Histoire de l'Art, t. IV, p. 380 et
Tavait sauvé du péril de la mer. Dans la naïve admiration que Ton éprouvait pour ces représentants d'une civilisation supérieure, on a saisi sur leurs lèvres et Ton s'est approprié le mot; mais, quant à la chose, on la connaissait bien avant d'entrer en rapport avec les Asiatiques. Rien déplus naturel, sous Tempire de la conception fétichiste, que d'attacher et de confier ainsi à la solidité de la pierre la conservation d'une parcelle de ces énergies divines dont Thomme sent partout autour de lui la présence et l'action mystérieuse, énergies dont il est tenu de s'assurer le concours, sous peine, s'il n'y réussit pas, d'en être le jouet et la victime. Aussi la langue grecque a-t-elle, pour dénommer les objets de ce culte, à côté du vocable d'origine exotique, une locution qu'elle tire de son propre fonds : elle les appelait pierres brutes y apyolXCÔot.
Certaines de ces pierres passaient pour être tombées du ciel, et l'on a cru trouver dans cette circonstance l'explication du respect superstitieux qui les entourait; mais c'est en Syrie surtout et en Asie Mineure que l'on rencontre ce culte des aérolithes. Il ne parait pas qu'en Grèce on attribuât ce caractère à la plupart des bétyles que l'on montrait encore, au ii^ siècle après Jésus-Christ, dans de vieux sanctuaires de la Béotie, de la Mégaride, de l'Arcadie et de l'Achaïe. Pausanias ne le prête qu'aux trois pierres d'Orchomène\ 11 rencontre à Pharae, en Achaïe, une trentaine de pierres quadrangulaires qui étaient considérées comme les symboles d'un pareil nombre de dieux; c'est, dit-il, que, chez tous les peuples grecs, dans un temps très ancien, des pierres brutes tenaient lieu des images^ qui plus tard se multiplièrent dans les lieux de culte'. Si l'on se contenta pendant des siècles d'une représentation aussi élémentaire de la divinité, ce ne fut pas seulement parce que la main de l'artiste n'était pas encore suffisamment exercée à modeler la terre, la pierre ou le bois. Le vrai molif de cette abstention, il faut le chercher dans la nature même de la croyance, dans les conséquences logiques de son principe; c'est ce que l'on ne saurait comprendre pleinement jusqu'à ce qu'on se soit rendu compte du progrès que réalise la substitution du polythéisme au fétichisme, et que l'on ait défini l'influence que ne pouvait manquer d'exercer sur la plastique la nouvelle croyance.
Du pur fétichisme, l'esprit de l'homme passe à l'astrolàtrie, qui est déjà le fruit d'un premier effort de réflexion et d'analyse, pour s'élever