‹ Histoire de l'art dans l'antiquitéChapitre 8 sur 349 · Histoire de VArt, 1. 1, p · texte numérisé non relu

Histoire de VArt, 1. 1, p

ressemblance et de vérité; mais il n'y avait rien là qui dût éveiller Tesprit d'invention. On en peut dire autant deTanimal, de l'arbre, du bloc de pierre auquel la superstition se sera particulièrement attachée; si on le copie pour en avoir des reproductions qui augmentent le nombre de ceux qui bénéficieront de sa vertu, on n'a pas besoin de le faire plus beau que nature : le but est atteint dès que le simulacre est une représentation exacte de l'original.

Il en est tout autrement des dieux du polythéisme. L'artiste est appelé à les distinguer par le choix et par la combinaison des formes dont il se sert pour créer des types dont chacun doit être la traduction sensible d'une idée générale. Ces différences, il les marque par les particularités du sexe et de l'&ge, de la conformation du corps et des lignes du visage. A mesure que sa main devient plus adroite, il arrive à faire de tous ces êtres des personnes de mieux en mieux déterminées, chez qui, comme dans l'animal, les caractères secondaires de l'organisme sont étroitement subordonnés à ces caractères principaux dont la science se sert pour constituer les genres et les espèces. Tel est le principe que la statuaire grecque s'est efforcée d'appliquer, et un plein succès a couronné son effort. Devant un fragment de torse viril, Tarchéologue saura dire si c'est celui d'un Zeus, d'un Hermès, d'un Apollon ou d'un Bacchus. Suivant que le sculpteur se sera proposé de représenter tel ou tel de ces dieux, il aura donné plus ou moins de largeur aux épaules et plus ou moins de fermeté aux chairs de son marbre. Là ce seront des muscles puissants, signes d'une force adulte qui bat son plein ; ici on sentira la vigueur sèche et nerveuse de l'éphèbe rompu aux exercices de la palestre ; ailleurs le contour sera plus souple: il ira même parfois jusqu'à rappeler les rondeurs du corps de la femme et à rendre le sexe presque douteux. Que si l'on vient ensuite à retrouver la tête qui complète la statue, tout y sera en rapport avec le caractère du buste, tout, jusqu'au moindre détail de la face, la fraîcheur d'une peau lisse et tendue ou les rides qui sillonnent le front, la chevelure assemblée en grandes masses qui donnent à l'ensemble un air de majesté, ou courte et dure comme un fin gazon, ou bien encore relevée en chignon surle sommet du crâne et répandue' sur le cou en boucles molles et tombantes, la barbe enfin, qui est ample et fournie chez un Zeus, un Poséidon ou un Esculape, tandis qu'il n'y en a pas trace sur le menton de ceux des immortels, Apollon et Bacchus, que l'imagination a voulu parer des grâces d'une jeunesse éternelle.

Il faudra des siècles d'une pratique assidue de la sculpture pour obtenir cette détermination si précise des types divins, par une merveilleuse entente de toutes les finesses de la forme. Le polythéisme a mieux réussi en Grèce que partout ailleurs à exprimer ainsi^ par des signes empruntés aux différents modes de la vie organique, les idées qu'il a été amené à se faire des êtres invisibles qu'il prépose à l'administration des divers départements de la nature. Le secret de cette supériorité, c'est qu'il a pris ici, avec plus de décision, le parti de ne tirer les éléments de cette figuration que des traits qui caractérisent l'espèce humaine. Le moyen dont l'Egypte a le plus communément usé pour donner un corps à ses dieux, c'a été d'y marier la forme de l'animal à celle de l'homme ; le plus souvent, elle a posé une tête d'animal sur les épaules d'un homme ou d'une femme\ Or, si loin que l'on remonte dans l'histoire de la plastique grecque, on n'y trouve rien de pareil. La Grèce n'a admis ces combinaisons que dans des types secondaires, dont la plupart lui ont été fournis de toutes pièces par l'art oriental. De ces types, il en est, comme le sphinx et le griffon, qui n'ont guère joué en Grèce que le rôle de motifs d'ornement; d'autres, comme la Harpyie, la Sirène, le Centaure, quelle qu'en soit l'origine, sont mieux entrés dans le courant de la mythologie et de la poésie nationale; mais cependant, eux aussi, ils sont restés au second plan. Quant aux dieux proprement dits, rien n'autorise à penser que leurs adorateurs les aient vus des yeux de l'esprit sous ces traits hybrides, ou qu'il les aient ainsi représentés quand ils se sont essayés à en modeler l'image. On a beaucoup épilogue sur les épithètes boopis et glaucopisy que la poésie homérique donne à Héra et à Athéna; on a prétendu en conclure qu'il y avait eu un temps où ces déesses étaient figurées l'une avec une tête de vache et l'autre avec une tête de chouette'; mais nous aurons beau chercher parmi les monuments de la plastique, nous n'en rencontrerons pas un, pour ancien et grossier qu'il soit, qui confirme cette conjecture, et celle-ci est d'ailleurs en contradiction avec toute l'épopée. Aucune autre des grandes divinités n'y a pour qualificatif une épithète qui comporte cette interprétation ; on ne voit pas pourquoi Athéna et Héra auraient seules passé par une phase que leurs frères et leurs sœurs n'ont pas traversée.

On allègue, il est vrai, le témoignage de monuments que nous

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