Histoire de VArt, t. III, p. 702-703 et Og
sant de plus d'espace, elle grandira; elle sera plus à Taise pour varier ses attitudes et, par suite, pour traduire, grâce à la diversité des sujets, plus de sentiments et d'idées. C'est sur elle que se portera surtout l'effort du peintre, et l'ornement linéaire, qui tout d'abord était la chose principale, ne servira plus qu'à décorer les parties du champ que la figure voudra bien lui abandonner*
S'il est un groupe nettement défini, c'est donc celui que constituent les vases peints reproduits ci-dessus et ceux qui leur ressemblent; mais quelle place ces vases occupent-ils dans la longue série des créations du génie grec et quel en est l'âge relatif? C'est la question qui se pose dès le début de cette étude; il faut y répondre.
Lorsqu'on commença d'appeler l'attention sur ces monuments, la civilisation mycénienne n'était pas encore sortie de terre. On n'avait aucune donnée sur cette période préhellénique; on ne savait rien de la céramique dont les produits se sont conservés dans les tombes de Mycènes et d'Ialysos ou dont les tessons jonchent le sol des enceintes cyclopéennes. Dans ces conditions, il était naturel que l'on commençât par attribuer aux vases à décor géométrique la plus haute antiquité que Tesprit pût alors concevoir.
Au lendemain des fouilles de Schliemann, le point de vue avait changé : la science se trouvait mise en présence des créations de toute une céramique ignorée jusqu'à ce jour. Lesquels étaient les plus anciens, les vases à décor géométrique ou ceux que caractérise l'emploi d'un décor qui demande ses motifs favorisa l'imitation des plantes et des animaux de la mer? On aurait pu être fort embarrassé pour trancher la question de priorité, si l'on en avait été réduit à ne fonder son jugement que sur la comparaison directe des monuments. Supposons un critique qui, pour les uns comme pour les autres, ne saurait pas où et dans quelle compagnie ils ont été recueillis; l'hésitation lui sera permise. Placés auprès des vases que nous venons de figurer, les vases dits mycéniens paraîtraient porter la marque d'un art plus avancé. Ce qui lève toute incertitude, ce sont les circonstances mêmes de la découverte. Bien n'est mieux établi que l'état civil des vases qui ont pour ornements des branchages et des fleurs, le lierre et les algues, le poulpe et l'argonaute ; ils sont le legs de sociétés qui ont vécu dans Tâge que sépare des temps historiques cette suite de migrations et de conquêtes que la tradition appelait le retour des Héraclides et l'invasion dorienne. Quant aux vases où l'ornement est tout linéaire, on ne les rencontre pas mêlés aux reliques de ce premier âge; il n'y en a de
débris ni dans les fosses de Tacropole mycénienne, ni à YafiOy ni à Spaia el Ménidij ni à lalysos. A Mycènes, dans la citadelle, c'est à peine si quelques morceaux ont été ramassés à la surface du sol. Le seul point où ces fragments se soient montrés en nombre, c'est le site du palais; mais ce n'est pas dans la couche formée des ruines de cet édifice qu'ils ont été recueillis : c'est parmi les décombres des cabanes qui se sont bâties au-dessus de ses ruines, longtemps peut-être après qu'avait été détruite cette résidence royale. Il en est de même dans la ville basse : on n'a trouvé les tessons de cette sorte ni dans l'intérieur des tombes à coupole, ni dans celui des hypogées creusés dans le roc; en revanche, ils ne sont pas rares dans les remblais qui obstruent l'entrée de toutes ces sépultures. Celles-ci paraissent avoir été pour la plupart violées dans l'antiquité même, sans doute quand les Doriens se furent établis à Argos et qu'eut commencé la décadence de Mycènes. C'est alors que se seraient mêlés aux terres remuées par les mains des pillards les éclats des vases qui tendaient à remplacer l'antique poterie dont la fabrication allait prendre fin *.
Que si l'on cherche un critérium qui permette de préciser davantage, on le trouve dans le métal. Avec les vases mycéniens, on ne rencontre, outre les métaux précieux, que le bronze; mais ce sont des armes de fer que livrent ces tombes du Céramique d'Athènes, auxquelles on doit les plus grands et les plus beaux des vases à décor géométrique*. Or le fer n'apparaît, el encore est-ce à titre de rareté, que tout à fait vers la fin de l'époque mycénienne. Au temps où sont nés les chants qui sont entrés dans la composition de V Iliade et de YOdt/ssée, il est encore d'un usage beaucoup moins général que le bronze; il ne fournit au guerrier ni sa cuirasse, ni son épée, ni la pointe de sa lance. Les vases donL nous nous occupons ici, contemporains de l'emploi du fer, sont donc postérieurs aux vases qui ont été façonnés par les potiers de l'âge du bronze.
Si, pour achever de justifier cette assertion, il fallait d'autres
1. TsouNDAs, Mux^vai, p. 237. Lettre du 15 février 1894. « J'ai trouvé, m'écrit Tsoundas, beaucoup de tessons de style géométrique jetés comme au hasard dans un ravin au nord de la ville, au-dessous des ruines d'un édifice (Steffbn, feuille 1, à gauche du torrent Asprochoma, point 170, où est inscrite l'indication Antike Stulzmauer); j'ai trouvé aussi deux vases entiers de la même espèce dans une fosse près de la Porte aux Lions. C'était un tombeau très simple, sans murs ni couverture, et les os du mort n'avaient pas passé par la flamme. »
2. Rayet et CoLLiGNo.x, Histoire de la Céramique grecque, p. 23-24. Duemmler, zur Nekiopole am Dipyhn {Athen. MittheiL, 1888, p. 297-300). Brueginer et Pernice, EinatHscher Priedhof, p. 139-140.
