PÉRIODE FRANÇAISE DE LA GUERRE DE TRENTE ANS
Dans cette période où un homme d’Église dirige le gouvernement de la France , la guerre ne s’interrompt pas et ses procédés suivent la voie ascendante du progrès, sinon par rapport à Gustave-Adolphe, nu moins par rapport à ce qu’ils étaient antérieurement en France.
On levait encore les troupes par groupe constitutif, ordinairement par régiment. Ces régiments étaient originaires de France ou de l’étranger. En 1632, Louis XIII, partant pour réprimer dans le Languedoc la révolte suscitée par Monsieur (4), fait lever en France 3 régiments, chacun par
(1) Le Parfait Capitaine, chap. x.
(2) De l'inte'rét des princes, édition citée, préface, p. 39.
(3) I.e lecteur s’apercevra nisément que nous traitons de l’histoire de l'art de la guerre dans ce paragraphe particuUiremcnl, mais non exclusivement, en France.
(4) Son frère le duc d’Orléans.
GUERRE DE TRENTE ANS
un colonel, et accorde pour leur mise sur pied de six à sept semaines; il envoie en outre six autres commissions semblables au maréchal de Schomberg (1). La plupart de ces régiments ne devaient comprendre que 5 à 600 hommes (2). Parmi les officiers chargés de ces levées on choisissait alors des huguenots comme des catholiques, les premiers ayant montré durant ces troubles une louable fidélité au gouvernement royal (3). Au lieu de lever par les chefs de corps, le gouvernement enrôlait parfois par des commissaires spéciaux; l’enrôlement durait alors six années, avant l’expiration desquelles on ne pouvait quitter les drapeaux sans congé sous peine de mort (4). Trois ans plus tard (1635), le roi de France s’apprête à lever « 15 régiments nouveaux et 25 cornettes de cavalerie pour avoir de quoi rafraîchir ses armées au printemps (5) ». Quand les troupes se levaient à l’étranger, le résident du roi se trouvait chargé de payer les frais de recrutement dans le cas où l’officier chef de ces troupes venait à mourir, et même souvent alors Richelieu faisait écrire au prince du pays en question, pour le prier de choisir un nouveau colonel « agréable aux officiels » afin que l’unité désirable dans un corps fût maintenue; c’est ce qui arriva, en mars 1635, à l'égard du prince d’Orange relativement au régiment que le colonel Ouerlak avait mission de lever (6). Ces régiments étrangers, dont un même officier recevait parfois charge de mettre plusieurs sur pied,
(1) L'orthographe véritable de ce nom francisé est Schonberg ; en allemand von Schonburgk.
(2) C'est trop faible : Voyez § 1er de ce chapitre.
(3) Lellrts et papier e d'État de Richelieu, t. IV, p. 347, 349, 364.
(4) Voyez l’ordonnance de janvier 1629.
(5) Lettre de Richelieu au maréchal de la Force, S février 1636.
(6) Ce régiment devait être de 2,000 hommes. Lettre de Richelieu <1 Servien, 22 mars 1635, t. IV, p. 685.
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jouissaient de certains privilèges (1). S’il fallait augmenter leur effectif, cela donnait lieu à un nouveau contrat, stipulant une indemnité (100,000 livres par exemple) entre l’État et le chef du régiment.
Il existe encore des milices; je trouve trace en 1646 de celle du Boulonnais, qui marche a l’ennemi; mais était-elle une milice bourgeoise? Je le croirais assez puisque les milices recrutées par un tirage au sort appartiennent au règne de Louis XIV. v
L’histoire nous montre en ce temps des soldats levés par contrainte. Ainsi les étals de Normandie se plaignent au roi en 1638, disant: « Les pères ont racheté leurs tils, à prix d’argent, des mains des capitaines qui les voulaient enlever à la guerre. » Nous penserions qu’il s’agit ici plus du racolage que d’un enlèvement couvert d’une manière quelconque par l’autorité. Mais voici un cas plus explicite. Le 20 juin 1643, il parvint à l’armée du maréchal de Gucbriant un secours de 3,600 Bretons, reste d’une levée que l’historien de ce guerrier caractérise en ces termes : « Toute la noblesse de la province étant répandue dans les armées, ou employées dans les garnisons des côtes, il ne s’en trouva point ou fort peu qui prissent parti dans ces troupes, composées de pauvres misérables paysans ramassés de tous endroits et sans aucun choix, que le seul mot de guerre épouvantait, et qu’il avait fallu comme verser dans les forêts et les mener enchaînés aux vaisseaux l'estinés pour les transporter. La province en fit la dépense avec autant d’affection que
(1) En 4635, Gnssion reçut mission de lever en Allemagne 6,000 fantassins et 4,000 cavaliers. Son régiment, admis en France au titre étranger, et fort de 6 compagnies de 400 maîtres, jouissait de l’indépendance de tous officiers hors du général, et Gassion possédait la puissance de vie et de mort sur les soldats en même temps que la libre disposition de scs officiers. Hist. de Caneton, t. Il, p. 21, 27, 26.
«TERRE DE TRENTE ANS
de fidélité, et la peine de la conduite fut donnée au sieur de Kargrels, mestre de camp (1) ». 11 semble qu’il s’agit d’une milice, mais d’une milice forcée, imposée à la province et qu’elle réalise par un mode de désignation non-seulement arbitraire, mais désespéré. Je connais peu d’exemples fournis par notre histoire aussi concluants pour prouver que la France n’avait pas alors de recrutement bien assis (2), et ce que nous disons d’elle s’applique aux autres grands États.
Les levées par contrainte n’avaient rien de fixe et furent toujours exceptionnelles : ou l’État imposait à une localité un nombre d’hommes à fournir, ou il faisait partir tous les vagabonds, ou encore il obligeait à s’enrôler, sous peine d’être déclarés déserteurs, les soldats qui avaient servi depuis un an (3).
A combien peut-on évaluer l’effectif total de l’armée française dans la période qui nous occupe? Précédemment, à l’assemblée des notables de 1626, le gouvernement avait fait annoncer par le maréchal de Schomberg qu’il se trouvait dans l’intention d’entretenir 30,000 guerriers et de les payer exactement; mais, à partir de 1635, ses vues durent changer ou être suspendues. En effet, à celte date, d’après une lettre de Richelieu même (4), il fallait à la France :
25,000 hommes en Allemagne;