L’ART DE LA GUERRE DURANT LA PREMIÈRE MOITIÉ DU RÈGNE DE LOUIS XV
L'art de la guerre sous Louis XV, surtout pendant la première moitié du règne de ce monarque, c’est l’art de la précédente époque continué avec de légères modifications ; il ne saurait en être autrement lorsqu’on sort d’une période glorieuse et féconde, d’une époque qui crée et dont le creuset de l’histoire ne fait chaque jour qu’agrandir le domaine. Marquons néanmoins les différences, ne serait-ce que pour marquer pourquoi et comment l’épée de la France fut tenue d’une main moins ferme.
Le recrutement demeure à peu de chose près ce qu’il était sous Louis XIV.
11 est toujours défendu de faire aucun enrôlement qui ne soù volontaire. Les gens mariés ne doivent être enrôlés, mais de l’aveu de Chennevières (1), cet article, quoique
(4) Premier commis de la guerre. Voyez son ouvrage intitulé : Détail* militaires , 1750, t. III, p. 434 et suivantes.
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non abrogé, ne s’observe plus. 11 y a défense d’accepter des soldats d’autres compagnies sans qu’ils justifient de l’obtention de leur congé, et même défense de prendre aucun soldat dans les compagnies vacantes comme les colonels le faisaient souvent par abus. Les capitaines des troupes réglées ne peuvent, sous aucun prétexte, engager un milicien, et pour enrôler un soldat admis aux invalides il leur faut une autorisation spéciale du secrétaire d’État de la guerre (1). Aucun enrôlé ne doit avoir moins de 16 ans.
Dès son incorporation, chaque soldat nouveau reçoit un nom de guerre, lequel ligure sur les contrôles (2), outre son nom de famille et son nom de baptême ; ainsi ces surnoms, dont plusieurs nous plaisent par l’idée de gaieté ou de courage qu’ils éveillent, ne sont que des pastiches menteurs et étiquetent souvent à faux ceux qu’un caprice officiel en pare.
Dans les troupes de nouvelle formation, le roi accordait alors 100 livres par homme pour engagement, habillement et armement ; nous voyons par ce qui se passa en 1715 pour le corps de la Morlière que cela ne suffisait pas encore aux capitaines (3).
Les milices prennent plus d’importance. Lorsque Louis XV en établit en 1726 (4), il porte leur chiffre à 60,000 hommes et les forme en 100 bataillons ; c’est plus du double du chiffre des milices levées par son prédécesseur. Cela ne lui suffit pas : en 1733, il augmente leur nombre jusqu’à 86,868 hom-
(1) Ordonnance du 7 septembre 4724. j
(2) Consulter Et ta! sur la cavalerie, 1756 (par d’Actheville) , in-4°, p. 434 . Du moment que ce surnom figure sur les contrôles , il doit exister dès qu'on inscrit lo soldat sur ces derniers.
(3) .Vémàiret du duc de Luynei, 24 octobre 4745.
(4) Ordonnance du 25 février.
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mes (t), tout en réduisant le nombre de leurs bataillons à 93. Les milices ainsi constituées devenaient un appoint formidable et, consolidées comme institution, elles pouvaient former plus tard le noyau militaire le plus certain, puisque le sort désignait les miliciens cl que ceux ainsi désignés se trouvaient obligés, contraints de prendre les armes. Les ordonnances de Louis XV à ce sujet revêtent un caractère particulier de sévérité : elles interdisent les engagements volontaires, prescrivent de tirer au sort entre les hommes non mariés âgés de IC à 40 ans et fixent à 4 ans la durée du service. Malheureusement elles ne défendent pas les remplacements, ou du moins on les toléra, el dès lors il y eut de pauvres diables qui se vendirent et devinrent les remplaçants de jeunes gens plus fortunés: cet abus grandit vite, et dès 1758 un seul bataillon de milice comprit 104 vendus (2), c’est-à-dire un neuvième de son effectif. Ce qui faussa encore plus l’institution des milices et l’empêcha de constituer un mode certain de recrutement, ce sont les nombreuses exemptions ; tout ce qui tenait à l’État, à la noblesse, au clergé, au commerce, avait obtenu que ses fils ne fussent pas astreints au tirage ; l’on en vint même à exempter les domestiques des nobles et des ecclésiastiques.
Outre les milices, il y eut sous Louis XV, mais seulement dans la deuxième moitié de son règne, des régiments de recrues, alimentés par l’engagement volontaire et destinés à compléter les régiments français : on y servait pendant 8 ans.
(1) Il y a donc une exagération manifeste dans les Mémoire t du duc de Luynct (t. III, p. 110), quand ils évaluent à 100,000 homme», dont 20,000 toujours armés, les seules milices de Bretagne.
(2) Au prix moyen de 600 livres. L’appAt de cet argent portait les vieux soldats à déserter, et les jeunes gens à ne pas s'engager volontairement afin de se faire remplaçants.
En fait d’avancement, signalons que l’avenir des officiers restait limité, principalement dans l'infanterie., arme où 1 officier sur 2,000 devenait brigadier, et cela à 60 ou 70 ans, au dire de l’auteur du Traité des légions, publié en 1744 (1). Aussi, pour contenter un peu les officiers, avait-on multiplié, sinon les grades, au moins les emplois en second et les classes dans chaque grade, et sous ce rapport l’organisation comprenait de véritables superfétations hiérarchiques : l’une des plus frappantes se montre dans l’artillerie, qui comportait quatre classes de capitaine en premier (2), On en vint également à exiger un certain temps passé dans un grade pour obtenir le grade supérieur, 5 ans de capitaine par exemple et 7 ans de service pour devenir colonel. On donna plusieurs régiments sans qu’il en coûtât rien à ceux à qui on les accordait (3), et l’on profita des occasions pour réduire les taux trop élevésauxquelsse vendaient quelques-uns, deux mesures qui accusaient le commencement d’une réforme contre l’achat des grades.
Malgré ces restrictions, le favoritisme exerça sousce règne, môme dans sa première moitié, une telle influence que le maréchal de Saxe lui-même et les officiers de son entourage se crurent obligés d’en signaler les inconvénients (4).
(4) Page 43. On ne paraît pas avoir eu beaucoup plut d'avancement dans la cavalerie, k en juger par le chevalier de Fénelon, qui resta 26 ans capitaine de cavalerie. [Mémoires du duc de I.uynes, 9 fév. 4743.)
(2) Chennevièkes, Details militaires, t. V, p. 34.
