Histoire de VArt, t. VI, p
3. Ces différences ont été bien saisies par Percy Gardner, New chaplers in Greek history, p. 145-150.
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duit dans les mœurs. De même que, pour devenir vêtement, rétoffe prend les dimensions et les formes du corps, ainsi la maison, qui est aussi une enveloppe et un cadre, s'adapte aux habitudes de la famille. Celles-ci règlent l'ordonnance de Thabitation ; ce sont elles, avec leur variété, qui lui donnent, suivant les temps et les lieux, telle ou telle conformation, telle ou telle physionomie. Si Ton a bien compris les aménagements intérieurs du palais de Tirynthe, celui-ci, par la séparation qui y est établie entre les deux principaux quartiers de la demeure, rappellerait les palais assyriens; il aurait ^on harem. Chez le peuple qui Ta bâti, les usages auraient été, tout au moins dans la haute classe, chez les nobles et les rois, à peu près ceux de l'Orient ; les femmes y auraient vécu soustraites aux regards et au commerce des hommes. Les princes achéens devaient être polygames. Entre leur temps et celui d'Homère, la société grecque a fait un grand pas; la monogamie y a triomphé. Comme épouse et comme mère, la femme a pris dans la famille une place considérable, une place qu'elle n'y gardera pas toujours. Le rôle qu'elle y joue, dans l'épopée, est plus important et plus honorable que celui auquel on la verra réduite dans l'Athènes du v* et du iv* siècle. Hélène à Troie, sur la plate-forme de la tour où sont réunis les vieillards, Hélène encore à Sparte, dans son palais, Arété chez les Phéaciens, Pénélope à Ithaque, se montrent sans embarras même aux étrangers^ viennent s'asseoir au milieu des hommes et leur adressent la parole. Elles sont, dans ces démarches, aussi libres d'allures qu'une matrone romaine ou qu'une Française d'aujourd'hui. Étant donnée cette situation de la femme, l'architecte, quand il jetait les fondements de la maison, ne pouvait pas avoir l'idée de s'appliquer à séparer les sexes et à multiplier entre eux les barrières. Tout en ne sacrifiant pas les exigences de la vie domestique à celles de la vie sociale, il cherchait à rendre les relations faciles et rapides entre ceux que mettaient en contact tant d'intérêts communs et tant d'occasions de rencontre.
Comme expression d'une moralité plus avancée, la maison homérique est donc supérieure à la maison mycénienne; mais en est-il de même pour ce qui est de l'ampleur et de la richesse? Les bâtiments ne pouvaient occuper une aussi grande étendue de terrain, là où les deux quartiers de la maison se touchaient, que là où il avait fallu réserver entre eux des intervalles marqués. L'ensemble se trouvait avoir ainsi, dans les édifices de l'âge homérique, un aspect plus ramassé, moins pittoresque et moins varié. Le palais de Tirynthe avait, en avant
du mégaron, deux larges cours; il en avait d*autres, moins vastes, dans le quartier des femmes, entre les bâtiments. Ces cours étaient bétonnées ; des bandes rouges et bleues, tracées au pinceau sur le pavage en petits cailloux, lui donnaient Taspect d'un tapis multicolore ^ Il ne semble pas que la recherche ait été poussée aussi loin à Troie ni à Ithaque; si la grande cour est en partie pavée et s'il s'y dresse un autel, le tas de fumier qui s'y trouve la fait ressembler, dans une certaine mesure, à nos cours de ferme. L'intérieur du mégaron ne devait pas être mieux tenu. On ne se figure pas une bordure de dalles d'albâtre, comme à Mycènes, dans cette salle où se préparaient les aliments, où la viande cuisait sur le feu, oùgisaientà terre les os et les peaux des bœufs et des moutons qui avaient fourni la matière des repas récents ^ A la fumée qui se dégageait delà combustion du bois se mêlaient les vapeurs et l'odeur de la graisse coulant sur la flamme, odeur qui blesserait aujourd'hui nos narines, mais qui charmait celles des contemporains d'Homère, en mémoire des franches lippées qu'elle leur rappelait ^ ; ils y trouvaient tant de plaisir, qu'ils supposaient le même goût 'à leurs dieux \ Il est possible que, chez les princes achéens, on ne fit pas ainsi la cuisine dans le mégaron; la fumée n'a point laissé de trace sur les fragments d'enduit peint que l'on a ramassés à Tirynthe et à Mycènes. On n'aurait pas étendu, sur toutes les parois, ce manteau de peinture pour l'exposera disparaître, en peu de temps, sous une couche de suie grasse. Nous avons dit comment l'architecte mycénien avait pu obtenir ce résultat; nous avons supposé, au centre du plafond, unesorte de lanterne munie d'ouvertures latéralesà travers lesquelles la fumée s'échappait, entraînée par un fort courant d'air \ La maison qu'a connue Homère avait, elle aussi, des orifices ménagés à cette fin dans la toiture; mais ce qui est certain, c'est que la disposition qui avait été donnée à cet orifice n'empêchait pas la fumée de noircir certaines parties des poutres de la charpente.
Ces rapprochements laissent l'impression que la maison d'Ithaque, si un autre Schliemann venait à en retrouver le site et à en dégager les restes, paraîtrait petite et de médiocre apparence en comparaison de ce que devaient être les palais de Tirynthe et de Mycènes, tels que leurs ruines nous ont permis de les restituer.