TUILES FRONTALES
particulièrement exposés aux glissements, ils prévenaient ce danger, par leur poids même, là où il n'aurait pas été suffisamment pourvu, par la taille spéciale des joints et par la force ou la multiplicité des crampons, à la cohésion et à la solidité de l'appareil. En même temps, ils concouraient très utilement àTeffet de Tensemble. Par leur relief, ils appelaient l'attention sur les points où se rencontraient les maîtresses lignes de l'édifice; sans couper ces lignes, sans en troubler l'harmonie, ils étoffaient les angles et ils surélevaient le fronton. Ils exhaussaient ainsi le comble et ils en animaient, ils en diversifiaient l'aspect.
C'est l'argile qui a d'abord servi à fournir les éléments de ce décor. Le plus ancien acrotère connu est la grande pièce de terre cuite peinte qui surmontait le fronton de l'Hérseon d'Olympie; on a pu en rapprocher les nombreux fragments trouvés dans les fouilles et la reconstituer presque tout entière. Elle avait la forme d'un énorme disque, de 2"^, 24 de diamètre; ce disque s'adaptait au sommet du tympan par une échancrure qui répond à l'inclinaison du fronton; nous le montrons en élévation et en coupe, pour faire comprendre la disposition au moyen de laquelle on avait réussi à le fabriquer sans déformation et à le fixer solidement sur le faîte du toit (pi. XLVP). Les motifs qui en ornaient le champ sont presque tous empruntés au répertoire du style géométrique ; on peut même dire qu'ils le sont tous. On a cru reconnaître des feuilles dans la quatrième couronne à partir du centre ; mais les formes auxquelles on propose de donner ce nom n'offrent qu'une bien lointaine analogie avec celles qui caractérisent le règne végétal. Ce que rappelle surtout ce décor, avec les zones concentriques entre lesquelles se répartissent et où se pressent et se tassent les divers motifs, c'est certains disques de terre ou de métal qui nous ont passé sous les yeux alors que nous étudiions l'art dans lequel nous avons vu l'apport des tribus doriennes (fig. 17, 55, 77, 78). Les dessins ont d'abord été estampés, avec des creux et des reliefs très ressentis, dans l'argile humide ; puis la couleur est venue ensuite en accentuer les traits. Sur un fond d'un brun noir, les motifs se détachent en blanc ou en un rouge qui tire sur le violet.
1. PL XLVI. L'acrotère de THéraBon, élévation et coupe. Bœtticher, Olympia, pi. IV. — A. B. Les tuiles de rHérœon. Grœber, Veber die Verwendung, pL ^6. — C,' D, Tuile Je recouvrement, type sicilien. Ibiderriy p. 17. — Acrotère d*un fronton, en marbre peint. Antike Denhmœîer, t. I, pL 50. — Autre acrotère de même matière et provenant du même édifice, ibidem.
Si la construction d'une si grosse plaque d'argile témoigne, chez le potier, d'une rare habileté professionnelle, la forme générale de la pièce est lourde; le dessin et la gamme des tons y restent assez pauvres. C'est donc du vu*" siècle au plus tard que doit dater cet ouvrage. Avec les deux autres acrotères qui sont figurés dans la même planche, on se sent en présence des créations d'un art bien plus avancé. Trouvés dans les fouilles de l'Acropole d'Athènes, ils sont l'un et l'autre en marbre du Penlélique ; ils proviennent du couronnement d'un même édifice qui, probablement bâti vers la fin du vi** siècle par Pisistrate ou par ses fils, devait avoir, d'après les dimensions des fragments qui en ont été recueillis, environ 15 mètres de long sur 11 mètres de large*. Les deux pièces ici reproduites faisaient partie de la cymaise rampante d'un fronton, ce qui s'explique par les faibles dimensions de cette moulure; elles la terminaient par en bas, sur l'un des angles du tympan; on suppose que la plus grande des deux appartenait au fronton de la façade principale et l'autre à celui de la façade postérieure. L'ensemble de la disposition est ici d'un effet bien plus heureux qu'à l'Héraeon ; il y a vraiment de l'élégance dans le mouvement de cette ample volute qui s'arrondit au-dessus du chéneau et qui se projette hardiment dans l'espace. Il en est de même des motifs d'ornement qui parent la cymaise et la volute; si, sur celle-ci, il n'y a que des chevrons et des damiers qui restent dans les données du dessin purement linéaire, sur la cymaise la fleur ouverte du lotus alterne avec la palmette. Les couleurs, du rouge et du bleu, sont vives et gaies.
Malgré les différences que nous avons signalées, les disques de marbre des acrotères de l'Acropole rappellent encore le disque d'argile de THéraeon; mais dans le temple d'Égine, qui paraît dater des premières années du v® siècle, l'architecte a déjà pris, au sujet de ces pièces, un tout autre parti. Depuis quelque temps déjà, il avait appelé la figure à meubler les champs du fronton et des métopes; quoi déplus naturel que de l'employer aussi à garnir les angles du comble? On a pu reconstituer, d'après les quelques débris qui en ont été retrouvés, Tacrotère qui, à Égine, surmontait le fronton. Exécuté dans le même marbre que les statues de ce fronton, il se composait de deux figures de femme, debout et drapées, entre lesquelles s'élevait une palmette d'un beau dessin où s'enroulaient, en courbes contrariées, de larges