Wallons
Mansfeld montre comment on peut se dérober à un adversaire puissant et se multiplier par des marches. Il est vrai que ce chef, « sans feu, ni lieu, ni argent, ni religion, » comme l’a dit un historien, ruinait pour y vivre les pays par où il passait.
Les armées atteignent un effectif imposant pour l’époque. En 1620, Spinola envahit avec 30,000 hommes d’élite les terres du palatin; 26,000 soldats s’opposent à sa marche, sans l’arrêter, il est vrai, et 13,000 Hollandais lui font diversion du côté de Cologne. Deux années après, l’empereur Ferdinand, au comble de la prospérité, compte plus de
100.000 hommes sous ses drapeaux; à la fin de 1623 , l’armée de Spinola monte à 40,000 hommes.
§ 3. PÉRIODE danoise (1623-1629).
Dans la période danoise, l’effeclif des armées semble devenir moindre. En 1625, Tilly se présente devant Halle avec
12,000 hommes, et quand Wallenstein s’approche de l’évêché de Magdebourg, il est également à la tête de 12,000 sol-
(4) Pappenheim, encore jeune, assistait à cette action comme colonel; il y fut blessé. Comme un Wallon le tirait brusquement du sol où il gisait : « Laisse-moi la vie, lui dit-il , je suis lo colonel Puppenheim. — Monseigneur, reprit le soldat , vous n’êtes point ennemi , cous fies des nôtres. » Et il le porta dons Prague.
filiERRE DE TRENTE ANS.
dats. L’année suivante, les impériaux détachent contre Mansfeld, entré dans les Marches, 7,000 hommes seulement, auxquels l’électeur de Brandebourg joint à peine 800 combattants (1).
Le roi de Danemark livre la bataille de Luther (1626) pour sauver la place de Nordheim ; il perd du môme coup la bataille et la place. Tilly, son adversaire, l’avait harcelé dans le but d’amener ce temporiseur à une affaire générale , puis s’était avancé vers Gœttingen, s’en était emparé, et menaçait Nordheim du môme sort lorsque l’action s’engagea. De part et d’autre , les marches qui suivent sont rapides : Tilly accule ses adversaires, les défait à Wolfcnburg, pénètre dans le Uolstein.
Cette même année, Wallenstein occupe une excellente position défensive à Dcssau , au confluent de l’Elbe et de la Moulda , où il a fait construire une vaste tête de pont. Mansfeld échoue dans son attaque contre cette position , tant elle se trouve fortement retranchée.
En 1627, le duc de Friedland assiège Stralsund et médite une invasion en Suède. Mais un prince guerrier dont il faut nous occuper gouverne ce dernier pays.
§ 4. période suédoise (1629-1635.)
C’est principalement dans la période suédoise de la guerre de Trente ans, période courte également, car elle dure six ans, que l’art militaire se modifie, se perfectionne. Gustave-
(4) Ifémoiru de Brandebourg, pnr Frédéric le Grand, chapitre consacré à George-Guillaume.
Adolphe lui donne son caractère moderne, comme nous allons nous efforcer de le montrer.
Ce monarque faisait la guerre depuis dix-huit ans (1) quand il débarqua en Allemagne (24 juin 1630). Son expérience avait déjà porté ses fruits, et l'armée qu’il amenait se trouvait mieux organisée que celle de son rival, l’empereur. Un écrivain compétent a fait un tableau de cette organisation, et nous lui prendrons quelques traits dont il a du reste lui-même emprunté une partie (2).
Gustave-Adolphe avait peu de troupes nationales, ce qui s'explique par la faiblesse de la population dans ses États. Il entretenait des étrangers à son service, et en grand nombre relativement aux Suédois : ces derniers servaient uniquement de leur plein gré, mais plus, je le croirais, par suite de la constitution ou de la coutume du pays que par suite de la répugnance de leur monarque pour les services forcés (3), comme on l’a dit.
On n’était pas difficile sur le choix des soldats étrangei-s. Les transfuges, les prisonniers même (4) entraient facile-
(1) Dont plusieurs campagnes contre les Danois et les Moscovites, cl huit campagnes en Pologne.
(2) Nous voulons parler du comte de Qrimoard , colonel encore quand il publia l'Hiet. des campagne s de Gustave - Adolphe , 3 vol. in-8°. 1789. La tin du tome Ier, il partir de la page 443, décrit l’armée suédoise, mais en imitant le passage des Mem. de Brandebourg (par Frédéric 11) relatif il ce sujet.
(3) Gustave disait que les soldats levés dans leur patrie n’étaient que des paysans dénués de l’envie de porter les armes, tandis que les enrôlés étrangers avaient ordinairement déjit servi et faisaient leur métier du la guerre (Voy. Sentiments de Gustave- Adolphe, Stockholm, chez Salvius, 1769, p. 139) : il raisonnnit, on le voit, il une époque où l’emploi d’un grand nombre de mercenaires était possible.
(4) Quand Heilbronn se rendit il Horn , la moitié de la gnrnison , forte de 10 compagnies, se rangea sons le drapeau suédois dis sa sortie de la place. Les défenseurs sauvaient ainsi souvent leur vie quand la place était emportée par surprise ou d’assaut.
GlERRE DE TRENTE ANS.
ment sous le drapeau suédois; quant aux congédiés, leur admission s’opérait plus naturellement encore, et lorsque l’empereur, en 1630, licencia 18,000 cavaliers, la plupart accoururent prendre du service dans l’armée suédoise. 11 fallait néanmoins, pour suffire au recrutement, qu’il y eût en Europe une quantité notable d’hommes sans goût pour une vie laborieuse et disposés à se vouer à la vie des camps, vie rude mais relativement oisive, ou très-pénible suivant les occurrences, et par là même attrayante ; puis, comme le nombre des enrôlés s’altérait par suite des actions de guerre, il fallait encore que la durée et les malheurs de la lutte rendissent le métier de soldat non-seulement le plus lucratif mais aussi le plus assuré île sa subsistance : c’est en effet ce qui se produisait.
L’enrôlement des étrangers se faisait en confiant à un officier qui proposait de s’en charger, et dont on prisait assez les talents pour accepter sa proposition (1), en lui confiant, disons-nous, la mission de lever un régiment (2). Cet
(1) On donnait aussi h un chef militaire mission de lever plusieurs régiments : ainsi lo comte de Mérode fut chargé (1631) par Wallcnstein de lever 5,000 cuirassiers dans les Pays-Bas.