(3) Mémoires du duc de Luynes , 24 août 4743. Il s’agit de régiments devenus vacants. Quant aux régiments de nouvelle formation, on les donnait aussi, mais souvent bien mal : le duc de Fronsac, fils du maréchal de Richelieu, en reçut un A six ans.
(4) Voyez le Traité des légions, 4« édition, la Haye, 4753, p. 26, 29. — Ce petit volume a été faussement attribué au maréchal de Saxe : il est du comte d'Hérouville de Clayc, et a reçu tout au plus quelques annotations du vainqueur de Fontenoy. L'édition que nous citons ne mentionne déjh plus le nom du maréchal de Saxe sur le titre , et c'est pourquoi M. A cens
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Louis XV sentit la nécessité de venir en aide à ses officiers. Par un édit de novembre 1750, il décida que le grade d’officier général conférerait à l’avenir la noblesse héréditaire ; par le même édit, il déclara que les officiers en activité de service seraient exempts de taille et conserveraient cette exemption dans la position de retraite après 30 ans de service, s’ils étaient chevaliers de Saint-Louis, et que celte dernière exemption obtenue dans la même famille en descendance légitime, durant trois générations consécutives, anoblirait de droit la troisième. La pensée était louable comme créant un motif d’émulation et récompensant les familles qui s’adonnaient au service des armes, plus coûteux alors que lucratif; mais elle recevait trop d’extension : le roi aurait dû déclarer simplement qu’un officier général et que le fils et petit-fils d’un chevalier de Saint-Louis, décoré lui-même de cet ordre, se trouveraient dans les conditions pour être anoblis, le ministre de la guerre restant juge des cas où cette faveur pourrait leur être accordée.
Louis XV, l’année suivante (1751), voulut aussi soulager sa noblesse, qui se portait en foule vers la carrière militaire (1), et ses chevaliers de Saint-Louis; pour ce faire il créa l’ École royale militaire destinée à l’éducation gratuite de leurs enfants (2) ; on y était admis (3) de 8 à 13 ans et
{Mémoire! Ai» for. de Frédéric le Grand , 48Î8, Préface) a eu tort d’annoncer l’édition publiée à Paris en 4760 comme 1» première ayant opéré cette rectification.
(4) En février 4746, il y avait an ministère 500 demandes à l’effet d’obtenir des compagnies , alors qu'aucune n'était vacante : les douze années de guerre presque continuelle qui venaient d’avoir lieu portaient l'ambition vers la carrière des armes.
(2) Voyez les articles 43 et 4 4 de l'édit d’institution en date du 28 janvier 4751 . Le roi y déclare avoir voulu faire de cette fondation a un secours pour la noblesse du royaume, qui est hors d'état de procurer une éducation convenable à ses enfants a.
(3) De préférence quand on était orphelin.
on en sortait officier. L’éducation portait sur les mathématiques, la physique, l’histoire, le latin, l’allemand, l’italien, sur les exercices du corps, l’étude des ordonnances militaires et de l'art de la guerre. Ce programme répondait à cette fâcheuse tendance des financiers de faire embrasser à leurs enfants le métier des armes comme celui de tous exigeant le moins de savoir et d’application (1).
Outre les élèves de l’école militaire , il y avait aussi pour concourir aux places de début dans la hiérarchie les jeunes gens servant dans différents corps , soit comme volontaires , soit comme cadets , et aussi parfois des bas officiers ; ainsi dans les grenadiers on réservait à ces derniers les places de lieutenant, de sous-lieutenant et de porte-drapeau (2).
Tous les élèves dont on était satisfait recevaient en sortant de l’école royale militaire la croix de minorité des ordres royaux, militaires et hospitaliers do Notre-Dame-du-Mont- Carmel et de Saint-Lazare-de-Jérusalem ; mais ils ne pouvaient jusqu’à 30 ans porter que la petite croix des dits ordres, attachée à la boutonnière avec un ruban de couleur amarante (3). Cette marque de distinction, et aussi la pension de 200 livres que le roi faisait à tous les élèves sortants, se perdaient quand on quittait ensuite le service volontairement.
Louis XV, mentionnons-le, institua en 1759, sous le nom d 'Ordre du mérite militaire, un ordre destiné à récompenser les services des officiers étrangers au service de
(1) l/e 30 juin 1751, une charge de directeur général dee études fut créée à l’Ecole militaire.
(2) Roux db Rochelle, Histoire du régiment de Champagne , p. 351.
(3) Edit du 15 juin 1757.
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France qui professaient la religion protestante ; c’était une imitation, presque une classe à part de l’ordre de Saint-Louis, accessible seulement aux officiers catholiques (1).
Si la discipline n’était pas parfaite à une époque d’obéissance et de régularité comme le règne de Louis XIV, on peut pressentir ce qu’elle devint sous le règne suivant, dans une période où la société, indécise sur sa base, tombait en désarroi aux mains d'une autorité peu respectable. On aperçoit cette décadence de la discipline militaire dès les temps qui précèdent la bataille de Fontenoy (2). L’esprit de discussion commence à pénétrer dans l’armée ; on y dit, on y écrit que la discipline et la subordination ne peuvent s’exercer sur le vif et pélulant Français comme sur le lourd et pesant Allemand (3) , et ces assertions revêtent une telle assurance qu’un officier général se trouve en droit de déclarer : « C’est une grande erreur de croire que les soldats français ne peuvent être si disciplinés que les Allemands ; quoique le soldat français manque des qualités les plus essentielles au soldat, qui sont l’obéissance et la soumission, je n’en connais pas qui ait un meilleur fonds et qui soit plus propre à former d’excellentes troupes (4). » Mais si le soldat français bien conduit est propre au métier de la guerre dans toutes ces conditions, abandonné à lui-même, il devient l’un des plus mauvais : c’est ce qui se produisit alors, la négli-
(1 ) Il était alors fort rare, même parmi les officiers étrangers, de voir un militaire au service de France porter un ordre étranger.
(2J Dans les campagnes suivantes, on semble compter sur la présence du roi à l’armée pour y rétablir la subordination. ( Mémoire s du duc de Luynes, 9 juillet 4746.) Et pourtant l’indiscipline se glissait même dans ses propres gardes du corps. ( Idem , 9 juin 4747.)
(3) Dissertation su r la subordination, in-42, Avignon, 4753, p. 46 et 20.
