‹ Histoire de l'art dans l'antiquitéChapitre 45 sur 349 · Ibid., XXIÏ · texte numérisé non relu

Ibid., XXIÏ

c'est l'expression qu'il emploie en décrivant l'opération exécutée par Télémaque. Celui-ci attache le câble à la colonne, xtovo; sÇà^a; [jLgyaXïî;; mais il le roule autour de la iholos, 7r£ptêa>.>.8 ôoXoto. La tholos est donc un bâtiment rond, et ce bâtiment ne pouvait avoir qu'un faible diamètre; autrement, il aurait fallu que Télémaque disposât d'une corde d'une longueur démesurée. Ce bâtiment devait être exhaussé sur un soubassement auquel on accédait par quelques marches (H); si le pied de la rotonde avait posé sur le sol même de la cour et que Télémaque eût tendu la corde à la hauteur de ses bras levés, les corps des pendues auraient traîné à terre. Procéder à cet enroulement au moyen d'une échelle eût été long et difficile. Ajoutez, au contraire, un socle qui porte la rotonde; le héros évolue de plain-pied sur le rebord de ce massif, et, en un tour de main, il a noué la corde à la hauteur voulue. Pour en fixer l'autre extrémité au fût de la colonne, il suffit d'un escabeau, ou même d'une pierre qui se serait trouvée là. Nous supposons une distance d'environ cinq mètres entre la colonne et la tholos. Plus longue, la corde n'aurait pas eu une rigidité suffisante, et les douze condamnées pouvaient tenir dans cet espace.

Qu'était-ce que la tholos? Diverses hypothèses ont été proposées. On a pensé à un cabinet d'aisance*. La conjecture est ingénieuse; elle s'accorderait bien avec les intentions d'Ulysse, qui veut faire périr les servantes ce par une mort honteuse » ; mais il est permis de se demander si l'habitation homérique contenait vraiment une pièce qui eût cette destination. Il serait possible encore de voir là une construction circulaire telle qu'on en rencontre souvent dans nos campagnes, élevée, comme protection contre la poussière, au-dessus de l'orifice d'un puits ou d'une citerne. Ou bien ne serait-ce pas une rotonde ouverte à l'air par en bas, sous l'abri d'un toit en champignon, une sorte de kiosque où l'on serait venu s'asseoir pour jouir du frais de la soirée? J'ai souvent vu de ces kiosques, ainsi posés, devant les konaks des beys turcs ; on y passe de longues heures à prendre le café et à faire son kief'^. Cette tholos, nous l'avons donc mise dans une petite cour latérale, qui communique avec la grande cour (PI. I, G) ; du massif assez élevé sur lequel repose la rotonde, il aurait été facile de voir la campagne, par-dessus le mur. Dans l'angle de cette cour se trouve une sorte de hangar; sur celle de ses faces qui regarde la cour on voit une colonne qui devait porter le bord de la toiture. Si la destination de l'édifice reste toujours conjectu-

\ . Joseph, Dte Palœste, p. 26.

2. G. Perrot, Souvenirs d'un voyage en Asie Mineure, p. 141-143.

raie, Tarrangement que dous présentons est plausible; il répond aux données de Tépisode où est mentionnée la tholos.

Outre la tholos, il y avait encore, dans la cour, un autel de Zeus Herkeios ou « protecteur de Tenclos ». Quand tous les prétendants sont tombés sous les coups d'Ulysse, le chanteur Phémios, qui a eu la chance d'échapper au massacre, se demande s'il embrassera les genoux du vainqueur, ou si, « sortant du mégaron, il ira s'asseoir contre l'autel du grand Zeus Herkeios, où Laërte et Ulysse avaient brûlé, en l'honneur du dieu, les cuisses de tant de bœufs »*. Il parait probable que cet autel était situé vers le milieu de la cour (PI. I, D). C'est la position qu'il occupe à Tirynthe. S'il avait été placé dans le voisinage immédiat du bâtiment principal, la fumée des holocaustes aurait envahi les vestibules et pénétré jusque dans le mégaron. Puisqu'on y allumait le feu du sacrifice, cet autel n'étaitpas, comme à Tirynthe et àMycènes, une sorte de puisard; ce ne pouvait être qu'un massif plein, fait (TeTuyjjLlvov) de briques crues ou plutôt de pierre. Ce que les Grecs, du temps d'Homère, entendaient par j3o>a6c, on le comprend quand on voit le poète appliquer ce mot aux socles qui, dans la maison d'Alkinoos, supportaient des statues de jeunes hommes dans les mains de qui brillaient des flambeaux ^.

Nous avons prêté à la maison d'Ulysse, dans sa partie antérieure et publique, une disposition qui est moins compliquée que celle qui caractérise les palais de l'âge précédent; nous n'y avons placé qu'un seul vestibule, ouvert par devant, comme celui qui donne accès au temple grec, tandis qu'à Mycènes et à Tirynthe il y a, en outre, derrière ce portique, une antichambre fermée, munie ici d'une et là de trois portes^. Rien ne nous a paru justifier l'hypothèse d'un doublement du vestibule, d'une pièce close interposée entre le mégaron et le porche extérieur. Ce porche, c'est ce qu'Homère appelle le xpoôupov, « ce qui est devant la porte (L) ». Il est souvent question dans les deux poèmes de l'aïBo'jaa (sous-entendu <rroi), mot à mot « lechauffoir ». Cette aithousa, nous la reconnaissons dans le portique, plus large que celui des deux petits côtés de la cour, qui est adossé au corps de bâtiment dont le milieu est occupé par le mégaron (M, M) *. Le terme TCpoîoao;, « ce qui

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