(2) Par fois une compagnie. Gassion (depuis lo maréchnl) reçoit commission « pour venir lever nne compagnie de François ». Il la leva de 90 mal(r<«, A Paris même , par les soins d'un ami , et les fit embarquer A Dicppo pour Hambourg, où il leur acheta des chevaux. En route, il fut joint par quelques autres Français, car, quand il atteignit Nuremberg, sa compagnie comptait 105 maîtres. — Plus tard, comme avancement, on lui donna (roi» compagnies, puis un régiment de iix compagnies, qu'il leva comme il avait levé sa compagnie. A la mort de Gustave- Adolphe . c'est-à-dire après la bataille de Lutzen, il vint en Alsace refaire son régiment et remettre sur pied les quatre noue elles compagnies dont on l’avait augmenté en récompense de sa valeur. Ce régiment comprit bientôt douze compagnies. On voit par cet exemple comment l’avancement d’un officier se liait au recrutement. Ajoutons que le duc de Lorraine, pour détacher Gassion du service de Suède, lui fit bientôt offrir à son service un régiment do vingt compagnies de 1 00 hommes chacune ; Gassion refusa. Quand il fut au service de France, Louis XIII augmenta son régiment de deux compagnies par un gracieux caprice; Richelieu lui accorda
HISTOIRE DE L’àRT DE LA GliERRE.
officier, une fois son contrat signé (1), et l’argent que lui allouait ce contrat touché (2), établissait des bureaux d’enrôlement dans plusieurs villes. Si une puissance, comme le firent souvent, pendant la guerre de Trente ans, la Pologne, le Danemark et l’électoral de Brandebourg, congédiait des troupes, il courait au centre de leurs cantonnements, ou bien y envoyait un représentant et levait ainsi plus vile et à moins de frais, considération importante pour lui, puisque la levée et la formation d’un régiment constituaient une véritable ferme. En temps de guerre, on diminuait souvent les frais de recrutement relatifs aux régiments de cavalerie en prenant à l’ennemi les chevaux dont on avait besoin pour monter ses hommes, procédé expéditif et qui ôtait à l’adversaire l’envie de contrarier les opérations de la levée. Suivant l'opinion de Bernard de Saxe- Weimar, « c’était savoir vivre que de lever ainsi du monde sans dépense et c’était d’un bon exemple (3). » On conçoit comment, par ce mode d’opérer, les soldats s’attachaient à leur colonel dont ils dépendaient et nullement au souverain pour lequel ils combattaient : ce souverain pouvait être le lendemain leur ennemi ; car, congédiés ou non (4), il n’y avait pour eux, ni même pour leurs officiers, aucune honte à passer au service
immédiatement et de son chef, comme annexe de son régiment, deux compagnies de dragons. (Voy. son Hitl., Amsterdam, 1696, in-32, t. Ier, p. 54, 56, 58, 74, 44 4, chez Louis de Lorme.)
(4) On rendait parfois ce contrat public. Trois cents patentes furent imprimées à Vienne et semées parmi le peuple pour les levées de Wallenstcin.
(2) Eu 4632, Pupponbeim reçut dans ce but 400,000 thalers du duc de Bavière.
(3) Lettre au colonel Gassion, datée de Neubourg, mars 4633.
(4) En 4636, le général Sperreuter passa avec son corps de cavalerie nu service de l’empereur et combattit aussitôt contre les Suédois. Evidemment le soldat n'avait d'autre mobile que celui de son intérêt; il se battait pour trouver occasion de s’enrichir, soit par le butin, soit par une double paye (comme quand Wallestein l’otfrit aux troupes de Saxe pour les débaucher).
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de son adversaire (1). Malgré cette disposition commode, on éprouvait de l’embarras quand il fallait lever un grand nombre de régiments à la fois, parce que, comme le dit Spanheim (2), «les légions ne sortent pas en battant du pied à terre etque les commissions sont plus aisées que les levées et les entretenements. » Ces commissions pouvaient être données à un colonel, lieutenant-colonel ou major; car, dans chacun de ces grades, on était apte (comme aujourd’hui encore en Allemagne) à commander un régiment.
Il s’agissait, dans les levées dont nous parlons, d’un enrôlement avec prime. Le parti vainqueur, même en offrant une faible prime, obtenait facilement des soldats, parce que l’espoir du pillage entraînait vers lui. En dehors de cette observation, on donnait une vingtaine d’écus au fantassin contre cent accordés au cavalier, et encore ces primes, indiquées par un historien (3) comme correspondant à l’année 1G43, durent être augmentées dans les derniers temps de la guerre de Trente ans. Quant à la différence de prime entre le fantassin et le cavalier, elle provenait de ce que ce dernier s'enrôlait avec son cheval qui lui appartenait : le cavalier sortait donc d’une classe plus aisée que le fantassin, puisque sa mise de frais était plus considérable. Ce n’était pas pour cela un gentilhomme. La cavalerie féodale, composée de nobles, n’existait plus ; mais il y en avait quelques-uns d’assez riches pour posséder, outre leur cheval personnel, un
(!) Essai historique sur l'art Je ta guerre pendant la guerre de Trente ans, par Mauvillor, brochure in- 1 î , Cassel , 1784, p. 10.
(2) Le Soldat scÉDOig, ou Histoire véritable de ce gui s est passé depuis la venue du roi de Suide eu Allemagne jusgues à son mort, ouvrage anonyme, Rouen, chez Bcrthelin, in-12, 163.7, p. 123. — Ce livre n’est pas toujours exact.
(3) Ces primes se rapportent aux impériaux : nous n’avons pu trouver le chiffre de celles allouées par les Suédois.
autre cheval plus chétif et un valet pour le monter et aller chercher leur fourrage : d’autres se réunissaient à deux ou trois pour entretenir un valet. De là les dénominations de cavaliers à un cheval ou à deux chevaux ; on aurait pu même dire pour plusieurs : cavaliers à un cheval et demi. Ces dénominations ne s’appliquaient guère qu’aux cuirassiers, les dragons et tout[ 1) le reste de la cavalerie légère n’ayant qu’un cheval par soldat.
L’usage des troupes mercenaires se trouvait à cette époque tellement habituel qu’un prince ami, au lieu de fournir un renfort en nature, l’offrait en argent, comme le grandduc de Moscovie qui proposa, en 1631, à Gustave-Adolphe de le seconder par de l’argent « pour une levée de 10,000 hommes entretenus à ses dépens ».
Et pourtant il ne fallait pas se fier entièrement à elles. Celles levées dans un pays devenaient douteuses dès que l’on faisait la guerre dans ce pays : ce qui arriva devant Cronach, ville de l’évêché de Bamberg, en 1632, aux colonels Hastuer et Muffuel, en est la preuve (2).
Si Gustave-Adolphe ne levait que des hommes de bonne volonté, ce qui maintenait la population suédoise dans de bonnes conditions et y assurait un solide recrutement pour de longues années, les autres États, ceux où l’on guerroyait, ne pouvaient agir de même. En 1632, la Bavière fut obligée de mettre sur pied le ban et l’arrière-ban, et de convoquer ainsi ses dernières ressources (3). Ce moyen extrême fut
(t) Les dragons étaient loin alors d’Otre de la cavalerie pesante ou même mixte : au surplus, le fractionnement de la cavalerie en grosse, mixte et légère ne correspondait eu rien avec ce qui existe de nos jours.
(2) Ils furent presque abandonnés par leur milice. Voy. le Soldai suédois, p. 33S, 336.
(3) Le Soldai suédois, p. 258.
GUERRE DE TRENTE ANS
pourtant moins ruineux pour elle que le recours à Wallenstein par l’empereur Ferdinand, recours par lequel ce monarque donna à l’orgueilleux duc de Friedland pouvoir de lever sur sa propre fortune une armée de 50,000 hommes, dont tous les officiers se trouvaient à sa nomination. Les soldats levés par Wallenstein, en raison de ce pouvoir, furent des volontaires, c’est-à-dire des hommes attirés par une prime et d’autres avantages. En dehors de ce moment scabreux pour elle , la cour de Vienne prenait de force des hommes (1) quand elle en manquait, ce qui occasionnait dans ses armées une désertion fréquente.
Le principe des améliorations du roi de Suède repose sur cette intention nettement marquée : alléger ses troupes, son armée. C’est l’intention à laquelle parviennent les guerriers illustres au bout de plusieurs années de lutte. A ce moment , l'intention possédait encore de la nouveauté , car les Européens n’avaient guère que des allures militaires compassées et pesantes. Les impériaux se trouvaient sous ce rapport les plus arriérés; leur infanterie placée sur 10 rangs, groupée en gros corps, tirait son mousquet en 94 temps; leur cavalerie, conservant 6 et 8 rangs, gardait de minutieux exercices et des manœuvres lentes.
