‹ Histoire de l'art dans l'antiquitéChapitre 7 sur 349 · I6id., vu, XXII · texte numérisé non relu

I6id., vu, XXII

fO LA GRÈCE DE L'ÉPOPÉE.

ensuite à une conception déjà beaucoup plus abstraite, dont il trace Tébauche dès qu'il a commencé de soupçonner Tinertie de la matière et dont il arrête davantage les maîtresses lignes à mesure qu'il se croit plus sûr de cette vérité^; alors il détache des choses auxquelles il les avait arbitrairement prêtés les plus hauts attributs de l'être, ceux dont il avait trouvé le type en lui-même; mais il ne les dégage ainsi du monde extérieur que pour leur chercher un autre sujet, que pour les reporter sur des agents invisibles en qui il personnifie ces forces supérieures par lesquelles il se sent dominé, celles qui limitent la durée de sa vie et qui en règlent le cours. Ces agents, il les conçoit comme doués d'intelligence, de sensibilité et de volonté, mais d'une intelligence qui a une bien autre portée que celle de l'homme, d'une sensibilité qui est plus passionnée, d'une volonté qui n'est pas obligée de compter avec les obstacles auxquels la nôtre se heurte à chaque pas. Il ne saurait concevoir, sans se les représenter sous des traits définis, les agents, qu'il appelle ses dieux, entre lesquels il partage la surveillance et la direction des différents ordres de phénomènes dont l'univers est le théâtre; chacun d'eux a sa fonction particulière, plus ou moins rigoureusement déterminée; la figure qui lui sera assignée devra donc être en rapport avec le caractère spécial du rôle dont il est investi: on devra pouvoir reconnaître le personnage et le nommer, à la seule expression de sa physionomie.

A ce titre, le polythéisme est plus apte que tout autre système religieux à favoriser le développement des arts du dessin : il impose à la faculté plastique un effort que n'exige pas d'elle le fétichisme. Celui-ci est indifférent à la forme ; peu lui importent la composition et l'apparence des corps, dès qu'ils intéressent Timagination ; elle les anime et les divinise tous indistinctement. Tout ce que peut demander à l'artiste la religion qui a cette hypothèse pour fondement, c'est que, dans certains cas, il lui offre son concours en imitant de son mieux la réalité. Voici, par exemple, le culte des morts, tel que TÉgypte l'a pratiqué. Il y comportait des effigies qui, en reproduisant avec autant de fidélité que possible les traits du défunt, donnassent de la consistance à ce que l'on appelait son double, et, murées dans une chambre souterraine du tombeau, servissent comme de soutien à la personnalité toujours chancelante du fantôme^. Certaines de ces statues sont merveilleuses de

1. Nous avons insisté ailleurs, avec plus de détail, sur la place qu'occupe Yastrolâtrie dans le développement normal de la pensée religieuse (Hi.«^oirc de VArt, 1. 1, p. 49-50).

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