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n'ont d'autre raison d'être que de mieux faire ressortir la grandeur et la puissance du souverain. Toute cette imagerie n'est que la glorification de l'orgueil et du caprice d'un seul homme. C'est là, s'il en fut jamais, de l'art monarchiste. Tout autre est la donnée de la décoration du bouclier. Dans toute cette description, il n'est qu'une seule fois fait mention d'un roi, et ce roi n'a rien du roi majestueux et terrible de la sculpture ninivite, devant lequel on entasse un monceau de tètes coupées et qui met le pied sur la nuque des rebelles. C'est un grand propriétaire rural qui, « debout sur les sillons, appuyé sur son sceptre, regarde en silence les épis tomber sous la faucille et se réjouit en son cœur ' ». La présence de ce roi débonnaire, dans un seul de ces tableaux, est un détail sans importance, qui passe presque inaperçu. Ici, l'acteur toujours en scène, c'est déjà le démos^ c'est le peuple, ici le peuple de la ville, qui se jette tout entier au-devant de l'ennemi pour défendre ses foyers menacés et qui, sur son agora^ assiste à des débals judiciaires auxquels président les vieillards, magistrats naturels de l'État naissant; là le peuple du village chez qui les hommes, les femmes et les enfants concourent à l'œuvre commune. Le poète chante pour tous. Tous prennent leur part de ces festins et de ces danses où l'on va chercher le délassement et l'oubli des dangers de la guerre, des discussions d'intérêt et du rude labeur des champs. C'est déjà la vie grecque, avec l'égalité de devoirs et de droits qu'elle établit entre tous ceux qui font partie d'un même groupe urbain, avec la large place qu'elle réserve aux fêtes civiques, aux jouissances du sentiment et de l'imagination, à tout ce qui peut reposer et rafraîchir l'âme, lui rendre son élasticité, que risque toujours de compromettre le poids du travail quotidien. Cet art, c'est un art qui s'adresse à tous les fils de la cité ; c'est, par l'esprit qui l'anime, un art vraiment républicain.
On s'est étonné de ne pas trouver, parmi les tableaux figurés sur le bouclier, de scènes qui représentent une pompe religieuse ni de scènes maritimes ; mais pourquoi supposer que le poète a voulu, dans cet épisode, offrir une image complète de la vie contemporaine? Certains aspects de cette vie l'ont frappé, et il les a décrits; s'il en a négligé d'autres, c'est qu'ils ne se sont pas, sur le moment, présentés à son esprit, ou qu'ils n'entraient pas dans le cadre qu'il s'était tracé. On peut, dans une certaine mesure, deviner la raison de ces omissions. Les cérémonies religieuses se célébraient devant l'autel situé dans la