Gustave-Adolphe fractionna son infanterie en petits corps indépendants, ayant chacun leur chef, ce qui rendit ses troupes à pied plus mobiles. Leur mobilité augmenta par la réduction de la profondeur à 6 rangs; souvent même, dans le combat, les trois derniers soldats de chaque file avançaient entre les deux files voisines, ce qui doublait le nombre des files et amincissait l’ordonnance à trois rangs.
(4) GbimoaRD, /fil (. drt connut lu dt Ouetave- Adolphe , t. I*’, p. 440.
Si, à cette réduction sur trois rangs, nous joignons le fait que l’infanterie suédoise ainsi formée exécutait ses feux, le premier rang se mettant à genoux , le second se penchant, le troisième restant debout, le lecteur trouvera immédiatement justifiée notre première assertion , à savoir, que Gustave-Adolphe imprime à l’art militaire son cachet moderne , car les feux de trois rangs en question restèrent le feu normal de l’infanterie jusqu’au milieu du xix' siècle , c’est-à-dire pendant deux siècles et quart.
Par la diminution de la profondeur, le roi de Suède diminuait les ravages occasionnés parmi les siens par les projectiles ennemis, procurait à ses feux de mousqueterie un développement considérable, et, grâce à ce développement, pouvait disposer son armée en bataille avec deux lignes et une réserve, sans risque. Les impériaux conservaient une seule ligne épaisse (1) et peu étendue.
Avant la guerre de Trente ans , l’arme portative du fantassin, le mousquet, était pesante; on ne pouvait le coucher en joue à bras tendu, et il fallait dans le tir le poser sur une fourchette; sa lourdeur exigeait aussi un coussinet métallique sur l’épaule pour le porter en marche sans trop de fatigue et sans écorcher la partie osseuse sur laquelle il reposait. La portée de ce mousquet atteignait 300 pas ordinaires (225 mètres), et il fallait encore une mèche pour enflammer la charge de poudre. L’usage de la mèche se perpétua plus de vingt années après la paix de Westphalie ,
(1) Us affectionnaient les formes profondes, soit en phalange, soit en colonne. L'infouterio de Wallenstein, notamment à la hataille do Lutzen , sc composait de carrés comprenant chacun vingt-cinq compagnies ii 200 hommes. DanB chacun de ces carrés, les piqniers formaient le noyau, et les mousquetaires le pourtour, mais partagés les ans et les autres en petits carrés de 10 hommes de cûté. Folard blâme cette disposition.
GUERRE DE TRENTE ANS
qui date de 1648 et clôt la guerre de Trente ans. Quant au coussinet et à la fourchette , ils disparurent pendant cette guerre par les soins de Gustave-Adolphe, qui perfectionna le mousquet et parvint à le rendre assez léger pour les pouvoir supprimer (1). On lui attribue également l’invention ou la vulgarisation des cartouches , ou charges de poudre toutes faites et préparées à l’avance , usage qui amena promptement l’adoption d'une giberne donnée à chaque homme de pied pour serrer sa provision de cartouches.
A ces progrès de détails relatifs à la fabrication de l'armement du fantassin, ajoutons que Gustave dirigeait souvent lui-même les exercices de son infanterie, et l’on ne sera plus étonné de la supériorité notoire de ses feux de mousqueterie et de l’effet général de ses troupes à pied par rapport aux impériaux. Spanheim, dans son Soldat suédois (2), nous le dépeint livré à de semblables occupations peu après son entrée dans Munich ; « 11 fit faire l’exercice à divers de ses régiments hors de la ville. On y admira et sa dextérité ès ordres qu’il donnait, et plus, la patience qu’il prenait de descendre lui-même de cheval , se mettre en tête de ses troupes, prendre un mousquet sur les épaules, leurmonstrer comme il fallait tirer de compagnie , ou le genou ou le ventre à terre , et se mettre promptement en toutes sortes de postures militaires. En somme, on voyait que le roy était de tous métiers et n'ignorait rien, et savait bien remarquer ceux qui étaient soldats de nom et d’eflect. » On le voit également, la veille de la bataille de Leipzig, recommander à son infanterie certaine façon d’agir, savoir : « Ne pas tirer à
(4) En réalité, il employa plutôt une arquebuse perfectionnée et de fort calibre qu’un mousquet.
(2) Le Soldat suédois 9 p. 293.
l’ennemi avant d’avoir découvert le blanc de ses yeux (1); et , au cas que les armes ne pussent pas percer les cuirasses des adversaires, enfoncer les corps des chevaux à coups d’épée (2). »
Gustave-Adolphe avait commencé l’amélioration de son infanterie dès ses campagnes de Pologne , sentant qu’à d'habiles gens de cheval comme les Polonais le mieux consistait à opposer de solides gens de pied.
il rangeait habituellement ses fantassins sur deux lignes, les groupes de la première ligne correspondant aux vides de la seconde ligue, et réciproquement. La figure suivante indique cette formation : les p désignent les piquiers et les m les mousquetaires.
FORMATION DE L’iNFANTERlE SUÉDOISE SOUS GUSTAVE-ADOLPHE
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Gustave-Adolphe, fidèle aux principes qui l’avaient guidé pour l’amélioration de l’infanterie, n’employa que de la cavalerie légère et quelques dragons, et partagea toute sa cavalerie en petits escadrons. 11 diminua dans cette arme la profondeur des rangs à 3 et 4, c’est-à-dire de moitié. 11 lui prescrivit, et ce fut un progrès capital, de cesser ces feux continuels et désordonnés qui ne produisaient aucun effet, pour faire feu uniquement à bout portant, alors que sans viser longtemps, comme on se trouve obligé de le faire
(1) C'est-à-dire avant d’fitre à petite portée.
(2) Hélium sueeo-germanicum, par Chemnitz , t. Ier, p. 170.
GUERRE DE TRENTE ANS
à cheval, on ait néanmoins chance d’atteindre. Le coup tiré, sa cavalerie chargeait à l’arme blanche. Elle ne chargeait, il est vrai, qu’au trot, allure peu vive assurément, mais allure déjà accélérée par rapport à ce qui se faisait antérieurement. Avec cette méthode de combat, la cavalerie se trouvait près de son dernier perlectionnement, de celui qu’elle doit au grand Frédéric. D’ailleurs, une charge au galop n’eût pas été possible avec la formation sur trois rangs, et Gustave-Adolphe ne pouvait, des lourdes formations de son époque, passer immédiatement et sans intermédiaire à l’ordonnance sur deux rangs. Parfois, pourtant, la charge s’effectuait au grand trot, comme le prouve le combat du 24 août 1641, dans lequel le général français comte de Guébriant défit 2,000 chevaux d’élite commandés par le comte de Itroé (1). Les résultats obtenus par la cavalerie suédoise, dressée comme il vient d’être indiqué, ont été constatés en ces termes par un auteur allemand : «Tous les succès du roi furent préparés par la cavalerie, ce qui doit étonner quand on songe à l’état où elle se trouvait sous ses prédécesseurs. De l’état d’arme méprisée, il l’éleva en quelques campagnes à l’état d’arme principale. Un grand nombre des exploits de Poméranie, les succès de Burgstall, Breitenfeld, et en partie ceux du Lech et de Lutzen, lui appartiennent. Bien ne prouve mieux la confiance que Gustave- Adolphe avait en elle que le fait qu’il aimait surtout à combattre à sa tête (2). »
(1) « D'autre part il fit encore avancer au grand Irol le régiment de Watronville et deux ou trois antres qui marchaient k la tèto de la réserve, et qui donnèrent si fi propos sur le flanc dos ennemis, qui étaient encore aux mains avec les trois régiments de l’avant-garde, qu'ils le» rompirent d’abord et ne leur laissèrent de leur première impétuosité que ce qu'il en fallait pour fuir. » ( Hist . du maréchal de Guébriant, par i.e Laboureur, Paris, chez Pierre l’Ami, 1657, p. 384.)
