‹ Histoire de l'art dans l'antiquitéChapitre 298 sur 349 · Antihe Denkmxler, t. I, pi · texte numérisé non relu

Antihe Denkmxler, t. I, pi

3. C'est du vert que Ton a retrouvé dans la corniche et dans les caissbns du temple de Némésis à Rhamnunte {Unedited antiquities of Attica, 1817, chap. vi, à propos des planches 3 et 6).

figurines de faïence que les tombes égyptiennes fournissent par milliers ont constaté que, dans nombre d'entre elles, le bel émail bleu dont elles avaient été revêtues par l'ouvrier a souvent, par Tefifet prolongé du temps et de Thùmidité, tourné au vert sur toute la statuette ou parfois sur une partie seulement de ses surfaces. Ce doit être par une altération de ce genre qu'il faut le plus souvent expliquer la présence du vert dans ce qui nous reste du décor polychrome des édifices grecs ; ainsi, dans la corniche du vieux temple d'Athèna; si, presque partout, la teinte bleue a verdi, elle a encore conservé, par endroits, sa valeur première ; il est donc permis de restituer celle-ci dans tout Tensemble du motif*. Le vert ne passe point au bleu. D'autre part, en mêlant le jaune et le bleu, le peintre obtient à volonté toutes les nuances du vert, et il est possible que, dans certains membres de l'architecture, dans les cymaises par exemple, des ornements végétaux, tels que feuilles et fleurs, aient été parfois exécutés en vert.

Le décorateur n'a cependant dû faire de cette couleur qu'un usage assez [restreint; il a dû ne l'employer que pour mieux mettre en vue tel ou tel léger détail, dans une ornementation élégante et compliquée; elle ne pouvait lui rendre les mêmes services que le rouge et le bleu, l'aider aussi efficacement à dessiner les lignes maîtresses de l'édifice et ce que l'on peut appeler les articulations de la modénature. Le bleu s'oppose au rouge plus franchement que le vert ; il offre avec lui un plus ferme et plus heureux contraste ; aussi remplace-t-il partout le noir, auquel le peintre céramiste avait attribué un rôle si considérable dans la composition de ses revêtements coloriés. Par cette substitution du bleu au noir, l'aspect général de l'édifice devint plus clair et plus gai. Nous aurions pu sans doute, dès maintenant, présenter quelques exemples de ce mode d'ornementation que nous aurions empruntés à des monuments qui dataient du sixième siècle ; mais nous n'aurions eu à montrer que des fragments détachés d'édifices qui étaient pour la plupart de petite dimension, qui ont été complètement détruits et dont il eût été impossible de restituer l'ensemble. C'est quand nous étudierons les temples de marbre du cinquième siècle que nous chercherons à donner une idée des efl'ets que l'on obtenait par l'application directe de la couleur sur Tenduit ou sur la pierre, comme nous l'avons essayé ici pour un autre genre de décor. Il suffira alors de comparer entre

\. C'est ce dont témoigne Tarchitecte Wiegand, qui a (Hudié et publié ces fragments (Antike Denkmadler, t. I, p. 28). Il a, dans l'image qu'il donno de cette cymaise, rétabli le bleu primitif (pi. 38, A*).

elles ces deux séries de planches. La comparaison permettra de mesurer le progrès qui s'est accompli entre le temps où les architectes de la Sicile et de l'Italie demandaient au potier les plaques de terre cuite coloriées qu'ils clouaient sur leurs corniches et celui où les Ictinos et les Mnésiclès emploient les peintres dont la collaboration est mentionnée par les comptes des travaux de l'Acropole, où ils chargent ces discrets auxiliaires d'étendre sur Tentablement du Parthénon et des Propylées la brillante parure d'une décoration polychrome qui ofifre bien autrement de richesse et de variété.

C'est aussi quand nous décrirons ces édifices que nous aurons à résoudre une question qui a été très discutée, celle de savoir si le marbre, dans les parties du bâtiment où il était censé garder sa coloration naturelle, recevait, comme on Ta souvent dit, une glaçure qui en tempérait la blancheur et en adoucissait l'éclat, question qui se pose à peu près dans les mêmes termes pour les nus de la statuaire. Sans rien préjuger à ce sujet, nous devons, dès maintenant, signaler une erreur qui a été parfois commise à propos de l'aspect que présentent aujourd'hui non seulement la plupart des temples de marbre, mais encore maints édifices bâtis en tuf calcaire. Quand on voyage dans le midi de la France, en Italie, en Grèce ou dans le nord de l'Afrique, on admire la belle patine dorée, d'un ton soyeux et chaud, qui est pour beaucoup dans la beauté pittoresque de telle ou telle ruine célèbre. Dans cette patine, chère aux artistes, on a voulu voir le reste d'une couche de peinture ou d'un enduit coloré qui aurait été appliqué partout sur la pierre; mais cette hypothèse ne soutient pas l'examen. La patine n'existe d'ordinaire que sur un ou deux des côtés de l'édifice. Sur les autres, elle est remplacée par des taches noires. Là même où elle a les nuances les plus vives, elle offre des mouchetures et des veines très irrégulières; elle varie d'intensité d'une colonne à l'autre. L'analyse chimique a démontré que cette teinte est due à la création d'un oxyde de fer hydraté qui, sous l'influence de l'air humide et de la chaleur, se forme par la décomposition graduelle de l'épiderme du marbre ou même de certaines autres roches *. Ni les vents qui chassent la pluie ni les rayons du soleil ne frappent également tous les fronts du bâtiment ; il en résulte que cette altération ne se produit pas partout de la même manière; par suite, le titre et la couleur de l'oxyde changent avec l'orientation des façades.

1. Lepsius, Marmorstudien, p. 18, 121 Durm, p. 181, note loO.

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