 14). Cependant, avec le secours même de ces poignées, il n'était pas impossible que ce lien glissât parfois sur le bloc; on chercha donc des méthodes qui écartassent toute chance d'accident, et l'on en trouva plusieurs. Celle qui paraît avoir été le plus fréquemment usitée consiste dans l'emploi de ce que nos maçons appellent le brayet

\, Planche XLII. 1. Brayet. — 2. Temple d'Égine. Chapiteau de l'ordre supérieur de la cella. Garnier, pi. 17. — 3. Fragment trouvé sur l'acropole d'Athènes. — 4. Plan du tambour d'une colonne dorique de Lesbos. — 5. Corniche d'un trésor à Olympie. Durm, Handbuch, fîg. 63. — 6. Architrave de l'ordre intérieur de la cella, à Égine, d'après le géométral de Garnier, pi. 17. — 7. Corniche du temple d'Égine, d'après le géométral de Garnier, pi. 17. — 8 et 9. Soubassement de la cella de l'Hérœon d'Olympie, et coupe sur Tune des assises, d'après Durm, Handbuchy fig. 63. — 10. La tenaille. — 11. Assise montrant comment la tenaille avait prise sur la pierre. — 12. Entablement du Temple des Géants à Agrigente, d'après Cockerell. — 13. Assises des Propylées d'Athènes. —

14. Stylobate du temple de Ségeste.Hittorf, Arc/i. ant., pi. 5.— 15. Triglyphe du Temple de la Concorde, à Agrigente, Durm, Handbuch, fig. 63. — 16. La louve. — 17. Architrave du temple R, d'après le géométral d'Hittorf, pi. 47. — 18. Corniche du temple A, d'après le géométral d'Hittorf, pi. 16.

(pL XLII, 1). Un canal à double orifice est percé, comme un trou de séton, dans ce bloc duquel on veut s'emparer. 11 est en forme d'U ou quelquefois de fer à cheval; il s'ouvre, en deux points assez rapprochés Tun de Tautre, sur une face qui, dans la construction, ne sera pas visible (pi. XLII, 2, 4, 6, 7, 8, 9, 12, 15). On passe dans ce conduit le bout de la corde, puis on fait un nœud. Ainsi traversée de part en part et prise dans cette boucle, la pierre ne pouvait échapper à cette étreinte que si le câble venait à casser.

Ce même système a été employé, d'une manière un peu différente, là où les parties latérales de la pierre devaient rester visibles, par exemple dans les chapiteaux. Là, dans l'abaque, deux trous ont été

percés qui se rejoignent et qui for- /- - Èr~Dr ~7\ ment un canal. La partie pleine qui

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/ 'M '*' li'^*!^'^::^^^ ' \ ^" croissant sert à maintenir la ^^^gsa^EMBg/ ^^^^^ ) corde (pi. XLII, 2). Ailleurs, on

^^^^^^^^^^^^^^^^ / s'y est pris de même pour monter

"^^^^^^^^^^^^^"^ "^ ^'^^ d'architrave (pi. XLII, 6) ; "^^^^^^^0^^^^^^ l'entaille a là une forme un peu dif-

férente; mais le procédé est pareil.

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