Ibid., XIX
chien et le faon étaient en or. Cette dernière indication et l'impression éprouvée s'expliquent mieux dans Thypothèse d'un groupe fait de figures d'un assez fort relief, exécutées au repoussé dans une plaque d'or. Quant au thème, l'idée première en a été suggérée par un de ces monuments orientaux dans lesquels on voit des daims ou des cerfs déchirés par des griffes *. Sur les intailles mycéniennes, c'est le lion qui dévore ces mêmes proies \ Nous sommes ici, avec la décoration de la fibule d'Ulysse, plus près de la réalité. Les créateurs de ce motif n'avaient jamais vu ni lions, ni griffons acharnés sur leur victime ; au contraire, l'artiste dont l'œuvre a frappé Homère reproduit une scène à laquelle, en chasse, ses clients ont pu assister plus d'une fois.
C'était encore du repoussé que les figures de bêtes et d'hommes qui décoraient le baudrier d'Héraclès, qu'Ulysse rencontre parmi les morts. « Le bouclier était d'or; on y voyait toute sorte d'ouvrages merveilleux : des ours, des sangliers sauvages, des lions farouches, des combats, des mêlées, des meurtres et des tueries de guerriers'.» Ces vers se trouvent dans un morceau où on a relevé la trace d'idées qui sont de date bien plus récente que celles dont s'est inspiré l'auteur des parties les plus anciennes de la Nekyia. Ce n'est donc pas commettre un anachronisme que de comparer ce baudrier aux diadèmes faits d'une mince feuille d'or, qui ont été recueillis dans plusieurs tombes du Dipylon et à Eleusis, diadèmes qui peuvent dater du viu® ou du VII® siècle*. Ce que l'on voit sur ces rubans, c'est ce qu'indique le poète, des files d'animaux, des lions qui surprennent des cerfs ou qui s'attaquent à des hommes. Peut-être retrouvera-t-on, sur d'autres de ces bandeaux,^ des scènes de bataille, semblables à celles que nous offrent, se déroulant autour de leur panse, les plus anciens vases peints de Chalcis et de Rhodes. On remarquera d'ailleurs que la description est loin d'être aussi précise ici qu'à propos des ouvrages précédemment étudiés. Les œuvres d'art étant devenues moins rares, le rhapsode ne les regarde plus avec une curiosité aussi émerveillée que l'aède d'autrefois : il se contente d'en indiquer l'aspect d'une manière générale, sans insister sur les détails. Ces bandes estampées ne sont plus, comme le bouclier d'Agamemnon ou la fibule d'Ulysse, des
1. Histoire de l'Art, t. II, fig. 280, 447; t. III, fig. 462.