(2) Geschichle du Kriegswesens, dans la llibliothique portative des officiers ,
chez Herbig, in-46, t. IV, 1836, par Brandt, p. 275.
Afin de lutter avec plus de chances contre la grosse cavalerie des impériaux , dont le choc était écrasant , le vainqueur de Leipzig postait des compagnies de mousquetaires entre ses escadrons. Ces compagnies, fortes de 80 à 200 soldats, opéraient sur 3 rangs, et conservaient ce poste dans les marches comme dans les combats. Ce mélange des armes , dont l’origine remonte un siècle plus haut et appartient aux Espagnols (1), se trouve contraire aux règles actuelles de l’art militaire , lesquelles défendent de mélanger les soldats qui combattent différemment, et veulent seulement que ces catégories de soldats se soutiennent (2). L’infanterie, qui combat de pied ferme ou à des allures peu vives, et la cavalerie, qui charge au galop, sont donc bien aujourd’hui dans le cas de se soutenir; mais du temps de Gustave- Adolphe , où la cavalerie se mouvait au trot , elles pouvaient plus raisonnablement se mélanger. Ce mélange produisit de fructueux effets pendant la guerre de Trente ans.
Gustave-Adolphe réalisa des améliorations importantes dans la fabrication et l’emploi de l’artillerie. Il allégea cette arme comme l’infanterie et la cavalerie , et la sépara en petites sections annexées aux colonnes; la marche en fut facilitée, et l’infanterie comme la cavalerie mieux accompagnées. 11 alla jusqu’à donner à chaque régiment des pièces régimentaires, c’est-à-dire leur appartenant en propre. Ces dernières étaient courtes, légères, et traînées par un seul cheval, quelquefois à bras d’homme , probablement quand elles
(4) Voyez Éludet tu r le patte et l' avenir de l'artillerie, t. 1er, 4846, p. 457. — M. le colonel Rocquancourt, t. Ier, p. 364, fait seulement remonter le mélange des armes à Coligny, Henri IV et nux capitaines français du xvi» siècle.
(2) Cette distinction est duo à Guibcrt. Consultez l'Essai de tactique. Voyez aussi Wa&NEERY , Remarques sur la cavalerie, cliap. 40, et les Observations sur Folard et sur la cavalerie , du comto de Bbezk , Turin , 477 i , t. 1", p. 124 à 139.
Gl'ERHK DE TRENTE ANS.
se composaient de morceaux de tôles de fer entourées et serrées avec des lanières de cuir. Son artillerie comprenait les calibres de 3, 4,6, 12, 16 et 30 livres, coulés en fer ou en bronze. Suivant la force du calibre, l’attelage variait de 4 à 20 chevaux. Au moyen de l’adoption de cartouches en bois auxquelles le boulet se trouvait lié , il accéléra le tir au point de pouvoir effectuer 8 décharges pendant que le fantassin tirait à peine 6 coups. Ce qui prouve combien il désirait obtenir de justesse dans le tir de l’artillerie , c’est qu’au passage du Lech, action de vive force accomplie en 1631, il pointa lui-même, en vue de son armée, plus de soixante coups de canon. L’artillerie suédoise, en raison de ces modifications, se trouvait presque moderne par rapport à celle de l’Empire et de l’Allemagne.
Pour empêcher l’adversaire de se servir, dans le passage des cours d’eau, des bateaux que l’on était obligé d’abandonner, on les coulait. Ainsi , pour traverser le Ilhin en 1 631 , après la retraite de Tilly, alors qu’il venait de Francfort, Gustave-Adolphe, sur l'indication d’un pêcheur de Gernsheim, fit retirer un grand bateau enfoncé dans le lit par les Espagnols, et qui lui servit à faire passer 300 hommes sur l’autre rive, entre Sloksladt et Gernsheim.
Quand on possédait un assez grand nombre de bateaux, soit amenés à la suite de l’armée, soit rassemblés dans le pays, l’on construisait un pont de bateaux : dans les premiers jours de juillet 1631, le roi de Suède en fit dresser un de cette espèce sur l’Elbe, près de Tangermunde (1).
Gustave- Adolphe passe pour l’inventeur d’un système de
(4) Le Mervurt d'Allemagne, contenant tout ce qui s’est passé de plus remarquable en Europe, du mois de niai 1634 jusqu'au mois de septembre de la même année, in-42, 1632, p. 404.
fortification circulaire, ce qui indique, non la force supérieure de son esprit, car il s’agit uniquement en cela d'une combinaison de lignes géométriques, mais l’attention qu’il accordait à l’art de fortifier.
L’art de défendre les places ne lui doit aucun procédé nouveau.
Celui de les attaquer non plus, mais il mit plus de vivacité dans ses allures, sans que l’attaque prît alors la supériorité sur la défense, comme plus tard, au temps de Vauban; il y eut plus de villes emportées, et même brusquées. Mauvillon donne un motif assez singulier du grand nombre des assauts brusqués qui signalent cette guerre, celui de l’imperfection des brèches, imperfection produite par un tir plongeant (1), tandis que le tir à peu près horizontal est le plus destructif pour les murs d’enceinte.
Il y eut des places surprises. Le roi de Suède l’obtint souvent par intimidation, comme envers Konigshofcn, ville de l’évêché de Wurtzbourg, qui se rendit sous sa menace d’v mettre tout en cendres. D’autres fois la ruse fut le moyen de succès : Spanheim eut l’aveuglement d’ouvrir ses portes à 500 cavaliers qui vinrent se présenter sous les murs au milieu d’une nuit profonde, se donnant pour un parti d’impériaux, et qui, réellement Suédois, réussirent à se maintenir dans la ville où ils avaient été introduits si maladroitement (2). On avait déjà vu à l’attaque du château de Wurtz-
(I) Ettai historique sur l'arl de la guerre pendant la guerre de Trente ans,
(S) Ce fut Bernard de Saxe-Weimar qui fit exécuter cette surprise. Voyez le Soldat suédois, p. 173. — A quinze ans, Gustave avait pris ia forteresse de Christianstadt par l’introduction dans cette forteresse de 500 soldats suédois habillés â la danoise et que la garnison avait pris pour tels. Voyez les Hitl. de Suède. — On voit qu’il s'agit encore de 500 hommes comme dans la surprise de Spanheim; bien des faits se ressemblent, la critique doit le remarquer et inscrire son observation au sein des récits de l'histoire.
GUERRE RE TRENTE ANS
bourg, cité devenue suédoise sans coup férir, les assiégés obligés de quitter rapidement leurs dehors, et les assiégeants assez prestes et assez heureux pour les talonner au point d’y entier en nombre suffisant avec eux. Au siège de Snrtz, des habitants, gagnés à prix d’argent, font des ouvertures dans les maisons voisines de l’enceinte et introduisent l’ennemi par ces ouvertures inconnues à la garnison.
