Ibid., VU
daQ8 lequel on a reconnu les émaux bleus que l'Egypte et la Phénicie ont fabriqués et exportés en si grande quantité*. L'ivoire et cette pâte vitrifiée servaient à méleraux reflets chauds du métal des tons plus doux etplus vifs, Tun son jaune laiteux, et Tautrela fraîcheur de son azur. Cette mention du kyanos est unique dans l'épopée et c'est à propos du palais d'Alkinoos qu'elle s'y rencontre; on peut en induire que cette faïence, produit exotique, était plus rare et plus chère que l'ivoire.
Si la maison princière de l'âge homérique ne semble avoir égalé celle de l'âge primitif ni par l'ampleur de sa masse ni par la commodité de ses installations, ni par la richesse et l'élégance de son décor, elle n'en a pas moins été l'édifice sur lequel, pendant la période qui correspond à la formation et à l'achèvement de l'épopée, s'est porté le principal effort de l'architecte. Pour diverses raisons, la tombe n'a pas pris alors le même développement que dans les siècles précédents ; tout entière souterraine et signalée à Tatlention seulement par une stèle sans figures ni inscription, elle n'a laissé que de bien faibles traces. Là même où nous l'avons rencontrée, très soignée et très ornée, à Athènes, elle n'a, au-dessus du sol, qu'un relief assez peu marqué ; l'arrangement en demeure très simple. Quant à l'architecture religieuse, elle est encore dans l'enfance. Le temple, comme perdu dans la vaste étendue de l'enceinte sacrée, parmi les autels et les bois qui les entourent, n'a qu'une médiocre importance. Il devait en être ainsi tant que resterait prépondérant le pouvoir du chef de clan, du prince héréditaire. Le temple ne grandira et tous les arts ne s'appliqueront de concert à l'embellir et à le parer de leur mieux que le jour où la cité, composée d'égaux, n'aura plus d'autre maître que le dieu dont la bienveillance doit assurer le succès de toutes ses entreprises. A partir de ce moment, sa préoccupation constante, sa passion, ce sera d'élever, en l'honneur de ce dieu, un édifice qui, par ses dimensions et par sa noblesse, soit digne de la puissance et de la majesté qu'elle prête à son divin protecteur. C'est alors que, comme nous en avons la preuve pour Mycènes, pour Tirynthe et pour Athènes, les temples remplaceront les palais, se dresseront sur les décombres mêmes des royales demeures où ont régné des dynasties depuis longtemps éteintes ; c'est à le bâtir et à l'orner que chaque ville, petite ou grande, jalouse d'éclipser ses voisines et ses rivales, consacrera toutes les ressources dont elle dispose, en capital et en
i. Hi$ioire de VArt, t. VI, p. 559-560.
talents. La révolution qui substitue partout les républiques aux antiques monarchies se trouvant coïncider avec l'essor que prend en tous sens, après Tapparition et la diffusion de l'épopée, l'âme de la race hellénique, il en résultera que, pendant la période où ce peuple atteint sa maturité, le temple sera le chef-d'œuvre de Tarchitecte grec, ou, pour mieux dire, le chef-d'œuvre du génie plastique de la Grèce.