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DELPHES

COLONNE DE. NAXIENS

PLAITS, ELEVATIONS, COUPE. VUE PERSPECTIVE

D'après la releva de Tournais.

280. — Chapiteau de l'acropole d'Athènes. Coupe transversale sur le coussinet. Antike Denkmmlery t. I, pi. XXIX, 2V

Le bloc dans lequel est taillé le chapiteau ionique étant toujours un plateau rectangulaire, le chapiteau pouvait se passer d'un abaque (pi. LU, 1, 2; pi. LUI, 2,3). Celui-ci, là où il existe, comme dans les deux derniers chapiteaux que nous avons décrits (pi. LUI, 4, 5), est toujours taillé dans le même bloc que le couple des volutes. Ce n'est, à vrai dire, qu'un simple Blet, qu'une moulure qui sert d'ornement. Un méandre d'une exécution très soignée, tracé au pinceau, le décore dans le chapiteau d'Athènes que nous avons considéré comme le dernier terme de la série des chapiteaux archaïques.

Avec ce chapiteau, qui date au plus tard des premières années du v* siècle, nous nous sentons déjà bien près du chapiteau classique. On n'aura pas manqué d'observer que, de Néandria à la colonne des Naxiens et aux colonnes votives de l'Acropole, le plateau terminal a toujours été en s'aplatissanl et en s'agrandissant. Quand, dans le mode dorique, l'entablement de pierre s'était substitué à l'entablement de bois, l'architecte avait dû donner à son abaque une extension que celui-ci n'avait pas dans le chapiteau mycénien. Il en fut 'de même pour le constructeur qui employait le mode ionique. Le moment vint où il dut remplacer par des poutres de pierre les légères poutres de bois que suffisaient à soutenir les chapiteaux primitifs; il lui fallut alors, en changeant la disposition des volutes, ménager, au sommet de son chapiteau, un plus large champ de pose. Le chapiteau, grâce à ce changement, devint apte à recevoir la charge d'un plus lourd fardeau et à le paraître ; l'œil demande aux formes architectoniques de lui inspirer confiance, de faire naître dans l'esprit le sentiment d'une pleine sécurité. 11 y a loin, de cet ouvrage d'un art déjà très savant, aux types étranges qui nous ont paru en être les précurseurs; il y a le travail de bien des générations d'artistes anonymes. Le génie grec a fait son œuvre, ce génie qui ne se contenta jamais du résultat obtenu, qui, pendant des siècles, n'a pas cessé de chercher

281. — Chapiteau de l'acropole d'Athènes. Coupe longitudinale sur l'échiné. Antike Denkmœlerj t. 1, pi. XXIX. 2'».

le mieux, s'app liguant toujours, avec une passion qui n'a jamais connu la lassitude, à reprendre, pour les amener à la perfection, dans les lettres comme dans les arts, certaines formes, en nombre assez restreint, qu'il avait inventées de bonne heure et dont il avait comme deviné l'avenir. Dans le domaine de l'architecture, une des plus nobles de ces formes a été la colonne et particulièrement le chapiteau ionique. Si l'on possédait tout le legs de l'antiquité, des centaines de chapiteaux, dont chacun différerait des autres par quelque trait, représenteraient l'effort que l'architecte s'est imposé, au cours de la période initiale, pour créer et développer ce type. Le temps n'a épargné que bien peu de ces ébauches; peut-être aurions-nous pu cependant allonger la liste des monuments sur lesquels ont porté nos observations. Nous nous sommes abstenu d'en multiplier le nombre; ceux que nous avons présentés nous ont paru suffire à rendre très vraisemblable l'hypothèse d'un mouvement qui se serait opéré dans le sens qu'indique l'ordre où nous avons rangé les quelques exemples que nous avons choisis. Ainsi compris, ce mouvement a bien le caractère d'une évolution oi^nique.

A côté du type qui, parle rapprochement et l'inversion des volutes, a fini par donner le chapiteau des temples attiques du v^ siècle, il semble en avoir existé un autre qui, jusqu'à ces derniers temps, avait passé presque inaperçu. Ce qui y constituait le chapiteau, c'était une échine cachée sous un revêtement de feuilles allongées et montantes, dont les extrémités, à la rencontre de l'abaque, se recourbent et retombent en dehors. Tel, par exemple, un chapiteau de Delphes, qui provient du monastère de la Panaghia, c'est-à-dire de l'ancien gymnase (fig. 282)*. C'est ce même chapiteau que l'on a retrouvé dans un des portiques qui en touraient le temple d'Athéné Polias, bâti sous les Attales à Pergame, ainsi que dans d'autres édifices de la même époque (fig. 283, 284, 285) ^ Comme les chapiteaux à feuilles tombantes de Néandria et d'iEgaB(fig. 277 et 278), ce chapiteau, construit sur plan circulaire, convenait tout particulièrement à des colonnes dressées au milieu d'un espace vide où circulaient les promeneurs. On incline à penser que ce

1. Antiquities of Athens and other places in GreecCy Sicily, etc., supplementary to the antiquities of Athens of Stuart and Revêt t, delineated and illustrated by Cockerellj Kinnard, Donaldson, Jenkins, Railtony 1 vol. in-f«, 1830.

2. Des fragments d'un chapiteau ainsi taillé en calathos, mais pourvu d'un abaque, se trouvent à Athènes, dans le portique d'Attale; ils paraissent provenir d'un ordre intérieur. D'autres chapiteaux du même genre ont été ramassés sur la pente méridionale de l'acropole d'Athènes. Ils doivent provenir de l'Asklépieion.

282. — Chapiteau trouvé à Delphes, d'après le géométral de Cockerell.

type a surtout été employé pour les supports intérieurs des portiques* ; par Tensemble de sa forme, il suppose une charge légère.

Les colonnes qui se terminaient de cette manière portaient peut-être directement la poutre de faîtage de la charpente ; elles auraient été, dans ce cas, plus élevées que celles des files extérieures et l'architecte aura voulu les en distinguer en leur donnant un chapiteau spécial.

A proprement parler, ce chapiteau ne relève en effet ni du mode dorique ni du mode ionique Si nous le mentionnons ici, c'est qu'il ofiTre un rapport sensible avec celui qui, d'après Dœrpfeld, aurait, à Néandrîa, surmonté les sept colonnes de la nef du temple, édifice de style ionique (fig. 277).

La courbe que dessine le contour du chapiteau est convexe à Néandria ; elle est concave à Delphes et à Pergame; mais, de part et d'autre, c'est un bouquet de feuilles qui couronne le fût, qui, à lui seul, en pare le sommet. Le principe de la décoration est donc le même, de part et d'autre, à Néandria et à JEgaè comme à Pergame. Petites ou grandes, ces trois villes étaient situées dans le district qu'avaient jadis peuplé les tribus éoliennes.

Si donc on veut affecter un nom

spécial à l'ordre que caractérise cet emploi exclusif du feuilleige pour la décoration du chapiteau, il semble que l'on puisse l'appeler Y ordre

1. H. BoHN, dans Alierthmemer von Pergamon, t. II, Texibandy note de la p. 48.

283. — Chapiteau du temple d'Athéna Polias, à Pergame. Alterluemer von Pergamon, t.II,pl. XXIV. Hauteur du chapiteau, 0-,515.

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