(4) Traité des légions, 4753, p. 54 et 52.
gence des officiers aggrava l’indiscipline. Ainsi, dans nos campagnes en Westphalie, Bohême et Bavière, nous fûmes presque toujours surpris ou battus parce que le soldat s’écartait pour piller et que la plupart des officiers non-seulement ne prêtaient pas attention à un fait aussi grave (1), mais souvent même soutenaient les soldats contre les officiers supérieurs.
Outre la négligence et le mauvais vouloir des officiers, il nous faut signaler les spéculations réalisées par les capitaines sur l’entretien de leur compagnie : une solde trop modique assurément pourrait atténuer leur culpabilité à ce sujet si l’Étal seul qui les payait trop peu avait eu à souffrir de leur façon d’agir, mais le pauvre soldat n’en pouvait mais. Ces spéculations étaient d’autant plus fortes que déjà la noblesse s’appauvrissait , suite inévitable d’un siècle de folles dépenses, et que pour beaucoup de capitaines leur traitement formait les trois quarts de leur bien.
On avait pourtant cherché à réduire les dépenses des officiers. Ainsi, leur table en campagne (2) ne devait comporter que des potages et du rôt, des entrées et entremets, de grosses viandes et du fruit (dessert), servi dans des plats ordinaires (3) ; ainsi , il était défendu aux officiers généraux
(1 ) « En présence de l’ennemi, l’officier qui commande parle à des sourds et à des imbéciles. . . Le châtiment n’est jamais assez prompt parmi nous. . . La plupart des officiers ne savent ni commander ni se (aire obéir. . . Beaucoup de colonels ne connaissent pas la conséquence de la discipline. » (Traité dft légion», p. 40 à 42.)
(2) Sauf celle des maréchaux.
(3) Cela n'empêchait pas en guerre les chefs de tenir table ouverte. Dans la campagne de 4745, celle de la victoire de Fontenoy, le onmte d’Argenson, ministre de la guerre, avait tous les jours, outre plusieurs petites tables, une table de 60 couverts, et y recevait tout officier en uniforme. A la même époque, dans les armées prussionnes, aucun officier, pas même le feld-maréchal, ne pouvait avoir du dessert à sa table.
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de faire porter des haltes (1) à la tranchée ; ainsi, le nombre des chevaux ou mulets de bât pour les bagages se trouvait fixé à 30 pour un lieutenant général , à 20 pour un maréchal de camp, à 16 pour un brigadier mestre de camp ou colonel, et pour les officiers des autres grades au nombre de chevaux pour lesquels ils recevaient officiellement des fourrages, plus toutefois une charrette à 4 chevaux par bataillon d’infanterie ou régiment de cavalerie ou dragons (2).
L’organisation des armées ne varie pas. Mais la préparation à l’entrée en campagne diffère suivant les temps et surtout suivant les ministres de la guerre. En 1733 nous mettons sur pied 200,000 hommes, et grâce à l’habile Leblanc, à l’attentif d’Argenvilliers, qui préparent cette guerre depuis 8 ans, au milieu d’une période assez favorable pour les finances, notre armée est une des plus belles, une des mieux constituées que nous ayons encore eues. C’est l’inverse en 1741, la guerre s’improvise, notre armée reste mal organisée , une foule de corps nouveaux s’y joignent , et nous échappons à cette situation défectueuse uniquement par la tournure heureuse que prennent les opérations pour nos armes.
Leur administration donne lieu aux remarques suivantes :
L’influence des administrateurs militaires semble avoir
(1) Espèce de repas ou de collation, dont les rafraîchissements occasionnaient plus de désordre que de repos, et attiraient les projectiles ennemis sur l’endroit où elles avaient lieu. Le maréchal de Saxe les défendit, entre autres en avril 1748, nu siège de Maëstricht, de la part du roi. — Rappelons it ce sujet que tous ses ordtes étaient fort courts.
(2) C’est l’ordonnance du 20 juillet 4744 qui réglemente de la sorte les tables des officiers et le nombre de chevaux ou mulets de b8t qui leur sont accordés. Une autre ordonnance, en date du 3 juin 4758, revint sur ce sujet; elle est due au maréchal de Bellisle, très-attentif à cet égard, car il écrit : o II faut absolument que nous cernons à bout de bannir le luxe de nos armées. » (Voyez sa lettre au duc de Chevreuse, 26 mai 4759.)
grandi, puisque le commissaire des guerres possède le droit de combattre à la gauche du commandant de la troupe dont il exerce la police (1). Leurs revues deviennent fixes ; le commissaire des guerres en passe une tous les mois, l'intendant une tous les deux mois. Il n’y a pas d’intendants purement militaires. L’intendant d’une généralité peut être nommé intendant d’une armée ; ainsi, en 1742, l’intendant de Soissons, M. Bignon, devint intendant de l’armée de Flandres, commandée par le maréchal de Noailles, et en 1743, M. de Séchelles, intendant de l’armée de Bohême, fui à son retour désigné comme intendant à Lille. Ce dernier jouissait d’une réputation d’habileté ; dans la première guerre de Silésie, il sut en effet à 200 lieues de la France , distance bien plus grande alors qu’elle ne nous semble aujourd’hui, il sut trouver en lui-même des ressources inespérées ; le témoignage de Frédéric le Grand lui reste acquis et son nom a été inscrit dans l’histoire par ce monarque (2).
Certains emplois restent avec un traitement trop faible : l’on trouve des gardes-magasins à 1 20 livres de gages annuels; le moindre dégât causé par leur négligence coûtait plus cher à réparer qu’il n’en n’eût coûté à doubler leur salaire et à éveiller par là leur zèle.
Une autre économie peu bienveillante pour le soldat consistait à lui imposer la fourniture et l'entretien de son linge, de ses culottes, de ses bas, de ses souliers : à cet effet, chaque homme de troupe laissait un sou par jour entre les mains du major, et cet officier lui délivrait 4 livres 10 sous tous
(4) Détail* militaire i, par M. de Ciiexxetièbes, t. I", p. xij.
(2) Hérault de Séchelles avait promit à Frédéric de a faire l’impossible possible a, et malgré les difficultés il exécuta cette promesse dont la teneur a devrait être, dit lo conquérant de la Silésie, écrite en lettres d'or sur le bureau de tous les inteudants d'armée ». (Hitt. de mon temps, cbap. v.)
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les trois mois, s’il s’était directement muni de ces objets; dans le cas contraire, on lui en faisait acheter sur cet argent (1).
Un usage singulier est celui qui n’accordait aucune solde pour le trente-unième jour du mois, si ce n’est à une troupe en marche : cet usage subsista pendant presque tout le xvin* siècle.