43. — Écuelle du Dipylon. Diamètre, 0'",27. Bulletin de cotT. hell., 1895, p. 276.
preuves, on pourrait ajouter que les vases à décor géométrique se relient, par des transitions insensibles, à ceux que Ton a appelés proto-at tiques, proto-béotiens , protocorinthiens j lesquels ont eux-mêmes ^d'étroites liaisons avec les vases à figures noires du vi® siècle, que datent, à quelques années près, les inscriptions qui y sont tracées et les sujets qui y sont figurés. Il n*en est pas de même pour la céramique mycénienne. Celle qui la remplace ne se rattache à sa devancière que par des liens très lâches ; ces fils sont si ténus, que Ton a eu quelque peine à les apercevoir, ce qui conduisait à penser qu'il y a eu en Grèce, à un certain moment, une brusque et presque complète interruption de l'activité industrielle. Si cette hypothèse ne doit être admise que sous des réserves qui seront indiquées, il n'en est pas moins établi que, par le fait même qu'elle a pu paraître vraisemblable, l'art d'où relève la céramique de M y cènes se trouve rejeté dans un passé très lointain.
Il est naturel de supposer que les plus anciens des vases dits de style géométrique sont ceux où il n'y a que des rencontres et des combinaisons de lignes, sans aucune ou presque sans aucune allusion au monde de la vie; il semble logique aussi de voir, dans l'apparition des figures, un progrès ou tout au moins le désir d'un progrès et de regarder comme plus récents que ,^ ^^^^,^, „^^^^„^ ^ ^^^p^.^ ,^ les autres ceux de ces monuments où co\\\evc\c,0'^,i2.BuU. decorr.heii., imi, les figures entrent dans la composition ^
de scènes dont le sens se laisse saisir malgré la gaucherie du dessin. A ce compte, ce sont les grands vases trouvés dans les nécropoles
d'Athènes et d'Eleusis qui formeraient les derniers termes de cette série ; mais, tout en admettant l'extrême vraisemblance de cette hypothèse, il importe de remar-
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45. — Fragment du décor d'un vase du Dipylon. Dessin de Collignon^.
quer que, dans les tombes mêmes sur lesquelles étaient^ dressés les amphores et les cratères à personnages , on rencontre des pièces de moindre dimension qui n'ont pas d'autre ornement que l'ornement linéaire (fig. 43).
Il est cependant un trait par lequel s'accuse l'étroite parenté qui relie les vases du Dipylon à ceux où cet ornement n'a pas admis l'insertion de la figure. Ce trait, c'est l'instinct du rythme, d'un rythme qui rappelle celui de l'architecture. Dans les
pièces où il n'y a pas d'images, comme dans celles où ces images prennent le plus d'importance, toute la surface visible est partagée en plusieurs registres par des bandes d'un noir foncé qui, vers le bas et le haut de la panse, se renforcent d'un rang de chevrons ou de dents de scie (fig. 44). Les ceintures horizontales ainsi créées sont, à leur tour, coupées, par des barres verticales, en panneaux
1. Nous devons remercier M. CoUignoa de l'obligeance avec laquelle il a mis à notre disposition les dessins qu'il a exécutés lorsqu'il préparait son Catalogue des vases peints du Musée delà Société archéologique d'Athènes (Paris, Thorin, 1896, in-8, dans la Bibliothèquedes écoles françaises de Rome et d* Athènes, 3® fascicule).
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46. — Pyxis. Musée national d'Athènes. Hauteur, O^.OT. Diamètre, 0"',25. Collignon, Catalogue, n''49. Dessin de Collignon.
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qui rappellent les métopes de la frise dorique. Dans l'intérieur de chacun de ces champs, un motif qui en occupe le milieu. C'est une croix enveloppée de cercles concentriques (fig. 37 et 45), une croix gammée (fig. 52), ou quatre feuilles disposées en croix (fig. 46, 50) ; c'est un losange cantonnédequatrelriangles(fig.47,5i).Ailleursc'est un oiseau (fig. 41), c'est un cheval (fig. 40) ou deux chevaux affrontés (fig.
48). Enfin, là où la figure humaine joue un rôle important, ces champs sont plus larges.
Les images y sont toujours encadrées delà même façon; mais elles occupent tout un registre ou presque tout un registre. Les courses de chars et les files de navires se développent sans inteiTuption, autour du vase, vers le bas de la panse; celle-ci, dans sa partie supérieure, est divisée, par la forte saillie des anses, en deux panneaux où se déploie la pompe des obsèques.
Dans la scène principale, le lit où est couché le mort, posé sur un chariot, forme le centre du tableau et domine les personnages rangés à l'entour. Ceux-ci sont tous de même taille et dans la même attitude ; de chaque côté du catafalque, ils sont en même nombre. Partout règne une exacte symétrie (fig. 42). La même tendance se manifeste dans le contraste qui a été habilement ménagé, d'une part, entre les clairs sur lesquels se détachent les figures et, d'autre part, les zones sombres qui couvrent tout le pied du vase ainsi que l'ample méandre qui orne le bord du cratère ou le col de l'amphore, n y a là un parti pris très réfléchi ; pour ce qui est de la composition, le peintre n'a plus beaucoup à apprendre. Si ce peintre a déjà une
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