‹ Histoire de l'art dans l'antiquitéChapitre 41 sur 349 · Iliade, VU · texte numérisé non relu

Iliade, VU

et de Tirynthe, avec la vieille loi dorienne, attribuée à Lycurgue, d'après laquelle les portes des maisons devaient être dressées seulement avec la scie, et les toits seulement avec la hache *.

Si, pendant longtemps, les mœurs durent rester très simples dans la Grèce européenne, il en était autrement des groupes que le contrecoup de l'invasion avait jetés en Asie Mineure. Ces émîgrants avaient emporté avec eux, confiés à la mémoire des poètes, les antiques traditions de leur race, les souvenirs d'un âge d'aventures, de puissance et de gloire ; ils avaient emporté aussi le goût d'un certain luxe, certaines habitudes de vie élégante et noble. Dans les groupes d'exilés, il y avait des artisans, rompus à la pratique des divers métiers. Les cités neuves, bientôt enrichies par la culture de terres fertiles et surtout par le commerce, virent refleurir les arts qu'avait cultivés la Grèce mycénienne. Leurs chefs, descendants des vieilles familles d'outre-mer, ne manquaient pas de s'appliquer à rehausser la dignité de leur rang par l'éclat du cadre dans lequel ils cherchaient à se placer. C'était pour eux que travaillaient, dans la cité, les ouvriers les plus adroits, et pour eux aussi que les trafiquants phéniciens tiraient des cales de leurs navires les étoffes aux fines broderies, les armes habilement incrustées d'or et d'argent, les bijoux les plus beaux, les vases de métal les plus somptueusement décorés ; tout cela servait à parer la personne ou la maison du prince. Celle-ci était fréquentée parles aèdes, par ces chanteursqui, comme le Démodocos et le Phémios AQYOdysséey célébraient, dans la salle du festin, les exploits des ancêtres. Pour pouvoir accueillir les hôtes qui s'y réunissaient, il fallait que la demeure royale eût une pièce très spacieuse où trouvassent place, dans les grandes occasions, tous les nobles de la ville. Cette demeure dut donc garder là certains des traits qui l'avaient caractérisée dans la période précédente. C'est ce que nous n'aurons pas de peine à montrer en dégageant de l'épopée tout ce qu'elle contient, à ce sujet, de renseignements positifs ou d'indices plus ou moins clairs.

De V Iliade, il ne peut y avoir grand'chose à tirer. C'est un récit de guerre. Les Grecs sont en campagne. Ils vivent sous des abris faits de branchages et de roseaux. Quant à Troie, elle n'est vue en quelque sorte que du dehors : le poète montre surtout les Troyens sur le champ de bataille ou groupés sur le mur d'enceinte ; il n'a guère l'occasion de les suivre dans l'intérieur de la ville. Il indique pourtant, d'un trait

\, Plutarque, Lycurgue^ 43.

rapide, le caractère « du palais que Paris s'était bâti avec le concours des hommes qui étaient les meilleurs charpentiers qu'il y eût alors à Troie ; ceux-ci lui avaient fait des chambres à coucher j une salle de réception et une cour^ près de Priam et d'Hector, au sommet de la ville* ». On remarquera la traduction que nous avons donnée du vers 316:

ol' ol èirotyj^av 6dAa|jL0v xal 8w|jLa xal aO).T^v.

Si nous avons rendu par des périphrases les deux termes ôxXaaov et ^OijjLa, c'est pour en mieux faire comprendre le sens. Homère rappelle, d'un mot, les trois grandes divisions du palais mycénien, qui sont aussi celles du palais de son temps. AûfjLa est ici synonyme de [ziyapov. Celle grande pièce où se rassemblent les visiteurs, c'est la partie la plus importante de la maison, celle qui attire le plus les regards; le poète, par suite, la désigne comme la maison même, la maison par excellence. Le OaXap;, c'est la partie privée de l'habitation; ce quartier ne pouvait pas, dans une demeure princière, ne renfermer qu'une chambre ; c'est pour ce motif que nous avons employé là le pluriel. Enfin la cour, aux?), est une dépendance nécessaire delà maison; c'est ce que nous avons vu par le plan du palais de Tirynthe.

Le palais de Priam, quoique décrit plus longuement que celui de Paris, l'est avec moins de précision ^ Le poète parle de la cour, de l'auXï), ainsi que des « portiques aux parois lisses », $e<jTocl alOou<7oci, qui l'entouraient; mais ce sur quoi il insiste surtout, c'est l'étendue de l'appartement privé, c'est le nombre tout exceptionnel des membres de la famille qui avaient là leur place réservée. « 11 y avait, dans la maison, cinquante chambres de pierre polie, bâties les unes près des autres; c'était là que les fils de Priam dormaient près de leurs femmes. » Priam, ce patriarche asiatique, avait presque autant d'enfants que Ramsès Meïamoun ; toute sa famille ne tenait pas dans ces cinquante chambres. Il y avait une autre série de pièces, toutes pareilles, qui étaient destinées à ses filles et à leurs époux ; mais ces dernières pièces étaient du côté opposé [hé^tù^èyf evavTioi), c'est-à-dire en avant du mégaron^ dans la cour extérieure (evJoOev oJjVh^). On se les figure disposées six par six, sur les deux faces de cette cour.

Du mégaron lui-même, pas un mot ; nous ne savons rien du corps de bâtiment qui reliait la cour extérieure, avec ses logements, au

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