On paraît moins sévère pour les capitaines en leur payant 2 hommes en sus de leur effectif, mais c’est par suite d’une vieille coutume et afin d’arrondir le chiffre de l’abonnement que l’État passait avec eux pour leur compagnie. Et pourtant il est constant que les officiers se ruinaient au service, et cela sans arriver toujours à obtenir une pension pour eux ou pour leur veuve (2).
D’un autre côté, on se préoccupe d’améliorer la condition matérielle du soldat : parmi les mesures appartenant à cet ordre d’idées, il faut ranger la mise en régie de la fourniture du pain, aux armées comme à l’intérieur, fourniture jusqu’alors confiée à une compagnie de munitionnaires ; la création d’hôpitaux militaires sédentaires ou ambulants près de chaque armée (3), et l’usage de chariots spéciaux pour les soldats dangereusement blessés (4) ; l’envoi aux eaux miné-
(1) Ordonnance du 1 *' décembre 1748.
(î) Reportez-vous au Mémoire adressé le 2 octobre 4743 & Louis XV par le maréchal duc de Chaulnes.
(3) II n'y en avait pas encore à l’intérieur. — Les hôpitaux sédentaires s'administraient par entreprise, les hôpitaux ambulants par régie : on soldait pour les premiers par journée de malade. Chaque hôpital avait , suivant le nombre des malades, des médecins, chirurgiens, apothicaires, garçons, plus, pour conduire l’administration, un direoteur, un contrôleur et des commis.
(4) L’usage de ces chariots commença dans la campagne de Flandre,
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raies des militaires pour lesquels le besoin de ces eaux se trouvait bien constaté (1).
Plus de douceur dans les relations avec les vaincus, tel est aussi l’un des caractères administratifs de l’époque. Il exige à coup sûr un plus grand concours des administrateurs militaires et une économie plus notable dans la gestion, puisque l’on tire un moindre parti du pays soumis ; en môme temps il constate une amélioration dans les rapports internationaux.
On retrouve celte amélioration dans l’existence de conditions pour l’échange (2) des prisonniers : le cartel conclu le 22 avril 1742 entre la France, la Prusse et l'Empire portait à 4 florins d’Allemagne la rançon d’un soldat, à 10 florins celle d’un sergent, à 70 florins celle d’un capitaine, à 600 florins celle d’un colonel, etc. Le même cartel interdisait l’emploi des balles empoisonnées, ne permettait pas de corrompre les eaux , n’admettait en un mot que des procédés de bonne guerre.
Pourtant , on frappait sur les pays conquis des réquisitions
(4) Datif une mauvaise compilation due à Flobeht et publiée à la Haye, chez Gosse, en 1738, in-4 2, en deux parties, il existe un Mémoire concernant Ut hôpitaux militaires, lequel contieut un système relatif aux hôpitaux du roi et publié comme présenté nu conseil le 31 juillet 1736.
(3) Voici un modèle pour échange d’officier à officier et A grades égaux : Gribebach,
Auditeur général employé à l’armée de S. M. Britannique.
Il est permis à M. de Saint-Montant, lieutenant au corps du génie, prisonnier de guerre, de reprendre ses fonctions en échange de M. Leonhord , lieutenant aux volontaires auxiliaires.
Auquel effet par le présent, la parole d’honneur qn’il a donnée lui est rendue et il se trouve en pleine et entière liberté.
Fait au quartier général, le
OKISEBACn.
Vu par nous commissaire ordinaire des guerres.
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adressées à l’autorité locale avec cette formule : « . . . fera fournir, sous peine d’exécution militaire; » mais souvent ces réquisitions se payaient. Je le conclus de ce que Chennevières avance qu’en pays ennemi on ordonnait et on ne faisait point payer le pain ; donc, dans la règle, on devait solder les autres fournitures.
En pays neutre, on donnait des reçus pour les denrées fournies, et ces reçus s’échangeaient ensuite contre de l’argent, en calculant la somme d’après le prix réglé pour chaque denrée. La formule de réquisition avait moins de rudesse , elle commençait par ces mots : Prions et requérons le bailli de ***.
Ces réquisitions comprenaient même le bois et le fourrage. Elles montrent que le système des magasins de Louvois ne suffisait plus.
A l’égard du fourrage, en campagne on le prenait soimême sur place par une coupe hâtive. Les trousses ou bottes portées par les chevaux dans cette opération pesaient jusqn’à 600 livres : à ce poids, qui depuis a été réduit de moitié (1) , elles fatiguaient et estropiaient les chevaux ; aussi le maréchal de Saxe proposait-il de les remplacer par des sacs (2).
Il paraît aussi que , si la récolte de paille était abondante , on en coupait afin d’en distribuer aux soldats pour se couvrir sous la tente; mais, à moins de la trouver çi nsi sous la main, l’administration ne songeait pas à s’en procurer
(4) Les rations étaient alors pins fortes qu’aujonrd’hui : ainsi, en garnison, le cheval, dans Ia cavalerie et les dragons, recevait 45 livres de foin par jour, tandis que maintenant la plus forte ration de foin sur le pied de paix ne dépasse pas 5 kilos (4 0 livres).
(2) A ees sacs le marquis de Silva préfère de petits chariots fort légers, attelés d'un seul cheval, lesquels pourraient servir aussi, dit-il, an transport des vivres. (PtntifsJ «ur la lactiqut, 4768, p. 264 .)
et laissait nos troupes exposées au froid , alors qu'en Allemagne on leur fournissait pour camper des couvertures (1).
L’infanterie se forme sous Louis XV à rangs serrés, et c’est l’adoption du pas emboité et cadencé qui lui permet de le faire : cette formation donne une troupe compacte et résistante , et constitue un progrès très-réel ; elle est due au maréchal de Saxe qui, dans ses Rêveries, dont la première édition date de 1732, préconise les avantages de la cadence en marchant.
Malgré son ordonnance serrée, l’infanterie, au moins en France, conserve sa profondeur sur 4 rangs, à laquelle on attribuait plus de solidité : la longueur du fusil devait néanmoins amener promptement la réduction de la profondeur à 3 rangs.
Cette préoccupation de rendre l’infanterie solide se retrouve dans l’idée de mettre à la gauche du bataillon un piquet de soldats choisis puis une seconde compagnie d’élite , celle dite de chasseurs , afin de mieux résister. « Un bataillon, dit un contemporain, étant la miniature d’une armée, il faut en appuyer, couvrir et renforcer les flancs. »
Malgré ces renforcements d’un bataillon rangé en bataille, le maréchal de Saxe n’avait pas foi dans l’infanterie française, ne la croyait pas capable de résister à une infanterie mieux exercée, et imaginait pour remédier à cette situation son système de réduire les combats à des affaires de poste (2).
