‹ Histoire de l'art dans l'antiquitéChapitre 58 sur 349 · Iliade, XIII, 21-22; XVIII · texte numérisé non relu

Iliade, XIII, 21-22; XVIII

ouvriers habiles à plaquer le métal sur un fond et à y insérer, découpées en tranches minces, des matières de prix qui en variaient la couleur. C'est cette sorte de décoration que le poète a en vue quand il met ces paroles dans la bouche de Télémaque qui, en regardant le palais de Ménélas, est saisi d'admiration :

Contemple, fils de Nestor, cher à mon cœur,

Téclat de Tairain dans la maison sonore

et celui de Tor, de l'électron, de l'argent et de l'ivoire».

Même ornementation, mais plus somptueuse encore, dans ce palais d'Alkinoos dont le poète a voulu faire quelque chose de supérieur à ce qu'avaient pu voir de plus beau ceux mêmes de ses auditeurs qui avaient le plus couru le monde :

Des murs de bronze avaient été dressés de part et d'autre,

depuis le seuil jusqu'au fond ; tout autour régnait une frise de kyanos;

des portes d'or défendaient l'accès de la maison bien close ;

des jambages d'argent étaient debout sur le seuil de bronze ;

le linteau était d'or, et d'or aussi la cymaise^.

Homère, en multipliant les détails, cherche à donner ici la sensation del'éblouissement ; autant de membres d'architecture, autant de miroirs dont chacun réfléchit des rayons d'une teinte différente. Nulle part sans doute il n'y avait maison de prince où les diverses parties de l'édifice fussent ainsi toutes également resplendissantes ; mais ceux auxquels s'adressaient ces récits n'auraient pas eu la vision que le narrateur désirait leur suggérer, s'ils n'avaient jamais rien aperçu de pareil à ces luisantes enveloppes de métal.

C'est seulement aussi dans le palais d'Alkinoos que l'on voit apparaître, comme élément décoratif, à côté du métal, une matière qui joue là le même rôle que l'ivoire dans le palais de Ménélas, ce kyanos

1. Odyssée, IV, 71-73. Nous ne croyons pas douteux que le génitif rîkéxxpoj n'appartienne au substantif masculin ^extpoç, qui désigne un alliage naturel d*or et d'argent, et non au substantif neutre rJXexTpov, l'ambre. L'ambre ne se présente guère qu'en petits morceaux et nous ne voyons pas bien comment il se serait prêté à la décoration de larges surfaces; mais surtout il faut remarquer la place qu'occupe ici ce mot. La matière qu'il représente est nommée entre l'or et l'argent; rien de plus naturel s'il s'agit d'un métal qui participe à la fois de l'un et de l'autre, en sorte que sa teinte d'un jaune pâle tînt le milieu entre le rouge éclat de l'or et la blancheur de l'argent.

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