Un moyen d’abréger le siège des places à fossés pleins d’eau consistait dans le dessèchement des fossés : Ilorn l’employa en 1632 au siège de Benfelden (Alsace); il n’y réussit qu’après plusieurs essais non indiqués par la plupart des historiens et les chroniqueurs que j’ai consultés (1). Ce dessèchement importait d’autant plus que Ilorn voulait, lors de l’assaut général, faire donner, avec son infanterie, une partie de sa cavalerie, ayant mis pied à terre, bien entendu, mais toujours plus lourde à mouvoir.
On enfonçait les portes avec le pétard, qui s’employait aussi dans d’autres occasions : nous trouvons un moulin occupé par 60 Lorrains et qui fut pétardé; nous voyons également Gassion arracher un pétard placé contre une porte qu’il défendait et l’attacher sous le pont-levis en avant, de façon à faire sauter un groupe d'assaillants (2).
Les dispositions étaient favorables aux gouverneurs qui se rendaient avant la brèche et l’assaut (3), puisque le colonel Gram , chargé de la défense de Vismar, fut autorisé à envoyer vers son chef « pour lui notifier l’estât de la place
(4) Voyez le Soldat suédois , p. 444. — L'auteur, qui écrit fort mal le français, dit « que le msréchnl Ilorn h Ata le siège de Bcnfcldon pour osier ciste lunette fâcheuse à messieurs de Strasbourg », p. 142.
(2) llist. du maréchal de Gassion, in-46, Amsterdam, 1696, t. Ier, p. 149.
(3) Aujourd’hui un gouverneur ne peut légalement se rendre avant nn assaut donné au corps de place.
HISTOIRE DE l’art I)E LA GUERRE.
et l’impossibilité île résister davantage ( 1) ». On accompagnait quelquefois les garnisons sortantes : ainsi la garnison de Magdebourg, en pourparlers pour se rendre, demandait à être « convoyée par le pays de Saxe dans la Silésie, sachant que ce convoyemcnt avait été précédemment accordé » .
Gustave-Adolphe recourait à la fortification passagère pour protéger ses communications et entourer ses camps. Ses retranchements , par exemple ceux de Nuremberg, s’élevaient rapidement, ses troupes étant habituées à remuer la terre. Wallenstcin l’imita et contraignit « les soldats de charger la pelle et le boyau avec leurs mousquets, pour être prêts de bêcher, et de se mettre en terre au besoin (2) ».
Arrêtons-nous un instant sur les armées mises en jeu pendant la guerre de Trente ans.
Du cêté des Suédois , nous rencontrons l’effectif de 50,000 hommes, passé en revue par Gustave-Adolphe, à Winsheim, devant des ambassadeurs tartares et moscovites, cl une autre fois, quand ce monarque opère sa jonction avec plusieurs de ses lieutenants, l’effectif de 75,000 hommes. Je crois que ce dernier chiffre a été dépassé. On trouve, en effet, pour l’armée suédoise celte indication : 140 régiments de pied et 400 cornettes (3), et le régiment d’infanterie peut s’évaluer en moyenne à 8 ou 10 compagnies de 50 hommes chacune, et la cornette à 75 chevaux (4), ce
(1 et 2) Le Soldai surdois, p. 142 et 198.
(3) Le Soldai suédois, qui donno cette indication, suppute les régiments de gens de pied il 1,200 hommes et le* cornettes à 120 chevaux : h ce compte, l'cfTectif pour cette armée serait de 1 68,000 fantassins et 48,000 chevaux , soit au total 216,000, résultat qui me parait exagéré, comme effectif réel, pour les armées et l’art militaire de cette époque. Mauvillon ne donno jamais pins de 100,000 hommes à Gustave- Adolphe.
(4) Macyillon, Essai sur l'art de la ijuerre pendant la guerre de Trente ans , p. 33 et 35. — Chkmnitz indique huit compagnies de 126 hommes (72 piquiers et 54 mousquetaires), par conséquent 1,008 hommes par régiment; mais c’est un chiffre réglementaire rarement au complet.
fil' ERRE DE TRENTE ANS.
qui fournit au maximum un chiffre total de 100,000 soldats. On voit pourtant le roi de Suède opérer souvent avec de faibles armées : il entre tjans Francfort avec 10 régiments seulement, 4 régiments nationaux (1) et 6 régiments étrangers; nous le voyons, après la jonction du duc de Bavière et de Wallenstein , quitter Nuremberg avec 16 régiments d’infanterie, 150 cornettes de cavalerie et 60 pièces d’artillerie.
L'armée impériale sous Tilly ne compte elle-même que 26,200 hommes en juillet 1631, quand elle se porte vers Halberstadt.
On formait des corps spéciaux avec des soldats d’élite : ainsi, le 1er novembre 1631, le colonel flaubald emporte Hanau, « ville belle et fortifiée à la moderne, dit Spanheim, avec 6 cornettes de cavalerie tirées du régiment de Baudisin, et 1,500 dragons triés de i 4 régiments. » Cette formation constitue un fait particulier, mais elle marque une tendance qui, depuis, s’est confirmée, celle de recourir à des corps spéciaux composés, au détriment des régiments, avec des hommes de choix.
Voici quelques détails sur l’organisation des troupes de ce temps :
Le régiment d’infanterie comprenait 8 compagnies (2). 2 régiments formaient une brigade , mot qu’il ne faut pas prendre dans le sens actuel (3). Avec 16 compagnies de
(4) Deux régimonts suédois, deux régiments finlandais.
(2) C'est le chiffre de Chemnitz : Mauvillon écrit dix compagnies. Consultez, sur la composition des régiments suédois h cette époque, les p. x h xiij des Lettres et Mémoires de Gustave- Adolphe, 4790, in-8°, chez Didot, publication tirée des papiers du général de Urimonrd.
(3) Voyez Cours d'art et d'histoire militaires, par M. le colonel Rocqüancoubt, 2* édit., 4834, t. 1er, p. 363.
12fi hommes, la brigade comportait 2,016 hommes quand elle se trouvait au complet.
Quelques auteurs divisent le régiment de cavalerie suédoise en 5 escadrons; d’autres le partagent seulement en cornettes de 100 et même de 120 hommes quand elles étaient complètes : ce régiment ne s’embrigadait pas, ce qui se comprend quand on sait que le nombre des cornettes y variait de 8 à 24.
Les brigades suédoises se distinguaient déjà par la couleur de leurs casaques; il y avait la brigade blanche, le régiment jaune, le régiment bleu, etc.; sans adopter encore l’uniforme, on commençait à en sentir la nécessité.
Il n’existait pas de fractions d’armée au-dessus de la brigade en tant qu’organisation, mais dans les batailles, notamment pour former le centre, on accolait parfois plusieurs brigades.
Mauvillon, dans son Essai historique sur l’art de la guerre pendant la guerre de Trente ans , nous montre la simplicité des marches de ce temps, accomplies à la tête de petites armées cheminant sur une colonne. Il avoue néanmoins que Gustave-Adolphe a marché sur trois colonnes, et nous le voyons effectuer son entrée solennelle dans Nuremberg sur deux colonnes composées chacune des trois armes.
