‹ Histoire de l'art dans l'antiquitéChapitre 5 sur 349 · TOME vu · texte numérisé non relu

TOME vu

ei en Syrie, encore entouré de la même vénération qu'au temps des Pélasges ou des patriarches hébreux, encore chargé de la même fonction*. C'est en Bithynie que j'ai fait pour la première fois cette rencontre. Au sommet d'une colline vers laquelle s^élevait le sentier que nos chevaux suivaient à pas lents, j'apercevais de loin un arbre énorme, au gros tronc, à la tête large et ronde. A mesure que j'en approchais, son aspect me paraissait de plus en plus étrange. Très peu de verdure, et seulement dans la partie supérieure ; plus bas, ce n'étaient que taches jaunes et blanches, rouges et bleues ; je me demandais comment un arbre pouvait porter ainsi à la fois des fleurs de toute couleur. Le mot de l'énigme, je le saisis lorsque je fus arrivé au pied même du chêne. Ces points multicolores, c'étaient autant de chiffons attachés aux branches, où ils remplaçaient les feuilles ; chacune de ces loques était le signe et le souvenir d'une fièvre que le malade était venu, pour s'en débarrasser, lier à farbre : c'était l'expression que l'on employait. Quelques mois plus tard, je découvrais que cette même superstition vivait encore en France. Dans un bois où je chassais, en Champagne, je voyais des brins de laine noués autour des branches basses d'un vieux chêne penché sur une fontaine, et l'on me disait que c'était là un <irbre fée, auquel, de tous les villages voisins, on accourait demander la guérison ^

L'imagination du fétichiste avait une telle puissance, qu'elle prêtait une âme non seulement à l'animal et à la plante, qui se rapprochent de l'homme par l'attribut commun de la vie organique, mais encore à la pierre, à la pierre inerte et froide. Nous avons signalé la place qu'occupait, dans les religions de la Syrie et de l'Asie Mineure, le culte des èétyles ou pierres sacrées^; mais ce culte se maintint aussi en Grèce, après même que l'art eut peuplé les temples de statues. Pour désigner ce genre d'idoles, les Grecs employaient souvent un terme de provenance sémitique, pxi'ni>.ta, bétyles. C'est que, lors de leurs premières relations avec les Phéniciens, ils avaient entendu ceux-ci donner ce nom de beit-el, « demeure delà divinité », au cône de pierre que le dévot marchand syrien, lorsqu'il avait fait son déballage sur la grève, se hâtait de tirer des flancs de son navire et de dresser, tout près de ce bazar improvisé, en l'honneur de sa déesse Ashtoret, qui

i. Sur le culte des arbres chez les Hébreux, voir HUUoire de CArt^ t. IV, p. 379-380.

2. n y a de cela plus de trente ans. C'était dans une garenne sise sur le teiTitoire de Barbonne, village du canton de Sézanne, dans le département de la Marne.

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