Iliade, XVIII, C
un motif de milieu*. Où mettre, sinon en vedette, dans une sorte de médaillon, la terre, le soleil, la lune et les étoiles? C'est là qu'il était le plus naturel de grouper ces corps célestes que les hommes avaient adorés avant de s'être donné des dieux faits à leur propre image. Ces astres, on les voit ainsi figurés sur les cylindres orientaux * et sur le chaton d'une bague mycénienne^; mais, la forme des cachets n'étant pas la même que celle du bouclier, c'est vers le haut du champ que le graveur, dans les intailles, réunit le soleil elles planètes. La disposition est différente, mais le principe est le même. Sur des monuments qui ressemblent davantage au bouclier, sur les coupes de métal, à dessins incisés et repoussés, qui ont été fabriquées en Assyrie et en Phénicie, on n'a pas encore rencontré, dans le cercle intérieur, le motif en question; mais on peut rappeler, à ce propos, deux coupes, de Nimroud, où le motif principal de la décoration fait songer à celui auquel Héphaestos avait accordé la place d'honneur*. A la périphérie, il y a, dans l'une, divers personnages qui, avec des attitudes variées, ont une physionomie tout égyptienne, et, dans l'autre, un défilé d'animaux passants; mais, de part et d'autre, ce qui remplit la plus grande partie du champ, c'est la terre, avec ses montagnes et ses vallées, que peuplent des hommes et des bêtes fauves. La donnée n'est pas tout à fait celle du poète grec. Il y a pourtant une certaine analogie. Cette perspective cavalière éveille, elle aussi, l'idée de l'espace indéfini et de la vie qui s'y développe, suscitée et entretenue par les flambeaux du jour et de la la nuit, sources inépuisables de chaleur et de lumière.
Entre la partie médiane du cercle et l'étroit ruban de mer qui en bordait la circonférence, il restait un large champ, celui où avaient trouvé place les scènes variées que le poète se complaît à retracer. Chacun de ces tableaux devait avoir son cadre : autrement le spectateur se serait perdu dans ce fourmillement de figures dont il aurait eu peine à saisir le rôle et le sens; même des intervalles libres, des blancs^ réservés entre les différents groupes, n'auraient pas suffi à lui permettre de s'orienter rapidement. 11 fallait des séparations, nettement accusées, séparations dont le principe était donné par la forme même de la surface à décorer. Ce principe, c'est celui du partage de cette surface en un certain nombre de couronnes circulaires, dont chacune,
i. Iliade, XVIII, 483-489.
2. Histoire de VArt, 1. 11, fig. 330, 342, 350; t. III, 426, 446, 457, 465, 474; t. V, o04-505,