La rapidité caractérise les marches de ce monarque et les rend dignes d’attention. Cette rapidité forçait souvent ses adversaires à doubler leurs étapes afin de ne pas être rencontrés dans des postes défavoi ables. Un historien qualifie d incomparable la diligence de Gustave-Adolphe. Dans les cas pressés, il montait la plupart de ses fantassins en croupe de ses cavaliers (1), comme en 1632, quand il courut dégager
(4) On mettait alors aussi des fantassins sur les chariots de bagages.
Cl'ERRE DE TRENTE ANS.
Erfurt, menacée par Pappenheim. S’il s’agissait d’un coup de main, le départ s’opérait chez les Suédois avant le chant du coq (1).
Gustave réglait tous les jours les marches et les mouvements de ses troupes, et y introduisait, comme dans ses camps, un ordre remarquable. Le nombre des chariots [on en compte une fois jusqu’à 300 dans son armée (2)] n’entravait pas cet ordre, par l’habitude qu’il avait de faire marcher les voitures de chaque régiment dans le même arrangement que le régiment même. Sa disposition de marche n’offrait pas non plus prise par trop de largeur, comme cela arrivait aux Espagnols. Personne ne l’égalait, a dit Chemnitz, dans l’art de mener l’armée contre l’ennemi. Ajoutons avec M. le colonel Rocquancourt (3) qu’il excella , par des directions choisies avec discernement, à conserver ses bases et ses lignes d’opérations, conservation d’autant plus utile pour lui qu’ayant augmenté les feux il avait un besoin impérieux de se ravitailler constamment en munitions, et pour cela de communiquer avec ses dépôts. Par le choix de ses directions il sut se garantir des revers.
L’ordre de bataille de Gustave mérite examen. Généralement il comprenait l’infanterie au centre, l’artillerie répandue sur toute la ligne, la cavalerie aux ailes : l’armée occupait deux lignes rangées suivant la disposition indiquée, et cha-
Consultez à ce sujet la p. 108 du t. Ier do Vliitl. du maréchal de Ganion, in 32, 1696.
(1) De là son joli jeu de mot en donnant rendez-vous à notre compatriote Gassion pour un détachement destiné à l’enlèvement d’un quartier ennemi : Amice Galle hue adiis, anleguam gallut canlel.
(2) Le Soldat tuédoie, p. 345. Gustave partait alors de Nuremberg pour aller lutter contre l'électeur de Bavière et Wallensteiu réunis.
(3j Cours tfart et d'hieloire militairee, t. 1er, p. 365.
cune de ces lignes possédait une réserve (1). Sauf pour la réserve de la première ligne jugée depuis inutile, et sauf aussi pour l’artillerie, c’est, il faut en convenir, l’ordre de bataille suivi de nos jours.
Au sujet de la réserve , Gustave en a consacré l’usage , mais il ne l’a pas inventé : elle a existé de tout temps , et même&u moyen âge, où la fougue des chevaliers l’admettait peu, on la voit reparaître à de certains intervalles (2). Avant Gustave, Henri IV venait de recourir à son emploi.
Gustave-Adolphe régla que les deux lignes de son ordre de bataille se maintiendraient à trois cents pas au moins l’une de l’autre ; à celte distance, les coups qui portent sur la première ne peuvent arriver jusqu’à la seconde, et celle-là s’étant défaite conserve assez d’espace pour se remettre et pour éviter de heurter contre les troupes de celle-ci, qui, étant toutes fraîches, s’avancent alin de rétablir l’action.
Une particularité de l’ordre de bataille du roi de Suède, c’est que les drapeaux des régiments d’infanterie s’y trouvaient réunis par groupes de 4 à 12, groupes isolés desdits régiments, mais formant chacun détachement en raison des hommes chargés de défendre le drapeau, et détachement assez fort, puisque, par exemple, à la bataille de Leipzig (ou lîreitenfeld) , le groupe des 12 drapeaux du régiment d’infanterie du roi se trouvait commandé par le colonel Teufel : eu général, les groupes des drapeaux occupaient le
(1) A lu bataille de Leipzig ou Breitcnfeld, chacune des doux lignes avait aussi son artillerie, mais à la bataille de Lutzen la première ligne seule possédait de3 canons. Mit. de G ut tare- Adolphe, par Al. ***, édit. in-4°, 1764, p. 374 et 557.
(2) En 1 368 par exemple, à la bataille de Tagliacozzo. Voyez le § H du clinp. 6 de la première partie de Vlliet. de l'art de la guerre.
GUERRE DE TRENTE ANS. 143
centre de la première ligne de l’ordre de bataille ou se joignaient à la réserve (1).
11 y a dans la méthode de guerre du conquérant suédois de la stratégie et de la tactique.
La tactique qu’il inaugure se distingue par l’ampleur et la régularité. Une preuve d’ampleur, c’est qu’il emploie peu les enfants perdus (alors on nommait ainsi nos tirailleurs), trouvant que les escarmouches perdent sans grand résultat et des hommes et du temps, et qu’il préfère recourir immédiatement au grand moyen, à Yultima ratio de la lutte, à l’attaque : ses batailles commencent en effet toutes sérieusement; et, pour les autres affaires, il ne faut pas oublier le témoignage rendu par Spanheim, que les Suédois de GiiSlave osent et réussissent par l’offensive quand on a lieu de les croire dans l’épouvante. Une preuve de régularité, et de la façon dont ses troupes pratiquaient cette qualité, git dans les manœuvres rapides et adroites qui s’exécutaieul sur-le champ de bataille , manœuvres tellemegt sûres qu’à Lutzen (1632), quand il fut tué, sou armée, suivant l’impulsion qu’il lui avait donnée, continua son action par lui et vainquit par lui.
Nous avons justifié ci-dessus son mélange de l’infanterie et de la cavalerie dans le combat, mélange qui fait partie de sa tactique et en forme l’un des traits, tout en appartenant plus à son époque qu’à lui-même. Ajoutons que sa brigade d’infanterie se rangeait sur deux lignes échelonnées, le centre en avant (2) , les mousquetaires et les piquiers se
(1) Cela résulte de l'examen des p. 373 et 373 do l 'Mit. de Guslaee- Adolphe, composée sur les manuscrits d’Arkcnholtz, par M. ***, édit. in-4°.
(2) Sur cinq ou trois lignes, toujours le contre en pointe et en avant, d’après les plans laissés par lord Ken. Voyez VUist. des dernières campagnes
trouvant mélangés dans chaque échelon de manière à se soutenir, mais ne concluons point de là comme (ïrimoard qu’en cela consiste « le fameux système de tactique de Gustave, qui n’eut point d’imitateurs, et auquel les généraux suédois paraissent avoir renoncé, peu de temps après la mort du monarque (1) ».
La stratégie de Gustave se peint d’un mot. Roi jeté par les événements, sinon en dehors de ses possessions, car il avait la Livonie (2) sur le continent, au moins en dehors de la péninsule Scandinave, son berceau réel, conquérant au nom des intérêts des électeurs protestants contre un empereur catholique, allié de la France qui cherche l’abaissement de la maison d'Autriche, cette revanche cherchée depuis Pavie, il traverse l’Allemagne à pas de géant, il fait 5 lieues et prend une place par jour (3) , il accomplit de la grande guerre, il est véritablement, et dans une acception étendue, stratégiste et stratégisle éminent. C’est parce qu’il lui a reconnu cette qualité que Tilly se retire si prestement devant lui quand il approche de Nuremberg (fin de novembre 1631); il le craint, car il sait que les chemins peu frayés n’arrêtent pas sa course.
