‹ Histoire de l'art dans l'antiquitéChapitre 42 sur 349 · Ibid.y Vï · texte numérisé non relu

Ibid.y Vï

quartier réservé, à la partie postérieure du palais. Il y a là une omission ou plutôt un sous-entendu qui ne comporte qu'une explication. Aucune des scènes importantes du poème n'a pour théâtre la demeure royale; Homère n'avait donc aucun intérêt à faire connaître l'ensemble des dispositions par lesquelles se serait défini l'édifice; mais il y conduit Hector, qui vient charger sa mère de fléchir la colère de Pallas, et il saisit cette occasion d'indiquer, par quelques traits choisis, quelle est la grandeur et la magnificence de cette habitation. Ce qui lui a paru le plus propre à frapper l'esprit de ses auditeurs, c'est l'énumération de ces chambres dont le nombre est insolite ; c'est aussi le soin avec lequel y a été exécuté le travail de la construction et celui du ravalement de la pierre. Il n'en faut pas davantage; c'est à l'imagination de se représenter le reste à l'avenant, sous le même aspect d'ampleur et de richesse.

Tout autre est le cas de Y Odyssée. C'est dans la demeure d'Ulysse que s'expose le prologue du drame, et le dénouement s'en accomplit après des incidents variés qui amènent le poète à promener ses personnages dans toute cette maison, de la cour qui la précède aux pièces les plus reculées, du rez-de-chaussée à l'étage supérieur. Nulle part sans doute il ne s'interrompt pour décrire le palais; mais les circonstances mêmes de ce récit l'amènent à faire aux dispositions principales de ce bâtiment des allusions assez nombreuses pour que l'on ait cru pouvoir en restituer tout au moins le plan. Ces essais ont conduit à des résultats assez différents; mais, pour marquées que soient ces divergences, elles n'ont rien qui doive décourager la curiosité. Les fouilles récentes ont mis l'archéologue en présence des restes de plus d'un édifice qui offre de singuliers rapports avec celui qu'Homère a eu en vue; elles ont permis ainsi de mieux définir les termes de la langue épique. C'est ce qui nous fournit le moyen de présenter un plan sur lequel il est facile de suivre, dans toutes leurs démarches, les acteurs des scènes finales du poème* (PI. I). Une vue

1. Le meilleur plan qui ait été donné du palais d'Ulysse nous paraît être celui qui l'a été par Jebb, dans son intéressante étude intitulée : The Homeric home in relation to the remains at Tiryns (Journal of Hellenic studies, 1886, p. 170-188). Cependant l'esquisse que nous présentons diffère par plusieurs traits de celle qu'a tracée notre devancier. Dans la note 1 de la page 170, on trouvera, chez Jebb, la liste des principaux travaux qui ont été consacrés à la maison d'Ulysse. Helbig ne s'occupe que de la décoration et de l'ameublement de la maison ; il ne cherche pas à en restituer le plan. Tous les textes relatifs à la maison homérique sont groupés méthodiquement dans le mémoire du D' Joseph, architecte : Die Palœste des Homerischen Epos, mit Rùcksicht auf die Amgrabungen Hcinrich Schliemanns, 2« édition, 107 pages, 2 planches. Nous ne sommes pas toujours

perspective de l'édifice rend ces dispositions encore plus claires (PI. II) \ Avec ses doubles propylées et sa haute façade précédée d'une double cour, le palais de Tirynthe devait offrir au visiteur un aspect imposant qui ne manquait pas d'une certaine élégance. A Ithaque, ce qui frappe à première vue, dans la maison du prince, quand on l'aperçoit du dehors, c'est moins son apparence de richesse et de luxe que sa solidité, sa force de résistance. C'est ce qui résulte des vers où Ulysse, quand il s'approche de sa propre demeure, dans son rôle de mendiant étranger, traduit l'impression qu'elle fait sur l'esprit du spectateur :

Eumée, voilà certes la belle maison d'Ulysse !

On la reconnaît de loin entre toutes les autres.

Les bâtiments y succèdent aux bâtiments; la cour y est entourée

D*unmurqui a son couronnement, et il y a des portes solides

A double battant; aucun homme ne pourrait s'y introduire par la force' .

Cette porte aux solides vantaux, nous lavons placée dans un angle, comme elle l'est à Tirynthe; mais nous partions de l'idée, qui sera confirmée par toute cette étude, que le palais homérique était moins vaste et d'un agencement plus simple que le palais mycénien; nous n'avons donc pas cru devoir restituer ici ces propylées à colonnes que l'on a rencontrés àMycènes et à Tirynthe. La porte (PL I, A) garde pourtant la disposition qui a déjà été signalée à Troie et qui caractérise les propylées; ellene s'ouvre pas directement sur Je dehors, dans le plan de

arrivé aux mêmes conclusions que cet auteur; mais il paraît avoir souvent vu juste. On lira aussi avec profit les observations de Puchstein sur la maison homérique (Archœolog, Anteiger, 1891, p. 42-43, dans le tome VI du Jahrbuch); il fait remarquer que le poète ne paraît pas avoir en vue toujours le même type de maison et il essaye de distinguer et de définir ces types différents.

1. Le mode de perspective choisi a permis de montrer dans leurs proportions exactes les diverses parties de l'habitation ; mais l'emploi de ce mode, qui était imposé par les circonstances, risque de faire paraître Tensemble des bâtiments plus considérable qu'il ne l'est en réalité; nous devons mettre en garde contre cette illusion. Celte demeure n'occupe sur le terrain qu'un espace assez restreint; dans sa plus grande dimension, la cour n'a que 32 mètres entre les portiques. La vue indique les différents modes de maçonnerie qui ont pu être employés dans ces constructions, appareil à assises horizontales et à ressauts, petit appareil polygonal en pierres de taille, petit appareil polygonal en moellons, murs en briques crues et en bois, revêtements en pierres polies et en bois, etc. ; ces bâtiments peuvent n'avoir pas été élevés tout en une même fois. A leur partie supérieure, les murs ne sont pas coupés horizontalement ou arasés de niveau f à une même hauteur; on les a arasés à des hauteurs différentes, suivant ce que Ton voulait montrer de l'intérieur des salles ou de la surface des cours et des terrasses. La partie supérieure des murs de clôture est même sectionnée par arrachement.

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