CONSTATATION 1)E IA RENAISSANCE DE L’ART DE LA G L’ERRE
Les détails qui précèdent marquent un progrès réel dans toutes les parties de l’art de la guerre : cet art est plus étudié, plus réfléchi, et la preuve immédiate, c’est que l’on obtient plus avec moins de troupes, avec de plus petites armées.
Néanmoins, il semble bon de constater spécialement la renaissance réelle de l’art : cela montrera les éléments dont put disposer, dans la première moitié du xvn' siècle, le restaurateur de l’art militaire, Gustave- Adolphe, dont l’influence sera développée dans le chapitre suivant.
Cette renaissance s’accomplit théoriquement par Machiavel, expérimentalement par les guerres de religion, théoriquement et pratiquement à la fois par les grands généraux de cette époque : démontrons successivement les trois aperçus que nous venons d’énoncer.
Machiavel, on le sait, possède la pénétration du génie; il l’emploie dans les secrets de la guerre comme dans les arcanes de la politique et, quoiqu’il n’ait pas porté l’épée, y voit plus clair que les guerriers fameux de son temps (2). Il
(I) Mémoires, année \ S5Î.
(î) Brantôme a donc commis une erreur en disant au sujet de Langeay, dans le discours l.v de ses I Hommes illustres : « Le livre qu’a fait monsieur de Langeay de l'Art militaire le fait connaltro autrement capitaine que ne fait Machiavel celui qui en aécrit, qui est un grand abus de cet homme, qui
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est vrai qu’il suil l'impulsion donnée ; mais, comme il devance les résultats sortis de cette impulsion, comme il les indique, et par là y contribue , son opinion relative à l’infanterie établit à ce sujet un exemple frappant : il la veut nombreuse, il la signale comme devant être l’arme principale des armées, et pose ainsi le principe fondamental de nos guerres modernes.
Néanmoins, ne croyez pas que l’écrivain florentin déduise ses propositions de l’invention de la poudre de guerre et des effets que va produire ce nouvel agent; il faudra encore deux siècles et demi avant que ce point de vue puisse être abordé et traité en connaissance de cause (1). Machiavel se décide par la réflexion, aidée de la connaissance approfondie de l’antiquité, et il parle au nom du bon sens. Après avoir tranché de la sorte la querelle entre la cavalerie prépondérante au moyen âge et l’infanterie longtemps oubliée et qui commençait à renaître, il s’occupe de l’artillerie, et dans cette question encore reste bon juge.
Mettons sous les yeux du lecteur les motifs sur lesquels il appuie son plaidoyer.
Il débute par exposer la nécessité des troupes nationales, écrivant « pour donner une règle que chacun puisse suivre, il faut que toute république ou royaume choisisse les soldats en sa terre, chaude ou froide ou tempérée; car on voit par les exemples des anciens comme on faisait de bons soldats en tous pays, par le moyen de l’exercice, vu qu’où la nature fait défaut, l’industrie de l’homme y supplée ». Il signale
ne savait ce que cVtait de guerre, et en aller faire et composer un livre ; tout de même comme si un philosophe allait écrire un livre de chasse, comme ‘ a fait le Fouillou. »
(4) Par Madvillok, dans son Enni tur l'influence de la poudre à conon dam Part dt la guerre moderne, publié à Doesau on 178Î.