TUILES PLATES ET TUILES DE RECOUVREMENT
angles de la façade (pi. XLIV, 12, 13, 15, 16). Dans certains temples (S et R de Sélinonte), le chéneau parait avoir tourné tout autour de Tédifice. Dans d'autres, les longs côtés ont un chéneau qui ne reproduit pas exactement celui du fronton ou bien n'ont pas du tout de chéneau. Le Parthénon est dans ce cas. Alors le dessus du larmier sert de support aux anté fixes ; c'est ainsi que Ton appelle, à l'imitation des architectes romains, la plaque de terre cuite par laquelle se termine, à son extrémité inférieure, la plus bas placée des tuiles de recouvrement (pi. VII, 2). Qu'elles soient en argile ou en marbre, ces antéfixes forment une crête secondaire, parallèle à celle du faîte. L'œil du spectateur s'arrête sur cette ligne et sur ses découpures symétriques ; c'est elle qui limite et termine, par son élégante et ferme silhouette , les plans verticaux de l'édifice.
Nulle part l'heureux effet que devait produire cette bordure n'est plus sensible que dans une restauration de la corniche du temple C de Sélinonte, telle que permettent de la rétablir les recherches récentes qui ont révélé l'importance du rôle que la terre cuite a joué dans les édifices de la Sicile (pi. 2; pi. VIII). C'est sur une plaque coudée de terre cuite, sorte de chéneau ajouré sur sa face décorée, que reposaient les extrémités inférieures des tuiles. Les eaux du toit s'écoulaient par certains intervalles de forme irrégulière, mais symétriquement espacés, que déterminaient les motifs mêmes de l'ornementation. Comme nous l'avons déjà indiqué, le larmier proprement dit devait être surmonté là d'une assise qui constituait comme un second larmier, un larmier supérieur, où la pierre était d'ailleurs complètement cachée sous un riche revêtement de terre cuite. Celui-ci formait, avec la cymaise et les palmettes qui la terminaient, une décoration polychrome du plus beau caractère.
Le constructeur grec a donc fait preuve, dans l'agencement de son toit, d'une merveilleuse ingéniosité; il n'a rien épargné pour que ce toit de tuiles remplît un double office, en servant tout à la fois de protection et de parure au bâtiment sur lequel il s'appliquait. Ce but n'a pas été atteint du premier coup. La toiture de l'Hérseon devait être beaucoup plus simple et d'un aspect moins riche que celle des temples de la Sicile. C'est ainsi que les tuiles plates qui s'y posaient sur les chevrons n'avaient pas de rebords ; elles étaient légèrement concaves (pi. XLV, A, B). Tout le reste du système était sans doute à l'avenant, moins compliqué, moins orné que dans les toitures dont nous avons donné des restitutions. Une fois que l'on fut entré dans cette voie,
les progrès, grâce à Thabileté des artisans qui modelaient, cuisaient et coloriaient l'argile, ne purent manquer d'être très rapides. Aucun autre architecte n'a créé de monuments où la couverture soit, au même degré que celle du temple grec, une œuvre d'art, dans toute la force du terme, où, tout en opposant à l'infiltration des eaux une barrière infranchissable, elle ait aussi efficacement concouru à l'effet et à l'expression de l'édifice.
Ce qui ne contribuait pas peu à donner au toit ce beau caractère, c'était le parti que l'architecte y tirait des antéfixes et des acrotères. Les antéfixesj ce sont les appendices par lesquels se terminent les dernières tuiles d'une rangée, celles qui confinent au vide (pi. VU, 2, pi. XLV, Trésor de Mégare*). Dressés dans le sens vertical, ces appendices accompagnent et prolongent ainsi les lignes montantes de l'édifice; ils s'amortissent soit, dans les exemplaires les plus anciens, par une silhouette triangulaire (pi. XLV,Tirynthe), soit, dans de plus récents, par des formes arrondies, que limitent tantôt une courbe continue (pi. XLV, Égine *), tantôt les lignes sinueuses des enroulements et des branches symétriques d'une haute palmette (pi. XLV, Égine, 2). Ce dernier type a une tout autre élégance que celui qui l'a précédé ; il prêtait à des dispositions bien plus variées. Une des plus heureuses est celle que présente sur les grands côtés la cymaise du temple C de Sélinonte (pi. Vil, 2) : c'est une file de fleurs de lotus alternativement droites ou renversées, au-dessus ou au-dessous d'une palmette, qui y forme la suite des antéfixes. Dans d'autres tuiles qui paraissent avoir appartenu à la crête du toit, la fleur de lotus, plus simple, est dessinée par un léger relief (pi. XLV, temple C).
Les antéfixes ne sont, à proprement parler, que les rebords saillants des extrêmes tuiles de recouvrement. Les acrotères sont, au contraire, des pièces indépendantes, de plus grande dimension, que l'on posait, une fois le toit monté, sur le sommet et sur les angles du fronton (pi. VIT, A, B, C). Us étaient en terre cuite là où la toiture était faite de tuiles, en marbre là où c'était des dalles de marbre qui constituaient la couverture. Les acrotères jouaient dans la construction un rôle utile. Dressés en des places où les matériaux étaient
1. Planche XLV. Antéfixe d'un vieux temple dorique à Tirynthe, Schliemann, Tirynthe, fig. 123. — Tuile faitière, au temple C. Hittorf, Arch. anU pi. 25. —Trésor de Mégare, à Olympie. Olympia, pi. 37. — Égine, antéfixe vu par devant et par derrière. Terre cuiie.BloQeif Expédition de Iforee, t. III, pi. 54. Égine, autre antéfixe. Marbre. Ibidem, — Tuiles ornées. Métaponte. De Luynes et Debacq, pi. 8. Temple R. Hittorf, Archit. ant., pi. 46.