‹ Histoire de l'art dans l'antiquitéChapitre 294 sur 349 · TRESOR DE GELA · texte numérisé non relu

TRESOR DE GELA

LA DECCRATioii polychrc:.:e

Terre cuite.

caractère des membres d'architecture dont se composait Tentablemenl. Parmi ceux-ci, il n'y en avait guère qu'un seul, les triglyphes, qui fût composé de manière à pouvoir, semble-t-il, se passer de la couleur. A défaut de celle-ci, les oppositions d'ombre et de lumière qu'y ménagent des creux et des reliefs très hardiment modelés eussent suffi pour en rendre sensibles à l'œil, même de très loin, le dessin et le rythme ; mais ce qui est vrai du membre principal de la frise ne l'est pas au même degré des deux autres parties de l'entablement dorique. Dans l'architrave et surtout dans la corniche il y a les gouttes, il y a d'étroits listels et de minces tablettes, de légères cymaises. Chacun de ces éléments de moindre dimension et de forme moins accusée gagne beaucoup à se distinguer de ses voisins par une coloration qui lui soit propre; c'est à ce prix seulement qu'il garde, quelque haut qu'il soit placé, son importance et sa valeur expressive.

Enfin, ce n'est pas seulement par des raisons de goût que se justifie le parti qui fut pris là par l'architecte; il s'explique aussi par l'histoire même de l'art. C'était le bois qui fournissait aux constructeurs des plus anciens temples leurs colonnes et leur entablement. Celui-ci était la partie du bâtiment la plus exposée aux intempéries ; pour l'en défendre, on commença par le peindre; plus tard, on eut souvent recours à l'emploi de la terre cuite. Étant donnée la facilité avec laquelle la couleur se pose sur l'argile et persiste à tout jamais une fois qu'elle y a été fixée par le feu, les revêtements, qui avaient d'abord été adoptés pour la protection qu'ils assuraient, ne tardèrent pas à être utilisés à une autre fin. La brosse du peintre céramiste y sema les palmettes, les fleurons et les rosaces, les tresses et les méandres; cette riche ornementation s'appliqua surtout à la corniche, à celle-ci tout particulièrement. L'effet ainsi obtenu avait paru des plus heureux; aussi, dans certaines régions du monde grec, s'était-on avisé d'adapter ces plaques de terre cuite à des bâtiments qui, par la nature de leurs matériaux, ne semblaient pas appeler ce genre de complément; elles étaient venues, en Italie comme en Sicile, concourir à l'embellissement de plus d'un temple construit tout entier en tuf calcaire, et, là encore, c'était au comble et à la partie supérieure de l'entablement que s'étaient ajustées ces pièces de rapport. L'œil s'était ainsi accoutumé à voir la couleur fleurir les champs et les profils du couronnement; il eût été dépaysé s'il ne l'avait pas retrouvée, à cette même place, dans les temples où l'architecte avait, du haut en bas, caché le grain grossier de la pierre sous une couche de stuc. Ce

stuc se prêtait à recevoir une coloration qui donnerait l'équivalent de celle qui ailleurs avait été demandée aux plaques de terre cuite. Il importe de distinguer, en cette matière, ce qui, pour avoir été formellement observé, peut être érigé en règle générale, et ce qui reste hypothétique ou ne paraît qu'à l'état d'exception. Voici en quels termes s'exprime à ce sujet R. Borrmann, un des architectes qui ont pris part au long travail des fouilles d'Olympie. On a là le résultat de son expérience et de ses observations personnelles : « A ne tenir compte que des faits, on constate que le style dorique, lorsqu'il applique la couleur aux divers membres de l'architecture, suit des règles fixes, qui sont partout respectées. Pour un grand nombre de monuments et particulièrement pour la plupart des édifices d'Olympie, de ceux qui étaient bâtis en calcaire coquillier, c'est une question tranchée que celle de la coloration des surfaces planes du mur et du fût des colonnes; partout là, comme fond, rien d'autre que le ton clair et blanc du stuc. Aucun indice ne donne à penser que, tout au moins dans les bâtiments d'Olympie, des feuilles aient jamais été peintes sur l'échiné des chapiteaux doriques. Il a été trouvé dans nos fouilles beaucoup de chapiteaux très bien conservés, plusieurs même qui semblaient sortir des mains de l'ouvrier ; aucun d'eux n'a laissé voir la moindre trace de couleur ni même d'ornements esquissés sur la pierre; tout ce que l'on a observé, c'est que les filets qui se creusent à la base de l'échiné étaient teints de rouge.... Dans les parties du bâtiment qui ont reçu une teinte unie, sans ornements, dans les triglyphes par exemple, souvent, sinon toujours, la couleur parait avoir été mêlée à l'enduit. Voici, pour l'entablement dorique, ce que l'on est autorisé à établir comme règle, sous la réserve d'exceptions qui peuvent se présenter : étaient peints constamment en rouge le listel de l'architrave, le dessous incliné du larmier entre les mutules, la petite face en retrait de la partie inférieure du larmier, enfin, là où elle n'a pas reçu une ornementation spéciale, la moulure inférieure de la corniche, en d'autres termes l'étroit bandeau sur lequel reposent les mutules. Le stuc repa-, ralt d'ordinaire, avec sa couleur claire, sur la face verticale de ce bandeau, entre les mutules*. Même régularité pour le filet qui portait les gouttes dans l'architrave et pour la mutule où elles sont attachées dans la corniche, ainsi que pour les triglyphes; tout cela était peint d'un bleu plus ou moins foncé. Les gouttes étaient le plus souvent

1. Cette assertion ne laisse pas de surprendre; ces petites faces restées blanches devaient faire l'effet de taches, sur le fond rouge et bleu de cette riche corniche.

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