Ce grand général donnait encore plus dans le système quand il demandait pour l’infanterie une organisation basée
(4) Dissertation sur la subordination, <753, Avignon, p. 54.
(2) Voyez la lettre du maréchal de Saxe au comte d’Argenaon, 25 fév. 4750.
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sur le nombre 4, et proposait 4 centuries par régiment, 4 régiments par légion (1) ; ce terme de légion indique seul qu’il revenait vers les anciens et se faisait disciple de Folard (2), pour être ensuite invoqué à son tour parles partisans de ce dernier, lors de la discussion sur la prééminence de l’ordre mince et de l’ordre profond qui s’éleva bientôt.
Il voyait plus juste quand il s’élevait contre les abus de la tirerie , entendant par ce mot barbare le leu de mousqueterie trop répété et effectué au hasard (3), rien que pour tirer. Ces abus étaient tels qu’on avait cherché à grouper les feux de pelotons de manière à composer pour ainsi dire des feux musicaux, dont les sons frappassent agréablement l’oreille (4). De pareils feux, on le pense, ne produisaient aucun effet, et leur adversaire, l’auteur des Rêveries, le vainqueur de Fontenoy, en conclut que si la guerre avait duré « on se serait battu indubitablement de part et d’autre à l’arme blanche (5) ». Quoi qu’il en soit, avant d’en venir à lutter à la baïonnette, on essaya des feux à volonté, introduits par le maréchal de Broglie dans la deuxième moitié du règne de Louis XV.
(J) Dans cette formntion , le maréchal de Saxe conservait 4 rangs qui devaient se doubler pour la charge. Consultez le Mémoire sur les opinions qui divisent les militaires, du lieutenant-colonel Joly de Maizkroy, 4773, p. 47. Ce mémoire, suivi d'un Traité des armes défensivei, forme un volume in-8° de 216 pages et se rencontre avec deux titres, l'ùn annonçant la vente chez l'éditeur Jombert, libraire, rue Dauphine, l'autre chez Cnssnc, libraire, rue du Vieux-Colombier : ces deux titres sont de la même année.
(2) Lequel aussi ne lui ménage pas les éloges.
(3) Voltaire dit à propos de la bataille de Fontenoy : « On voyait les majors appuyer leurs cannes sur les fusils des soldats pour les faire tirer bat tl droit. »
(4) Màizf.kot, Mémoire sur les opinions, p. 35.
(5) Met Féreriet, liv. Ier, chap. Ier, art. 6. Le maréchal de Saxe appelait la vie un réve\ cela seul indique par quelle pente d’esprit il intitula son livre Réveriet.
Le feu de billebaude, ou sur deux rangs, était alors employé ; seulement pour y recourir il fallait, croyait-on, se former subitement sur deux rangs (au lieu de trois), ce qui allongeait le bataillon d’un tiers et ne devait plus guère être possible avec une ligne de plusieurs bataillons déployés. On ne songeait pas encore, pour tirer sur deux rangs, à laisser le troisième rang en place et à l’occuper au chargement d’une partie des armes du deuxième rang, comme cela se fit plus tard.
La pique avait disparu avec le xvu' siècle. Depuis ce temps, l’infanterie portait une seule arme, le fusil, et le bataillon, composé de soldats pourvus du môme armement, manœuvrait avec la môme précision, le môme ensemble, que jadis une manche , c’est-à-dire un peloton de mousquetaires ; il sortait de là ur^grand avantage, car la manche correspondait à peu près au tiers d’un bataillon.
Les compagnies conservaient encore le nom de leurs capitaines, sauf les trois premières ; savoir : la compagnie de Grenadiers (1), la compagnie Colonelle, la compagnie Lieutenance-Colonelle. On songeait déjà à supprimer ces dernières et aussi la compagnie des majors, afin de rendre ces officiers supérieurs entièrement au service de leur grade et de leurs fonctions spéciales. Les régiments s’appelaient aussi, sauf les vieux , du nom de leur colonel, ce qui rend, eu raison des mutations assez fréquentes, leurs traces difficiles à saisir au milieu des relations de guerre de l’époque. Cet usage subsistait parce que les fils des bourgeois vivant noblement prenaient en général le nom d’une terre noble (2) passée par acquisition dans leur famille avant d’en venir à l’achat d’un régiment.
(4) Et pins tard la compagnie de chasseurs (2° compagnie d’élite), (î) Jamais on ne fut plus large sous ce rapport que sous Louis XV.
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Il faut signaler, comme appartenant au règne de Louis XV, la création des troupes légères d’infanterie. Ce fut une imitation des fantassins légers de l’Autriche et de plusieurs autres États allemands. Le premier corps de celte espèce surgit sous la protection de Maurice de Saxe, récemment entré à notre service, et se forma dans la guerre de Bohême, en novembre 1743 : commandé par Fischer, officier brave et intelligent, devant tout (1) à son initiative et à son courage, et fort de 400 chasseurs à pied, de 200 chasseurs à ^heval et de quelques ouvriers, ce corps devint célèbre. D’autres furent institués à son instar, mixtes également; tels sont les arquebusiers de Grassin (2) et les fusiliers de la Morlière. L’existence de ces corps montre que l’on croyait encore profitable le mélange des armes, au moins dans un petit corps indépendant. En effet, même les officiers qui ne voulaient pas du mélange de l’infanterie et de la cavalerie dans les batailles (3) regrettent la réduction des corps de troupes légères qui fut faite à la paix (4), et déclarent qu’il en faudra créer de nouveaux en cas de guerre.
N’oublions pas de mentionner que la nécessité d’une spécialité de nageurs apparaît ; le corps de la Morlière, levé à la fin de 1745, comprend 100 nageurs sur les 700 fantassins qui entrent dans sa composition (5).
(1) Il était parti de bas.
(2) C’étaient d’excellents tirailleurs. Un seul bataillon de ces Grassins suffit pour défendre le bois de Barri à Kontenoy (1745), et les bataillons allemands, uniquement habitués à combattre en ligne, n’osèrent s’engager dans le bois et les y forcer, les croyant d’ailleurs plus nombreux.
(3) L'auteur de l’Exai sur la cavalerie, 1756, in-4°, d’Autiieville, est dans ce cas, et dit que le mélange des armes, qui n'a servi ni à Turcnnc, à Sintzheim , ni à Condé, à Kocroy, n’est d’aucune utilité. (Voyez cet ouvrage, p. 349 et 350.)
