Pausanias, V, xvi, i
Nous avons déjà mentionné le sanctuaire rupestre du Cynthe à Délos et celui qui s'adosse à la montagne, tout près de la cime de rOcha, enEubée*; on n'y a pas, jusqu'à présent, ramassé de poteries dont le style permette d'attribuer à ces édifices telle date plutôt que telle autre. La Grèce avait conservé plusieurs de ces vieux temples, dépourvus de toute décoration architecturale, qui étaient antérieurs à l'invention des ordres. On les gardait comme des témoins de la simplicité d'autrefois. Ils n'étaient même pas tous, comme ceux de Délos et de l'Ocha, faits de gros blocs ; il y en avait de plus humbles encore. Telle à Panopée, en Phocide, une chapelle dont les murs étaient en brique crue. Ce qui devait rendre plus sensible encore la grossièreté de Tappareil, c'était la statue, en marbre du Pentélique, qui avait été placée là, longtemps après la fondation du sanctuaire ^ Tel encore un vieux temple d'Apollon à Mégare, aussi tout en brique. Hadrien le fit rebâtir en marbre. L'édifice renfermait des statues du dieu en bois d'ébène, de vieux xoana, dont deux ressemblaient surtout à des statues égyptiennes, et un à une œuvre éginétique'.
On doit peut-être aux plus récentes fouilles de Troie la découverte d'un exemplaire authentique du temple primitif. Ces fouilles ont eu surtout pour résultat de dégager les édifices de ce que M. Dœrpfeld appelle la sixième ville, d'une forteresse dont le périmètre était beaucoup plus large que celui de la seconde ville ou ville brûlée et que protégeaient des murs plus hauts et mieux construits. Cette forteresse était la contemporaine des remparts, des palais et des tombes de Mycènes et de Tirynthe; c'est ce que permettent d'affirmer les vases dont les fragments se retrouvent mêlés aux débris des bâtiments de cette cité, la vraie Troie d'Homère, celle dont la puissance et la chute ont servi de thème aux chanteurs épiques. Là, vers la périphérie de l'enclos, on a mis au jour les restes de plusieurs grandes salles dont le plan rappelle celui de la pièce principale du palais mycénien, du mégaron \ Dans l'un de ces bâtiments, M. Dœrpfeld inclinerait à reconnaître un temple. C'est, précédée à'nxiprodomos ou vestibule qui n'a que
i. Histoire de l'Arty t. VI, p. 654-658. On a récemment essayé de montrer que Tédifîce de rOcha n'a jamais été un temple, que c'était le corps de garde des veilleurs postés sur le sommet qui commande l'un des passages les plus fréquentés de la mer Egée. Th. WiEGAND, Der angebliche Tempel aufder Ocha {Athen, Milth., 1896, p. 11-17, pi. II, III)-