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Base de colonne, à Troie. Dœrpfeld, Berichtf fig

iine, de celui où, d'après les données mêmes de Y Iliade, on dressait les sanctuaires et les autels des dieux. Cette cour, que limitent des murs bien appareillés, a Taspect d'un téménos, d'une enceinte sacrée. De tous les bâtiments du même genre, celui-ci est le seul où le vestibule ait un si faible développement. Partout ailleurs, le vestibule est assez ample pour que l'on ait pu s'y réunir presque en même nombre que dans le mégaron; ici, au contraire, cette partie de l'édifice semble n'avoir qu'un rôle purement décoratif, particularité qui s'accorderait avec l'hypothèse en question. Ce qui importe dans le temple, c'est la chambre close qui est censée être l'habitation du dieu. Or cette chambre offre un trait qui ne se retrouve dans aucun autre des bâtiments à Troie; il n'y a qu'ici que la salle soit ainsi divisée en deux nefs par un rang de colonnes. En revanche, cette disposition assez rare est justement celle qui caractérise un des plus anciens temples grecs qui nous soient connus, celui de Néandria, une cité éolienne, assez voisine de Troie, où l'on a fait, dans ces derniers temps, de curieuses découvertes*. On est tenté de penser que ce n'est pas là une simple coïncidence; on se demande si l'on n'est pas là en présence d'un type d'édifice religieux qui daterait de la période primitive et qui, dans cette contrée, se serait perpétué jusqu'en plein âge historique.

Ce que l'on pourrait avoir l'idée d'alléguer contre cette conjecture, c'est le fait que le bâtiment où l'on propose de chercher un temple ne présente point l'orientation que nous croyons devoir attribuer à tous les temples antiques ; il a sa façade tournée vers le nord-ouest ; mais on sait que, plus tard même, il a été parfois dérogé à cette règle. Voici d'ailleurs qui prouve que celle-ci n'est devenue d'une application générale qu'assez tard : c'est aussi le nord-ouest que regarde le temple de Néandria.

Dans toute la face externe du rempart de la sixième ville, l'état de la pierre indique que celle-ci est restée longtemps exposée à l'air. Lorsque la crête de l'ouvrage se fut dégradée, les habitants de la ville ne tracèrent pas une nouvelle ligne de défense, en avant ou en arrière de l'ancien rempart ; ils se contentèrent d'en boucher les brèches en y superposant un autre mur, moins épais et d'un travail moins soigné*. La population établie sur cette colline paraît avoir été alors très réduite et avoir mené, pendant plusieurs siècles, une vie obscure et

i. KoLDEVEY, Néandria, ia-4, Berlin, Reimer, 1891. 2. DœRPFELD, Bericht, p. 44.

médiocre. Elle s'abrita derrière Tenceinte d'autrefois, jusqu'au moment où, vers la fin du iv« siècle, fut bâtie, dans un tout autre appareil, celle dont la construction a été attribuée à Lysimaque. 11 en fut de même pour le culte. Le bâtiment que nous avons décrit est peut-être demeuré, sous cette forme, pendant bien des siècles , le principal temple de la divinité locale. Il aurait été fréquenté en même temps que ce temple de Néandria auquel nous l'avons comparé. Dans celui-ci, l'art est bien plus avancé ; mais cependant, d'un édifice à l'autre, on croit saisir, dans la ressemblance des plans, une parenté originelle qui donnerait à cette conjecture une grande vraisemblance.

Nous avons dû remonter jusqu'à Troie, jusqu'à une Troie contemporaine de la Mycènes des Pélopides, pour trouver un monument qui paraisse avoir quelque droit 'à représenter toute une espèce disparue, celle de ces temples à propos desquels Pausanias ne fait aucune mention de l'ordre, édifices rustiques, très divers de disposition et d'aspect, qui n'avaient de commun que leur destination religieuse. C'est que nulle part, ni dans la Grèce asiatique, ni dans les îles , ni dans la Grèce européenne, on n'a signalé de ruines où l'on puisse avec assurance chercher le temple ou tout au moins les substructions du temple contemporain de l'épopée. Ainsi l'on a cru parfois reconnaître l'œuvre d'Agamède et de Trophonios dans la puissante muraille, encore intacte et, depuis les dernières fouilles, complètement dég£tgée, qui à Delphes soutient, au sud, la terrasse sur laquelle était posé le célèbre édifice qui renfermait l'oracle d'Apollon. Nous tenons cette conjecture pour invraisemblable. Si le temple proprement dit n'avait, du temps d'Homère, qu'une faible importance, est-il probable que, pour asseoir le sanctuaire auquel font allusion Y Iliade qïY Hymne à Apollon Pythieriy on ait construit une plate-forme dont l'un des côtés a 89 mètres de long? D'ailleurs l'appareil polygonal, là où, comme dans cette muraille, il offre une étroite adhérence des faces opposées de blocs polymorphes, n'a pas un caractère primitif : il appartient plutôt au vi® siècle qu'au X® ou au ix®. Le mur en question doit dater de la reconstruction par les Alcméonides.

L'8Lrchitecture religieuse ne semble pas avoir fait de progrès sensibles au cours de cette période. Il nous reste à chercher ce que l'architecture civile est devenue après l'invasion dorienne, si elle a continué à ceindre de puissants remparts le flanc des acropoles et à dresser sur leurs cimes ces grands édifices, richement décorés, où nous avons reconnu les demeures héréditaires des princes achéens.