(4) Ou les réduisit au dixième : ainsi le corps de Fischer ne comprit plus que 60 hommes.
(5) Il comprenait en outre « 300 dragons à cheval ».
264 HISTOIRE DE l’art DE LA GUERRE.
Nous dirons peu de chose de la cavalerie. La cavalerie française reste ce qu’elle était sous Louis XIV. Elle se range sur trois rangs de hauteur, comme le fait voir cette figure, qui représente l’ordre de bataille d’une compagnie au milieu du xvin' siècle.
Dans la deuxième moitié du règne de Louis XV, la cavalerie française se tient au niveau des meilleures cavaleries en adoptant la formation sur deux rangs (1). Malheureusement elle conserve l’usage des feux, qui nuit à son action. Quant à l’opinion de deux officiers de ce temps (2), suivant laquelle on peut employer à cheval des soldats « hors d’état de servir à pied par leurs infirmités et par leurs blessures » , c’est une de ces singularités qui ne supportent pas l’examen. Même en admettant le trot comme l’allure de la charge , il faut pour faire un bon cavalier que le soldat soit valide et alerte ; s’il pèche par les jambes , il se tiendra mal sur sa monture ; s’il pèche par les bras et le défaut de vigueur, il sabrera mollement.
L’artillerie continue sur les errements du règne précédent. Dans les batailles, on en lire un effet particulier ; ainsi, par exemple à Fontenoy, ce sont les pièces postées contre le flanc de la colonne anglaise (3) qui l’arrêtent et nous péril) En 1766.
(S) L’auteur <iu Traité des légions (d’HÉEODVILLe) et celui de l’E««oi jur la cavalerie (d’Adthevillb).
(3) Ce que l'on nomme la colonne >le Fontenoy était en réalité un carré à trois faces pleines comprenant environ 15,000 hommes. Ce carré se forma par hasard, sans dessein prémédité.
l’art durant la première moitié du règne de LOUIS XV. 265
mettent de reprendre le dessus (1), et c’est une batterie placée sur le bord de l’Escaut, et les prenant d’enfilade, qui paralyse l’attaque des Hollandais contre le village d’Antoing; cette dernière batterie est secondée par deux autres, sises l’une dans Antoing même, l’autre dans la première redoute près de ce village.
Deux systèmes d’artillerie figurent pendant le long règne de Louis XV. L’un, celui de Vallière, adopté en 1732, emploie cinq calibres, dont les plus lourds, le 24 et le 16, sont jlfcervés autant que possible pour les sièges. Le second système, celui de Gribeauval (2), date de 1765 seulement, et il faut y attacher une certaine importance, car c’est avec lui que la France a fait les guerres de la Révolution et de l’Empire; l’Europe l’avait adopté et, dans la même période, nos adversaires s’en servirent également. Dans le système Gribeauval les pièces sont plus courtes et plus légères; les affûts qui les supportent réunissent la solidité à la légèreté ; il y a trois calibres de campagne : le 12, le 8 et le 4.
Le génie suit fidèlement les principes de Vatiban. Louis de Cormontaingne (3), qui lui succède en Frauce comme
( 1 ) Cos 4 pièces étaient le reste de 1 ï canons que l’on voulait employer & cet objet; mais au moment d'y recourir on s’aperçut que 8 avaient déjà été distraits pour un autre but essentiel.
Si) Jean-Baptiste Vaquette de Gribeauval, né à Amiens le 15 septembre 5, enrôlé comme volontaire dans l’artillerie en 1732, lieutenant-colonel en 1757, maréchal de camp en 1764, lieutenant général en 1765, premier inspecteur de l’artillerie en 1776, mort le 9 mai 1789. (Voyez sur lui un article nécrologique inséré dans le Journal de Parie du 8 juillet 1789, et un Précis publié en 1816 par M. de Par. ..)
(3) Né en 1696, mort en 1752, Cormontaingne appartient à la première moitié du règne de Louis XV. On possède de lui : ÛEuvree posthumes de Cormontaingne, maréchal de camp , directeur des fortitications des places de la Moselle, etc., 3 vol, in-8», publiés A Paris, chez Barrois (en 1809), par le capitnine du génie Batabd, savoir : — 1er volume : Hémorial pour la fortification permanente et passagère ; — 2* volume : Hémorial pour l'attaque des places; — 3* volume : Hémorial pour la défense des places, — Le Hémorial
ingénieur militaire renommé, améliora ses tracés de fortification, mais ne modifia ni les procédés de la défense ni surtout ceux de l’attaque. Cela se comprend : il n’avait pas le mérite de Vauban et manquait de son expérience, puisqu’il ne dirigea aucun siège en chef, malgré sa participation à plusieurs.
On attaqua Pliilippsbourg (1734) à la Vauban; mais, pour qu’il en fût ainsi, il fallait que les ingénieurs eussent liberté d’agir. Un fait le fera comprendre : Vauban recommande des attaques méthodiques et ne veut pas qu’on donne l’assaut à» une brèche sans y être solidement préparé. Ses élèves restent fidèles à cette règle. Ainsi, l’an 1745, quand le duc de Richelieu veut donner l’assaut à une seule des brèches de l’ouvrage à cornes de Courtray, Cormontaingne lui répond : « C’est risquer des troupes en attaquant par un seul point un ouvrage de celte étendue, plein d’ennemis qui nous repousseront facilement, ce qui ne fera qu’enhardir et rendre une seconde tentative plus sérieuse ; le plus sûr est d’attendre qne les deux brèches se trouvent également en état, pour insulter l’ouvrage par deux endroits à la fois et le faire avec des forces en rapport avec celles de l’ennemi et sa bonne contenance. » Malgré ce sage avis, Richelieu persiste ; l’attaque échoue, comme Cormontaingne vient de l’annoncer, et il faut organiser une attaque en règle, laquelle réussit.
Dans cet exemple, il s’agit d’un siège régulier. Il y en avait aussi d’improvisés, de brusqués, puisque dans un seul mois, du 15 avril aul6 mai 1747, les Français s’emparèrent dans la Flandre de six places : l’Écluse, Issendick, Sas-de- Gand, Philippeville, Hulst, Axel.
pour la fortification a eu une seconde édition en 1824, M. le colonel Auqoyat a édité A nouveau, et avec sa science étendue, le Mémorial pour la itéftnte en <832, et le Mémorial pour V attaque en 4835.
l’art durant la première moitié du règne de LOUIS XV. 267
La défense de Prague mérite une mention. Une escalade restée fameuse nous avait rendu maitre de cette ville (1). Belle-Isle (2) y avait fait élever des ouvrages extérieurs qui occupèrent exclusivement les ennemis jusqu’au moment de la levée du siège ; les bastions se trouvaient en outre préparés par des coupures à soutenir une bonne et longue défense intérieure ; mais ils ne furent pas même battus en brèche.