Parmi les principes de stratégie de Gustave- Adolphe, citons son axiome de commander les grandes rivières pour dominer les régions adjacentes, les plaines, c’est-à-dire les
de Ouilare-Adolphe , pnr de KkaNCHEVILLE , Berlin, in-4o, 177Î, et Roc- QUANCoimT, t. I", p. 36i. Nous parlons dans le texte d’après le manuscrit du maréchal de bataille de Lostelkau, écrit en 1640.
(1) HUI. des conquêtes de Gustave-Adolphe , par le comte DE GbimoaRD, Neufcbàtel, 1769, t. II, p. 436.
(î) I.a Livonie, l’ingrie et la Carélie : quant A la Poméranie suédoise, elle ne fut possession de la Suède qu’nu traité de Weatplialie (1648).
(3) Allusion ii ce corps suédois qui, après la bataille de Leipzig, traversa en huit jours de Leipzig à Wurtzbourg en se rendant maître de six villes.
GUERRE DE TRfNTE ANS.
champs où pousse le blé, les prairies où croit le fourrage. Il disait à ce sujet : « J’observe que les contrées sont conquises par le même principe qui les a peuplées au commencement; la méthode de guerre reste celle delà nature. Les rivières sont les grandes artères dans le système physique du monde; au bord des rivières s’élèvent les villes riches et peuplées. Là un général ne peut pas non plus être contraint de se battre , car il possède pour retranchements une large et profonde masse d’eau (1). »
Deux éloges peuvent être adressés à l'administration des armées de Gustave-Adolphe : on y rendait des devoirs aux morts, on y soignait les blessés.
Le premier fait ressort de ce que, en 1028, à une attaque dirigée d’un fort contre les vaisseaux de Dantzig, flottant sur la Vistule, les Suédois relèvent leurs morts et en remplissent jusqu'à 44 chariots (2).
Le second fait résulte de ce que le roi de Suède attache 4 chirurgiens à chacun de ses régiments, tandis que les troupes impériales manquent d’officiers de santé : quand Wallenslcin abandonne son camp devant Nuremberg, il y laisse un grand nombre de blessés, dont aucun n’avait d’appareil et qui périssaient faute d’avoir été pansés et médicamentés.
Gustave-Adolphe avait diminué le poids de l’armure du soldat pour accroître sa rapidité ; en revanche, il pourvut ses troupes de fourrures tirées de Suède et de Laponie (3), com-
(4) Sentiments et propos de Gustave-Adolphe , p. 101.
(2) Uist . des armes victorieuses de Gustave-Adolphe , p. 44.
(3) Voyez Sentiments et propos de Gustare-Adolphet p. 21, 32. Carrion- Nibas (t. II, p 57) spéciBe que chaque Suédois portait un justaucorps doublé d’une fourrure de peau de mouton.
HISTOIRE DE l’aRT DE LA GUERRE.
prenant que les maladies sont la plus grande cause de destruction pour les années : celte mesure était plus nécessaire pour lui que pour tout autre conquérant, car il fut le premier parmi les modernes à remettre en usage les campagnes d’hiver. « Les glaces, écrit Spanheim, n’empéchent pas les Suédois de prendre des villes et de faire des courses. »
L’armée suédoise traînait à sa suite un assez grand nombre de chariots, puisqu’il fallut deux jours entière pour la traversée dans Francfort des chariots de bagage et de munition.
Quoique le roi veillât à les bien approvisionner, les soldats suédois savaient supporter les privations. Dans les campagnes de Pologne, en 1 628 et 1 629, ils avaient été quelquefois huit jours sans recevoir un morceau de pain (1).
L’indiscipline était générale pendant la guerre de Trente ans, et rien n’égale les malheure de la population de l’Allemagne en ce temps de désolation. La certitude pour les troupes d'être licenciées à la fin de la guerre portait, dit Mauvillon (2), « au suprême degré, dans toutes les occasions, l’avidité et le désir du pillage. » Et comme les troupes impériales se trouvaient les plus sujettes h fluctuation (3), c’est chez elles que les désordres s’aggravaient : elles étaient, a-t-on dit, justement infatigables à la picorée. Voyez, par exemple, la conduite des Lorrains à Worms, mettant le feu à 50 quintaux de poudre quand ils quittent la ville , adieu digne de la barbarie et des excès dont il avaient déjà affligé
(4) Bill, des armes rictorieuses de Guitare-Adolphe, p. 54. A la p. 55, l'auteur ajoute : a On vit l’armée de Suède courir la campagne, tant pour la faim qui la pressait que pour faire bonne mine, comme disent les relations. »
(2) L'ar! de la guerre pendant la guerre de Trente ans, p. 41.
(3) Quelle tristo économie pour les nations de n'entreteuir alors que des armées qui changeaient constamment d’effectif et d’organisation !
GUERRE DE TRENTE ANS
cette cité. Remarquez la conduite de la garnison de Frankedal qui, suivant l’expression d’un contemporain, mettait les « habitants en chemise, et la plupart de leurs maisons en cendres ». Plaignez la cité de Misnie « rançonnée, saccagée, supportant toutes sortes de dégâts, voyant ses femmes et ses filles violées » .
La meilleure preuve à fournir de l’indiscipline des impériaux, c’est que les paysans, pour se garantir de leurs pilleries, les tuaient sans pitié quant ils étaient isolés (1). « Les paysans du pays de Voitland , désespérés et mis à la besace, à cause des feux allumés partout par les impérialistes, s’attroupèrent en divers lieux et assommèrent tous ceux qu’ils purent rencontrer, ne se souciant pas de survivre à la ruine de leurs maisons et hameaux (2). »
Chez les Suédois, la discipline différait de celle précédemment esquissée. Sévère et sobre, Gustave-Adolphe donnait l’exemple des privations, mais il exigeait qu’on les supportât. Dans ses camps, l’on payait aux habitants ce que l’on consommait, et les paysans qui le savaient accueillaient toujours sans inimitié les soldats du héros de la Suède (3). Non-seulement la tempérance régnait dans les rangs de l’armée suédoise, mais le duel, le jeu, le luxe et toute espèce d’excès s'en trouvaient proscrits. L’Allemagne a donc pu admirer lu mâle discipline de ses troupes, suivant une expression consacrée; pourtant n’exagérons rien. Malgré ce concert de louanges, les Suédois, comme toutes les réunions de soldats,
(1) Le Soldai suédois , p. 74 et 239.
(2) Idem, p. 458. Un fait semblable avait déjà eu lieu aux environs de PiUen. Voyez p. 195.
(3j Hitl, de Gustave- Adolphe , par M. *** ( Maüvillon ) , in-1 2 , t. Il, p. 378.
ont eu des faits à se reprocher (1). La prise de Francfort (avril 1631) les montre trop acharnés au pillage et se ralliant avec peine hors des maisons à la voix de leurs officiers; ce jour-là même, Gustave châtie plusieurs soldats allemands à son service, soit en les blessant de sa main, soit en ordonnant de les arquebuser sur-le-champ (2). Les paysans bavarois les traquent, leur crèvent les yeux, les mutilent, et alors ils exercent des représailles (3). Plusieurs officiers suédois pillent et frappent des contributions sur les habitants des alentours de Nuremberg, au point que Gustave-Adolphe réunit les chefs de son armée et réprimande ces fauteurs de désordre qui « attirent sur ses armes la malédiction de Dieu et celles de hommes (4) ».
Nous venons de prononcer le mot de camps à propos de la discipline : indiquons comment Gustave-Adolphe les dressait.