7i LA GRÈCE DE L'ÉPOPÉE.

8 5. — l'architecture civile

Les anciens n'ont jamais attribué aux héros de Y Iliade et de Y Odyssée la construction des enceintes de Tirynthe et de Myc^nes, de ces murs qui les étonnaient par la grosseur de leurs matériaux; ils en faisaient honneur à des ouvriers légendaires, les Cyclopes, qu'ils mettaient presque en dehors de Thumanité. Dans cette chronologie approximative qui leur servait à grouper leurs mythes, ils avaient placé cette intervention des Cyclopes vers les débuts mêmes de la civilisation argienne, du temps de ce Prœtos qui aurait précédé Persée et Héraclès. C'était dire que Ton n'avait conservé aucun souvenir précis du siècle où avaient été exécutés ces grands ouvrages, qu'on les regardait comme très antérieurs à ces dynasties des Pélopidesqui, parle rôle qu'elles jouent dans l'épopée, appartiennent déjà, dans une certaine mesure, à l'histoire. Les aèdes n'en savaient pas plus à ce sujet que n'en sut la tradition qui, un peu plus tard, a été visée par les poètes tragiques d'Athènes et par Pausanias.

On s'est demandé comment il se fait que chez Homère, qui, si souvent, oppose la vigueur des hommes d'autrefois à la faiblesse des hommes de son temps, il n'y ait pas la moindre allusion à la lourdeur de ces blocs énormes que semblaient avoir soulevés en se jouant les constructeurs primtifs. Ce silence, on se l'explique parla considération de la vraie patrie des deux poèmes. C'est de la Grèce européenne, de la Crète et d'Égine, du Péloponèse et de la Thessalie que les aèdes, lors delà migration des Ioniens et des Éoliens, ont emporté comme la première esquisse de leurs récits de guerre et d'aventure; mais c'est en Asie Mineure et dans les îles voisines que cette poésie acheva son évolu- • tion.Or à Smyrne,àChios et à Samosonétaitbienloindel'Argolide; on n'était même pas tout près des ruines de la Troie qui avait été assiégée et détruite par les preux achéens. Si, dans la Grèce d'outre-mer, on n'avait pasoubliélesnoms des héros, fils deMinos et d'Éaque, de Péléeet d'Atrée, si l'on avait gardé à chacun d'eux les traits que lui avait tout d'abord prêtés rimagination des chanteurs, si même, grâce à la persistance des vers que retenait la mémoire et des épithètes descriptives qu'il enchâssait dans son cadre, on semblait avoir conservé un souvenir assez précis de cités puissantes et riches comme Orchomène et comme Mycènes, si l'on n'ignorait pas que Troie avait dû à la solidité de ses remparts

la prolongation de sa résistance, ces poètes ne vivaient pourtant pas dans le voisinage, des forteresses qui avaient été bâties pour assurer à leurs maîtres l'empire des grasses campagnes de la Béotie, de l'Argolide et de laTroade. Ils n'on t donc pas eu Toccasion d'éprouver devant ces enceintes l'expression de surprise dont la trace se serait retrouvée quelque part dans leurs œuvres s'ils étaient entrés dans les galeries du mur de Tirynthe et s'ils avaient, à Mycènes, franchi la Porte aux lions. Les aèdes qui ont fourni à Homère les matériaux de \ Iliade ne paraissent même pas avoir vu le mur de la Troie contemporaine de Mycènes, ce mur qui vient d'être dégagé par M. Dœrpfeld (fig. 12)*. S'ils en avaient mesuré de l'œil la hauteur, ils en auraient, ce semble, parlé d'une manière moins vague; ils auraient insisté davantage sur la force de cette barrière, sur l'obstacle qu'elle opposait aux entreprises des héros grecs qui, comme Patrocle et Achille, viennent en vain la frapper de leur lance. Ce mur, n'était-ce pas deux immortels, Poséidon et Phébus, qui, en un an de travail, l'avaient bâti pour Laomédon, le père de Priam*? Il eût été naturel que, ,, , , ^ .

*^ ^ ' 12. — Le mur de Troie.

pour justifier la tradition, le poète se com- Dœrpfeld, Bericht, «g. 9. plût à décrire ce rempart comme il a décrit

le bouclier d'Achille, ouvrage d'un autre dieu. Homère n'en a rien fait, et la muraille de Troie, cette muraille autour de laquelle se déroule tout le drame d'une guerre de dix années, est pour lui une muraille quelconque, qu'il ne se représente pas nettement. S'il reste ainsi dans le vague, c'est que les villes qu'il habite ne sont pas des villes closes de murs; c'est que jamais il ne s'est trouvé en face d'un rempart construit soit en quartiers de roc, comme celui de Tirynthe, soit, comme celui de Mycènes, en pierre déjà bien appareillée.

Au contraire, les détails abondent là où il s'agit de la ligne fortifiée que les Grecs avaient dressée en avant de leurs tentes. Le poète vise là des travaux de campagne semblables à ceux qui s'étaient plus d'une fois offerts à ses yeux. Le camp était entouré d'un fossé dont le bord intérieur était hérissé de palissades. Derrière celles-ci s'élevait le rempart. Comme fondations, des troncs d'arbre et de grandes dalles de

i. Berichtj p. 38-56.

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