Les camps retranchés ne sont pas abandonnés. En 1742, on construit à Dunkerque, de la rive droite du canal de Fumes au canal de la Moer, un retranchement fraisé, garni de 70 canons et à l’intérieur duquel 20,000 hommes peuvent manœuvrer.
On continue à faire des camps d’instruction. Divers camps sont installés en 1727 dans ce but sur la Sarre, la Moselle et la Meuse. Celui de Compiègne, inauguré par Louis XIV, est renouvelé plusieurs fois à partir de 1739 (3), et l’on essaye même d’y faire passer annuellement les différents corps pour
(1) En 1741 . Le gouverneur, sommé de so rendre pur l’armée francobavaroise, répond qu'il ne le peut sans que la tranchée soit ouverte et que le canon ait tiré. Il faut donc l’assiéger, mais l’artillerie tarde à se montrer et le pourtour de la place est considérable. On se résout à faire trois attaques. Maurice du Saxe est chargé de l’une d'elles. Après une reconnaissance heureusement exécutée, il décide une escalade sur le flanc d’un bastion voisin do la Porte-Neuve, escalade qui réussit grâce aux talents du lieutennnt-colouel Cbevcrt et au courage intelligent du sergent Pascal.
( 2 ) Les contemporains conviennent unanimement que la défense de Prague est son ouvrage. Voyez les Mémoires du duc de Luynee, 31 octobre 17ii.
(3) On trouvera les détails de construction du camp de Compiègne en 1739 dans le livre intitulé : Journal du camp de Compiègne en 1T39, augmenté des épreuves des mines faites en présence du roi par MM. de Turmel et Autoniazzi, capitaines mineurs (sic), par le sieur Le Kodob, ingénieur géographe du roi (Paris, 1761 J. L’auteur dit au sujet de la revue passée par Louis XV le 9 juillet : « Elle dura trois heures entières. Jamais coup d’œil ne fut plus agréable et plus brillant. Le roi s'arrêta avec complaisance devant certains soldats... L'air assuré et les moustaches des grenadiers revenus (l’Italie arrêtèrent longtemps ses yeux. » Voyez le Parfait aide de camp (1760), du même écrivain, pour les principaux camps des guerres de 1740 et 1766.
les y soumettre à la revue du roi ; il s’étendait le long de l’Oise, entre Venelle et Choisy.
En ce temps de guerre à petite échelle, suivant le maréchal de Saxe, qui jugeait les Français incapables de mener à bonne fin la grande guerre, on trouve pourtant des marches hardies ou rapides. Nos troupes font, en 1742, des courses jusqu’auprès de Vienne; il est vrai que pendant ce temps Lintz abandonné succombe. Quand il atteint Tongres, dans la campagne de 1747, Louis XV ne craint pas d’ordonner à l’armée française, qui vient de Louvain et achève une longue marche, de se porter 3 lieues plus loin, ce que nos soldats exécutent avec ardeur malgré un temps affreux, excités par la présence du roi et l’espoir de combattre (1).
On marche souvent sans équipages , surtout pour atteindre un champ de bataille. Cette coutume, jointe à la création des troupes légères d’infanterie dont nous avons parlé, signale une tendance à mener la guerre d’une façon plus expéditive.
Une retraite de cette période est restée célèbre, celle exécutée en dix jours par le maréchal de Belle-lsle 11742), de Prague sur Égra, avec 14,000 hommes, du 16 au 26 décembre, par un froid des plus rigoureux. Celle retraite s’effectua sur une colonne en ordre serré afin d’assurer les bagages et l’artillerie. Elle réussit parce que le général français fit assez de diligence pour atteindre les défilés à traverser avant l’ennemi qui le poursuivait , et parce qu’ensuite il trompa son adversaire, le prince de Lobkowilz, sur la route choisie pour se retirer, de façon à être uniquement contrarié dans sa marche rétrograde par les obsta-
(1) A Lauffeld. — Grâce a une heureuse combinaison de» marche» effectuées par nos corps détachés, l’ennemi ne pouvait plus s’opposer à nos progrès sans se voir attaqué par des force» supérieure».
l’art durant la première moitié DU RÈGNE PE LOUIS XV. 269
clés de la nature. Pour réunir ces conditions, il fallut cheminer presque autant de nuit que de jour, à raison de 4 lieues par jour, au milieu d’un pays ruiné, avec des hommes déjà fatigués et qui souffrirent durant la retraite, principalement du froid. Une fois à Égra, 500 soldats entrèrent à l’hôpital pour pieds et mains gelés; 800 traînards étaient restés en route (1). Ces chiffres ont fait dire à un juge compétent que Belle-Isle n’avait pas assez ménagé ses troupes ; mais n’oublions pas que ce maréchal avait reçu l’ordre de sauver l’armée à quelque prix que ce fût , et qu’il sauva, en effet, non-seulement son armée, mais aussi ses 30 canons, dont la conservation était encore à cette époque considérée comme presque aussi indispensable pour l’honneur que celle des drapeaux (2). Quant aux bagages, beaucoup furent sacrifiés. On brûlait, chemin faisant, toute voiture qui se brisait.
Un historien du règne de Louis XV (3) a dit : « Ce n’a guère été l’expérience qui a manqué à nos mauvais généraux, mais le talent et l’application. » Cette opinion, résultat de l’observation de plusieurs militaires de son temps, semble indiquer combien la stratégie, cette partie la plus élevée de la grande guerre, a fait défaut dans cette période.
Cela paraît moins dans la première partie du règne de Louis XV, qui débute par une guerre bien conduite, celle de 1733, et se termine par une campagne heureuse, celle de 1745 ; il est vrai que c’est un vétéran de Louis XIV, Villars,
SI ) Li^ez Lettre du maréchal de Helle-ltle au maréchal de Seckendorff, d’Egra, 17 décembre 1742.
(2) Eu 4796 mémo, Bonaparte fut obligé de se placer au-dessus de ee préjugé, quand il abandonna soc matériel de siège devant Mantoue pour marcher contre Alvinzi.
