‹ Histoire de l'art dans l'antiquitéChapitre 333 sur 349 · TOME vu · texte numérisé non relu

TOME vu

(fig. 291 et 292). Le même motif courant règne sur les trois côtés du chambranle de la porte qui donnait entrée à la cella (fig. 293) ; mais là il y a plus de fantaisie dans Tarrangement du rinceau; du pédoncule qui porte les fleurs ouvertes se détachent des boutons qui s'infléchissent en divers sens. La variante est heureuse ; elle donne à la guirlande un aspect moins conventionnel.

Quand fut bâti, vers Tan 520, le Trésor des Cnidiens, le motif tiré des inflorescences du lotus égyptien était entré depuis longtemps dans le répertoire du décorateur grec; celui-ci usait fort de ce rinceau, dans lequel il faisait alterner tantôt les boulons et les fleurs

du lotus, tantôt celles-ci et les palmettes. Les plus anciens monuments où paraisse le motif en question, c'est toute une série de vases peints que l'on attribue aux potiers de rionie; il avait d'ailleurs été bientôt emprunté à ceux-ci par les potiers d'Athènes et il étaitainsi comme tombé dansle domaine public*. Le décorateur attique s'en est servi dans l'ornementation peinte de ses cymaises doriques, dès le temps de Pisistrate (pi. XLVI) ; si on ne le rencontre pas, au v® siècle, dans les temples de l'Acropole, on le verra reparaître, plus tard, dans d'autres édifices ioniques. Il paraît, en tout cas, avoir été, au vi*' siècle, l'objet d'une vive prédilection pour l'architecte ionien ; celui-ci, à Delphes, le répète dans deux parties de son bâtiment. On ne saurait s'en étonner : ce doit être par l'intermédiaire des artisans ioniens, les premiers qui aient été en rapport avec l'Egypte, que ce motif s'est répandu dans les ateliers du monde grec. On y était plus attaché en lonie qu'ailleurs; l'Ionie était devenue comme sa seconde patrie.

Le Trésor des Cjiidiens aurait mérité une étude plus approfondie,

1. Ce motif est d*un emploi fréquent dans les hydries dites de Géré, que l'on croit de fabrique ionienne. Massner, Die Sammlung antiken Vasen im OEsterreichischen Muséum, pi. II, n<» 218. Pottikr, Bull, de con\ hell,, 1892, p. 257, fig. 7. Pour le petit bouton isolé sortant de la tige même, il y en a des exemples sur des vases ioniens qui sont encore inédits, ainsi sur une coupe à pied de la salle E, au Louvre ; mais il est plus fréquent de voir le bouton isolé sortant du sol. Voir Duemmler, Rômische Mitth,y 1888, p. 165, pi. VI (un vase de Kymé}, ainsi que les sarcophages de Clazomène.

293. — Le Trésor des Cnidiens. Ornement conrant sur le chambranle de la porte de la cella. En géométral, à 0", 10 pour mètre. Dessin de Tournaire.

étude qui aurait été le terme naturel et logique des recherches que nous avons entreprises sur la première période du développement de Tart ionique ; on y aurait vu dans quel esprit et avec quel succès les architectes ioniens avaient cultivé leur art national et jusqu'où ils en avaient poussé l'évolution, avant l'heure où les maîtres attiques adoptèrent cet art et lui firent produire les ouvrages que l'on est accoutumé à regarder comme ses chefs-d'œuvre. Ce qui ressort pourtant de ces indications^ tout insuffisantes qu'elles soient, c'est que, dans un édifice tel que le Trésor des Cnidiens, le mode ionique offre déjà les plus caractéristiques des traits qui le distinguent dans les temples de l'Acropole d'Athènes. Les mêmes tendances s'y font jour; on y sent le même effort tenté par l'artiste pour demander à la grâce et à la profusion de l'ornement des effets d'un autre genre que ceux auxquels visait l'architecture dorique; cet artiste aspire dès lors à réaliser un autre type de beauté, où les ensembles ont moins de grandeur, mais qui doit plaire surtout par fie curieux et le fini du détail. L'architecte auquel les Cnidiens confièrent la direction de ce travail ne disposait pas de collaborateurs qui eussent la main aussi délicate que les incomparables ouvriers qui ont ciselé les chapiteaux et les frises du temple de la Victoire sans ailes et de l'Érechthéion ; mais il avait même goût et mêmes sentiments; il concevait le même idéal. Nous aboutissons donc ici à la même conclusion que par l'étude des monuments de l'ordre dorique; le vi® siècle a été le vrai siècle de l'invention hardie et féconde. C'est ce qui rend si intéressants les édifices du vi« siècle ; c'est ce qui justifie l'attention que nous leur avons accordée et la place que nous leur avons attribuée dans cette histoire. Plus tard, à partir surtout du IV® siècle, Fart se répétera; plus d'un temple ne sera, avec des variantes de détail, qu'une réplique d'un modèle déjà consacré par l'universelle admiration, qu'un agrandissement ou une réduction de ce modèle, une copie plus ou moins libre. Au vi*^ siècle, l'architecture grecque se fait; chaque œuvre nouvelle, quand elle ne représente pas un progrès accompli, vaut tout au moins à titre d'effort personnel, de tentative intelligente et sincère. Tous les types originaux, c'est ce siècle qui les a créés. Le v® siècle n'a pour ainsi dire rien ajouté à ce trésor des formes, pas plus dans l'architecture que dans la sculpture ; son mérite et son honneur n'ont été que d'arriver à cette maîtrise et à cette sûreté du rendu qui impriment à l'œuvre d'art un caractère de perfection auquel elle doit de ne plus vieillir et d'être désormais proposée pour toujours à l'étude et à l'imitation.

11 est à peine besoin d'indiquer que, lui aussi, Varchitecte ionien s'est servi de la couleur pour distinguer les uns des autres les divers membres du b&timent et pour relever TefTet de ses motifs d'ornement; des traces très sensibles de la décoration polychrome se sont conservées dans le temple de Locres, dans le Trésor des Cnidiens et sur les chapiteaux des stèles de Délos et d'Athènes (pi. LUI, 1,5). Le principe en était le même que dans le mode dorique; mais ce décor présentait-il, dans les édifices érigés sur le sol de rionie,un caractère particulier? L'architecte y faisait- il plus largement usage des tons appliqués sur la pierre et quels étaient ceux de ces tons qu'il employait de préférence? Les restes des temples ioniques antérieurs au v^ siècle sont en trop petit nombre et nous sont arrivés à l'état trop fragmentaire pour qu'il soit possible de répondre à ces questions. Tout ce que l'on entrevoit, c'est que le peintre a dû là être appelé à prêter au ciseleur un concours plus actif et plus continu que dans les édifices du mode dorique. L'ornementation de l'ionique était plus compliquée et plus délicate ; pour faire valoir les finesses qu'il recherchait et pour donner à ses ensembles un aspect très riche et très brillant, l'architecte avait davantage encore besoin de l'intervention et de la collaboration du pinceau. Les faits confirment cette conjecture. La décoration peinte est déjà d'une élégance très raffinée dans les stèles de l'Acropole, et, pour l'Ërechthéion , on sait à quels artisans de choix l'exécution en avait été confiée ; c'est ce dont témoignent, avec les dessins dont les vestiges se laissent encore apercevoir sur le marbre , les textes qui nous ont transmis les comptes des travaux.

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