Vers 565, 508. Cf. 574,'
La difficulté, c'était de s'expliquer comment étaient rapprochés et ajustés des éléments si divers. Une découverte toute récente nous a tirés d'embarras : les procédés dont Héphœstos se serait servi sont ceux mêmes que nous avons eu Foccasion d'étudier et de définir à propos de ces poignards mycéniens dont la curieuse décoration a été dégagée par M. Koumanoudis de la gangue qui l'avait cachée à Schliemann^ Dans la plaque de bronze qui formait le champ de la pièce à décorer, l'outil pratique des cavités d'une faible profondeur où des doigts habiles, armés d'une pince^ déposaient des lamelles de métal ou de verre, lamelles fort minces, qui étaient fixées sur le fond, à l'aide d'une substance agglutinante, colle ou soudure. L'artiste créait ainsi une sorte de mosaïque, un placage polychrome auquel, suivant ce qu'il y mettait de temps et d'adresse, il pouvait donner, par l'intérêt du thème, par l'élégance du dessin et par la diversité des tons, plus ou moins d'ampleur et de variété.
Sans doute une décoration de ce genre ne constitue pas, au sens propre du mot, un ouvrage de sculpture. Si, comme dans l'un des poignards deMycènes, quelques-unes de ces pièces rapportées dépassaient un peu le niveau du champ, cette saillie était très légère, presque insensible; il ne faut pas chercher là un modelé obtenu par la superposition des plans. L'aspect était plutôt celui de la peinture ; mais c'estdu marteau, delà pointe et du ciseau que l'ouvrier s'était servi pour exécuter ce travail. L'orfèvre, qu'il projette ses figures en avant du fond ou qu'il les y encastre à plat, reste un sculpteur.
Si l'on est aujourd'hui en mesure de définir la technique d'où relevait toute cette décoration, il n'y a pas non plus doute sur la question de savoir d'après quel principe les tableaux que trace Héphaeslos étaient distribués sur la surface du bouclier. Les héros d'Homère paraissent s'être servis à la fois de l'étroit bouclier ovale, qui couvrait le corps dans toute sa longueur, et du bouclier rond, qui, tout en laissant les jambes à découvert, protégeait plus efficacement le buste ; mais la forme circulaire paraît avoir été la plus communément usitée, comme l'indiquent l'épithète euxux>.o;, « bien arrondi », souvent donnée au bouclier, et le fréquent emploi du mot x'i5c>.o;, « cercle », là où le poète décrit les boucliers des combattants et montre quel usage ils en font*. La raison décisive qui commande d'ailleurs de pré-
1. Histoire de l'Art, t. VI, p. 779-784, pi. XVIf, XVIII, XIX, fig. 367, 368; p. 811-812.