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LA CHARPENTB ET LA TOITURE

Si, dans les plafonds de pierre de plus d'un temple, on a de fidèles copies des plafonds de bois qui les ont précédés, aucun temple n'a conservé sa toiture. L'élément principal de celle-ci était une charpente qui formait un système indépendant de la charpente des plafonds, avec laquelle elle n'avait aucun point de contact.

Cette charpente du comble a partout disparu; mais, elle aussi, elle a laissé sur les murs de certains édifices des traces qui permettent de la restituer. C'est le cas, par exemple, pour le temple de Poséidon à Paestum, qui, grâce à son état de conservation, représente aujourd'hui, mieux que tout autre, le type des temples à colonnade intérieure. Audessus des trous qui marquent la place des supports du plafond, on y voit, d'une part, sur les assises inclinées qui, en regard de la cella, forment les rampants du fronton, les trous rectangulaires qui recevaient l'une des extrémités des pannes et du faîtage et, d'autre part, sur les côtés, au sommet de l'entablement, les trous où s'inséraient les chevrons. D'après la dimension de ces entailles et d'après la position qu'elles occupent, on mesure le volume et l'on devine la disposition des principaux éléments du comble. A l'aide de ces données on restitue, avec une certitude presque entière, une de ces charpentes, dont ne devaient pas différer beaucoup celles des autres édifices du même genre. Nous la décrivons telle que la présente notre restauration (pi. VI, fig. 3, etfig. 245,246).

Il n'y a point à chercher ici nombre des pièces qui composent nos charpentes, même les moins compliquées, des arbalétriers, un poinçon, un tirant, des contre-fiches. La charpente de Paestum se compose de pannes, d'un faîtage et de chevrons ; à ces pièces s'ajoutent, sur la cella, des poutres ou faux-entraits qui ont pour fonction de soutenir le faîtage. Il y a deux dispositions à distinguer dans cette charpente. Sur

24.). — Temple de Poséidon, à Ptpstum. La charpente restaurée. Coupe transversale sur le l)rQnaos.

les deux petits côtés, en avant et en arrière de la cella, pannes et faîtage portent de mur à mur (fig. 245). Dans ces parties de rédifice,ces éléments, à eux seuls, avec les chevrons, constituaient la charpente; mais ce système si simple n'était plus applicable à la portion du comble

qui se dressait au-dessus de la cella. Audessus des deux nefs secondaires de celle-ci, des chevrons suffisaient à couvrir Fétroit espace compris entre deux murs; mais il eût été impossible de trouver une poutre faîtière qui fût assez longue pour franchir Fintervalle que représentait la profondeur du vaisseau de la. nef centrale. Ce faîtage, il fallait donc le composer de plusieurs pièces, que Ton aurait à soutenir, au-dessous de tous les points de jonction, au moyen d'une poutre transversale qui reposerait sur les petits murs placés au-dessus du second étage de Tordre intérieur (fig. 246). Pannes et faux-entraits forment la cage résistante de la charpente, le squelette sur lequel sont étendus les chevrons. Ceux-ci se divisent, sur chaque versant, en trois séries. La première s'étend du faîtage au petit mur construit sur les colonnes

intérieures, la deuxième de ce même petit mur au mur de la cella, et la dernière du mur de la cella à l'assise la plus élevée de l'entablement. Considéré dans sa structure, ce comble laisse reconnaître tous les éléments de la charpente qui, dans l'âge primitif, devait porter la terrasse du grand mégaron (fig. 177-178). Le système est à peine modifié par les conditions qu'imposait au constructeur l'établissement d'une toiture à deux versants légèrement inclinés.

Le constructeur grec a continué, longtemps après la fin de la période archaïque, à user de ce système, qui est d'une extrême simplicité ; en efifet, son principe est celui de l'aménagement du comble de l'Arsenal qu'un architecte célèbre, Philon, bâtit au Pirée entre les années 346 et 328. Il n'y a que des différences insignifiantes entre la charpente que Ton rétablit à Paestum, en appelant le monument luimême en témoignage de son ancien état, et celle que l'on a restituée

246. — Temple de Poséidon, à Paestum. La charpente restaurée. Coupe transversale sur la cella.

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pour l'Arsenal de Philon, sur les indications très précises de Tinscription qui contient le devis des travaux*. Voici les remarques que fait à ce propos le savant ingénieur à qui on doit cette dernière restauration ; elles s'appliquent aussi bien à Tune qu'à l'autre des deux charpentes : « Rien n'est plus simple que cette construction ; mais rien ne diffère plus profondément de ce qui se pratique aujourd'hui. Chez nous, l'entrait est essentiellement une pièce soumise à des efforts de traction, un ^iraw/. Ici, l'entrait se présente comme une pièce portante , et il n'y a pas trace de l'idée d'une ferme ^ c'est-à-dire d'une combinaison où le poids de la toiture se résout en effort de tension ; cette idée fondamentale de la charpente moderne ne s'est pas présentée à l'esprit du constructeur. Le comble entier n'est qu'un empilage de bois qui s'appuient les uns sur les autres et dont les pesanteurs agissent verticalement, sans jamais se convertir en tensions ; cela marque, à tout prendre, une phase assez primitive dans l'histoire de l'art de la charpente. »

C'est contre la flexion que les poutres avaient ici à lutter ; pour ne pas céder, il fallait qu'elles fussent d'un fort échantillon, et la largeur des entailles permet de constater que les pannes remplissaient cette condition*. Elles n'avaient pas toutes même volume. L'équarrissage variait de 0™,61 à 0™,72. C'était là de grosses pièces de bois ; mais ces dimensions n'étaient pourtant pas exceptionnelles et en dehors des habitudes. Dans la charpente de l'Arsenal du Pirée, ces mêmes pannes avaient d'équarrissage 0",77 sur 0™,71.

Quant aux chevrons, à en juger par les entailles pratiquées à leur intention, ils avaient un équarrissage de 0™,22 X 0'",22. Entre eux, les intervalles étaient de 0"*,55. Les tuiles portaient de chevron en chevron; elles devaient se rencontrer, comme dans beaucoup d'autres temples où on les a retrouvées, sur le milieu du chevron. Elles étaient donc larges d'environ 0™,67. Y avait-il un voligeage interposé entre elles et les chevrons? Il en existait un, et des mieux combinés, dans la toiture de l'Arsenal du Pirée. Là ce voligeage était recouvert par une couche d'enduit sur laquelle s'appliquaient directement les tuiles, ce qui avait encore l'avantage de prévenir réchauffement des charpentes ^ C'est un renseignement que l'inscription nous donne, pour le bâti-

1. A. Choisy, Études épigraphiques sur l'architecture grecque, in-4®, 4884. Première étude : L'arsenal du Pirée d'après le devis des travaux, p. 21.

2. Labrouste, Temples de Pœstum, pi. IV. Coupe sur AB, état actuel.

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