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Chapiteau du temple d'Athéna Polias. Coupe. Ibidem

i. Le chapiteau de Delphes est surmonté, dans la gravure de Gockerell, que nous avons reproduite, d'un lourd abaque; mais la manière dont il y est présenté donne à penser que cet abaque est là une restauration, qu'il a été ajouté par le dessinateur. L'explication de la planche ne donne aucune indication à ce sujet.

raies de l'édifice, nous avons montré comment Tarchitecte qui employait le mode ionique avait été conduit à reproduire, avec d'autres éléments, le type consacré du temple dorique; mais, avant même d'abdiquer ainsi sa liberté première, il s'était inspiré de ce modèle pour maints détails qui ont leur importance. C'est ainsi que Ton ne saurait se refuser à reconnaître une sensible analogie entre le triglyphe d'angle de la frise dorique et les deux paires de volutes que présente la colonne angulaire du portique ionien (pi. X, 1). Dressez sur celte colonne un chapiteau pareil aux autres, le spectateur qui tournera autour de l'édifice, n'aura devant lui, en un point du parcours, que le coussinet, la partie du chapiteau qui n'est pas faite pour être aperçue directement et en pleine lumière, mais qui, baignée par l'ombre portée de l'architrave, échappe presque au regard; l'aspect de cet angle aura quelque chose de gauche et de boiteux. Comme le doublement du triglyphe, celui du couple de volutes permet d'éviter ce défaut; grâce à lui, le chapiteau a, si l'on peut ainsi parler, même visage sur les deux façades, ce qui assure à l'angle toute la fermeté désirable. Les deux dispositions ne s'appliquent pas à la même partie du bâtiment, mais elles ont été suggérées par le même besoin : elles résolvent, avec un égal succès, deux problèmes dont les données sont presque pareilles. Dans le mode ionique, la difficulté n'existait pas pour la frise, qui était continue; mais elle se présentait pour le chapiteau, qui, à la différence du chapiteau dorique, avait ce que l'on peut appeler un envers et un endroit. Ce fut, selon toute apparence, l'arrangement adopté pour la frise dorique qui donna l'idée du parti que l'on prit pour la colonne ionique.

Il en a été de l'ante comme de la colonne d'angle. Ici, de même que dans l'ordre dorique, on a doté l'ante d'un chapiteau qui n'est pas celui de la colonne, tout en le rappelant, à certains égards, par la nature de son décor. De part et d'autre, le principe est donc le même; ce qui diffère, c'est le caractère de la modénature. Ici, point de larges fasces, point de divisions très marquées. L'ante ionique ne se termine pas, comme fait souvent la dorique, par une moulure saillante en bec-de-corbin. Ce que l'on y rencontre, c'est une succession de moulures très ornées et d'un faible relief, où se retrouvent celles que présente le chapiteau de la colonne, palmettes, oves et rais de cœur (pi. X, 1). Cette ante est celle que l'on peut appeler Vante attique. Dans les temples ioniques de l'Asie Mineure qui ont été bâtis sous les successeurs d'Alexandre, nous trouverons un autre type. L'ante s'y cou-

ronne d'un chapiteau qui est dépourvu de moulures, mais que décorent deux volutes verticales reliées à leur base par une large fasce.

En dépit de la tendance qui se marque ainsi à l'assimilation des deux ordres, ce qui les distingue et ce qui les distinguera toujours, c'est, sans parler de l'originalité du chapiteau, le port et la proportion des colonnes. Le fût ionique est maigre ; on y sent, bien plus que dans le fût dorique, l'imitation du tronc d'arbre, mais d'un tronc qui reposait sur le sol par sa plus large section et qui ressemblait ainsi à un mât de navire. Ce support de bois dont il parait dériver, on n'a donc pas eu besoin de le retourner, comme il a fallu faire de la colonne mycénienne, pour le changer en un support de pierre. Pour la colonne comme pour l'entablement, c'était de bois d'un assez faible équarrissage que se servait le constructeur auquel a succédé l'architecte ionien, L'emploi de ces méthodes a donné une colonne longue et mince, dont la stabilité aurait été compromise si Ton y avait trop multiplié les tambours; il est rare qu'il en entre plus de trois ou quatre dans la composition d'un fût ionique.

Sur les façons qu'il convenait de donner à ce fût, l'architecte semble avoir longtemps hésité. A Néandria, à Samos, à ^Egae, il l'a laissé lisse. Plus souvent, il lui a prêté l'ornement de la cannelure. Celle-ci, dans la plupart des monuments de l'âge archaïque, est toute pareille, en coupe, à la cannelure dorique; mais, plus étroite, elle se répète un plus grand nombre de fois sur le contour du fût. 11 est rare que, dans la colonne ionique, le nombre des cannelures soit au-dessous de vingt-quatre et il s'élève parfois, comme à Éphèse, jusqu'à quarante, et jusqu'à quarante-quatre, comme dans la colonne des Naxiens, à Delphes. Enfin la cannelure que borde un listel n'apparaît qu'assez tard, et c'est seulement à partir du v® siècle qu'un usage qui désormais ne souffrira plus d'exception l'affecte à la colonne ionique. Alors qu'à d'autres égards l'ionique se rapprochait du dorique, il a commencé, vers ce temps, à s'en séparer par ce trait secondaire.

En revanche, la différence des proportions s'est accusée dès l'origine et elle s'est toujours maintenue. La colonne ionique est née, si l'on peut ainsi parler, plus grêle que la dorique, et elle l'est restée tant qu'elle a vécu. C'est au point que la moins élancée des colonnes l'est encore plus que la plus élancée des colonnes doriques; aussi le fût ionique a-t-il un fruit bien moins marqué : il n'offre rien de comparable à ce galbe que nous avons appelé Ventasis.

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