11 choisissait pour les établir un terrain également propre à la défense et à l’attaque. Comme ordre de campement, on ne peut dire d’une manière absolue qu’il renonça au tracé en carré, vestige des usages de nos maîtres en civilisation, les Romains, car son camp de Werben affectait cette figure, et, malgré l’espace rétréci, il y tenait sans doute encore ;
(1) Mauvillom ( l'Art de la guerre pendant la guerre de Trente ans , p. 42) n'admet l'indiscipline chez les Suédois qu’aprcs lu mort de Gustave-Adolphe. — Schiller dépeint une rébellion dans l’armée suédoise, que du reste l’on ne payait pas, et que Bernard de Saxe-Weimar parvient h calmer, mais apréj avoir exigé d’Oxenstieru ce qui leur avait été promis. Voyez son Hist. de la guerre de Trente ans, traduction Carlowitz, gr. in-18, 1844 , chez Charpentier, p. 325 et 326.
(2) Grimoard, Hist. des conquêtes ou campagnes de Gustave- Adolphe, t. II, p. 245.
(3) Le Soldat suédois , p. 290.
(4) Idem , p. 418. A la p. 419, il est question de deux militaires suédois coupables de trahison : l'un fut empalé, l'autre écartelé.
GUERRE PE TRENTE ANS
HO
mais il campa le plus souvent suivant la disposition de combat et sur un front étendu (1), en un mot, à la façon des modernes, plus propice pour les campements passagers, les seuls à peu près que nos allures rapides rendent nécessaires.
Ce qui semblerait indiquer une tendance générale à camper dès lors suivant un front étendu, c’est que Tilly et Wallenstein adoptent la méthode de campement de Gustave, le premier dans son camp sur le Lecli, le deuxième dans son fameux camp sous Nuremberg. Ce dernier camp, très-vaste, contenait trois quartiers principaux; il était «entouré de tous côtés de doubles et triples fossés, de redoutes, bastions, casemates, demi-lunes, tenailles, cornes, et même de divers forts royaux (2) ; ses avenues se trouvaient lardées et jonchées de troncs et branches d’arbres , et en quelques endroits de hérissons, chevalets et tonneaux farcis de sable, de terre et de pierres, et de toutes sortes d’embarras (3). »
En 1632, nous voyons le comte de Monlecuccoli, le futur adversaire de Turenne, poursuivi par Gustave-Adolphe, aux environs de Rain, alors qu’il courait la campagne avec un camp volant de 500 chevaux et 4,000 fantassins. Cette expression de camp volant doit être prise dans le sens de détachement.
Quant aux cantonnements, on avait soin de les répartir pas contrées, de manière à ne pas fouler plus l’une que
(1) Maovilloh , l'Art de la guerre pendant la guerre de Trente ans,
(î) On appelait fort* royaux, à cette époque, ceux dont le tracé admettait une ligne de défense de 240 mètres.
(3) Le Soldat euédoit, p. 427.
150 HISTOIRE DE L’ART DE LA GlERRE.
l’autre : on exceplait seulement clans l’empire d’Allemagne les envii ons de Vienne, jusqu’à 12 kilomètres à la ronde.
Les reconnaissances s’effectuent par un officier et une vingtaine de soldats, c’est-à-dire dans les proportions les plus communes. Quand on croit l’ennemi loin, le chiffre des détachements expédiés pour communiquer et aller aux nouvelles s’abaisse jusqu’à 6 chevaux et 1 sous-officier. Quelquefois, on envoyait 2 ou 3 soldats vérifier un fait déjà signalé. L’expression de batteurs d’estrade devient rare, mais celle de coureurs reste fréquente. On cherche à faire des prisonnière pour en obtenir des renseignements. Les émissaires cachent leurs dépêches de mille manières, et ces manières, maintes fois répétées, paraissent encore neuves et réussissent. On sait seulement celles qui échouent : en 1631, des coureurs «anglais, au service de Suède, saisissent un paysan près de Magdebourg et, en ouvrant le pain qu’il portait sous le bras, y trouvent une lettre adressée à Pappenheim, gouverneur de cette cité. Le colonel deSparre, tombé pour la deuxième fois entre les mains des Suédois, et cela après avoir promis de ne plus servir le parti impérial, ne doit sa grâce qu’aux dépositions avantageuses auxquelles il se résigne dans la tente môme du roi. Dans un cas pareil, d’autres officiers assument sur eux un mensonge pour favoriser leur parti : tel est ce capitaine de Pappenheim , qui, saisi avant la bataille de Lutzen et amené devant Gustave, soutient hardiment que son général a rejoint l’armée impériale, afin de lui permettre de gagner du temps, et pourtant on vient de le menacer de pendaison s’il n’avoue la vérité (1). Les prisonniers peuvent encore servir pour aller aux nou-
(1) Voyez l'Aiil. de Guelaee-ddolphe, rédigée sur Ica manuscrits d'Arkenkoltz, par M. *** (Mauvillok), édition in-4», 1764, p. 556.
IHIERRE l)E TRENTE ANS. 151
velles, comme celui que Gassion met entre deux soldats suédois envoyés en reconnaissance, afin qu’ils aient avec eux quelqu’un parlant allemand (1).
Outre les progrès réalisés dans l’art militaire, tels que nous venons de les exposer au lecteur, la période suédoise de la guerre de Trente ans offre encore plusieurs sujets d'observation.
Gustave-Adolphe voulait que les siens combattissent les soldats et non la population : « Il ne faut, disait-il, jamais tirei l’épée contre celui qui n’en porte point (2). » Sentiment d’humanité à coup sûr, mais parole digne d’un souverain et qui dénote le pas immense qu’avaient fait les notions du juste et de l’injuste et les obligations qui en résultent, en d’autres termes, le droit des gens (3). Le roi de Suède disait encore : « N’imitons pas les barbaries des autres, » et taisons la guerre, non sans objet, « mais pour que l’on puisse vivre en repos en Suède. » Ces opinions font contraste avec la conduite des généraux de l’empereur, que les électeurs de l’Allemagne se voyaient obligés de requérir « de faire la guerre en soldat ».
Le roi de Suède laissait une certaine latitude dans l’exécution de ses ordres, comprenant qu’absent et loin des corps de troupes détachés, c’était la mesure la plus sage, la plus fructueuse. Il écrivait à ses officiers : « Il peut arriver des incidents que nulle prévoyance humaine ne peut déterminer ; saisissez ces moments ; profitez des occasions favorables qui se présentent et s’en vont dans un instant. Je vous
(f) Hiat. de Gassion , t. Ier, p. 70.
(î) Senti mente et propos de Gustave-Adolphe, p. 35.
(3) Gustave- Adolpho lisait et méditait le traité de Grotius : Droit de la guerre et de la paix. Voyez Sentiments et propos de Gustave-Adolphe, p. 1 17.
donne plein pouvoir d’agir avec cette discrétion qui est digne de moi et de vous-mêmes. »
Wallenstein, malgré l’électeur de Bavière, usait de bons procédés envers le roi de Suède, et lui renvoyait souvent des prisonniers sans rançon en lui adressant en même temps ses compliments ; un exemple de cette conduite gracieuse fut celui de la délivrance du colonel suédois Torslensohn. A voir le duc de Friedland aussi courtois envers l’ennemi de Ferdinand, on se demande si c’est pure grandeur et habitude d’envisager les relations d’une façon élevée, ou si ce traître de haute volée méditait de se ménager quelque accès auprès du monarque que son épée victorieuse pouvait rendre d’un jour à l’autre l’arbitre définitif des destinées de l’Allemagne.