(3) Ddclos, Préface des Mémoires secrets sur Louis XIV et Louis XV.
qui commande la première, et que le maréchal de Saxe dirige nos soldats dans la seconde.
Et pourtant, en 1741 , nous envoyons en Allemagne une armée dénuée de général en chef; malgré la présence de notre allié l’électeur de Bavière, qui devient l’empereur Charles VII et qui porte alors le titre de lieutenant général représentant la personne du roi de France en son armée et Allemagne, cette singulière organisation amène un grand décousu dans nos opérations et provoque la retraite de Prague.
Joignez à ce défaut d’organisation l’indiscipline déjà signalée, le manque d’instruction chez la plupart de nos officiers (1) et le peu d’habitude des manœuvres de la part des troupes, et vous comprendrez que le maniement instantané des masses demandé par la stratégie devenait difficile.
Est-ce pour cela que le maréchal de Saxe y a renoncé ? Toujours est-il qu’il déclare les Français mauvais manœuvriers en plaine, et veut avec eux réduire la guerre à des affaires de poste , opinion exagérée, mais qui, de son temps, pouvait devenir un expédient par son application. Ce système de la guerre de poste venait surtout, chez lui, de ce qu’il trouvait notre formation trop mince pour être résistante , et que nos soldats n’avaient pas encore pris cette habitude solide et adroite de manier la baïonnette qui a fait leur réputation. Si les colonnes d’attaque de nos ordonnances modernes, si la formation défensive du carré inventée depuis avaient été alors connues, il n’eût sans doute pas parlé ainsi. Voici son dire : « Il ne m'est pas possible de former les Français comme ils devraient l’être ; j’en tire le parti que
(1 ) Cet inconvénient contribua également A la création de l'École militaire.
l’art DURANT LA PREMIÈRE MOITIÉ DU RÈGNE DE LOUIS XV. 271
je puis (1), et je tâche de ne rien donner de capital au hasard (2). » Pour se mettre à l’abri du hasard, il élevait des redoutes, il formait des postes, et notre infanterie, qui n’eût pu, comme l’infanterie anglaise, rester immobile sous le feu (3) , se maintenait bien une fois appuyée sur ces postes. La bataille de Fontenoy fournit un exemple de cette disposition ; une redoute manquait cependant à nos dispositions, de l’aveu même du vainqueur (4).
Ce vainqueur, malgré son système ou parti pris de la guerre de postes, voyait juste en stratégie : sans cela il n’eût pas conduit la guerre avec succès. Un propos de lui , resté célèbre , le montre d’ailleurs surabondamment. En 1747, après sa victoire de Lauffeld, due à une attaque analogue à celles de Raucoux (5) et de Nerwinde, il indiqua Maastricht comme le lieu où il fallait aller chercher la paix, et, en effet, il la trouva l’année suivante sous les murs de cette place qu’il avait réussi à atteindre et à investir, en trompant l’ennemi par une marche remarquable.
Si les Français montraient alors peu d’aptitude pour la grande guerre, leurs adversaires déployaient peu de talent; le prince de Ligne leur reproche ce qu’il a appelé leurs bévues et affirme que les Autrichiens, toujours lents (6) comme
(1) Reportez-vous il la page 292 de Moritz Graf von Sachsen , nach arcliivalischen Quel leu, par M. de Webeh, directeur des archives royales de Dresde, in-8°, 1863, à Leipzig, chez Tauchnitz.
(2) Lettre à Frédéric II, septembre 1746.
(3) Voyez les Rieeriet.
(4) Biographie et Maximes du maréchal de Saxe, p. 79
(5) Fontenoy, I.auifeld. Raucoux, les trois batailles livrées et gagnées par le maréchal de Saxe, appartiennent & trois années différentes (1745. 1746, 1747) : on dirait que l’art militaire de ce temps ne pouvait aller au delà, et par sa faiblesse prolongeait la durée de la guerre.
(6) Lisez une curieuse appréciation de cette lenteur, par le maréchal DE Belle-Isle, dans les Mémoire t du duc de Luynei, 13 mars 1743.
272 HISTOIRE DE l’àRT DE LA GUERRE.
dans la guerre de Trente ans, eussent succombé sans ses troupes légères ; quant au duc de Cumberland, il commit en effet de nombreuses fautes. 11 résulte de cette situation réciproque que l’art de la guerre faiblissait, tombait en décadence, que les années ne valaient pas celles du xvu® siècle : nous verrons par qui cette situation sera relevée.
Les éléments de cette renaissance se préparaient, même en France : on en retrouve de relatifs à la tactique.
Ainsi, pendant qu’on se relâchait dans certains régiments par indolence, pendant que dans d’autres on se montrait tracassier et l’on tombait dans la minutie, pendant que dans certains corps l’on sacrifiait au goût d’afféterie du temps, on entrevoyait ailleurs la simplicité dans les manœuvres. Écoutez plutôt ce que pense à ce sujet un auteur contemporain : « Il est ridicule d’avoir disputé tout un hiver pour savoir quel exercice était à préférer, celui des Prussiens ou des Autrichiens , celui de Pierre ou celui de Jean.» 11 était trèsindifférent, quel qu’il fût, pourvu que les temps fussent les plus courts possible, et les mouvements les plus simples et les plus naturels (1).
Ce passage laisse à deviner qu’on discutait déjà beaucoup sur les manœuvres, l’exercice, la formation ; c’était l’esprit du temps, et la guerre ne pouvait pas plus échapper à l’examen que les autres nécessités du corps social. Si l'on s’était borné à la discussion , passe encore ; mais les innovations s’introduisirent bientôt à la suite, et rien n’est plus funeste , surtout chez un peuple imitateur, que les innovations faites avec légèreté. Malgré cet inconvénient, les progrès de la lactique continuèrent lentement, par accoùt il est vrai, mais ils continuèrent parce que cette branche de l’art militaire fut
(4) Oiuerlalion tur la >ubordin<Uion, 1753, p. 55.
l’art durant la première moitié du règne de LOUIS XV. 273
examinée, étudiée, au point que l’attention publique ellemême s’en émut et vint ainsi en aide aux efforts individuels des officiers.
Ce n’est, toutefois, pas en France que la tactique devait le mieux se développer au xvni* siècle, et un fait peu remarqué le donne à pressentir ; Folard et Puységur, deux écrivains qui appartiennent au règne de Louis XIV comme à celui de Louis XV, sont les auteurs militaires qui, jusqu'au milieu de ce siècle, se sont le plus occupés de tactique, et pourtant ils traitent moins de cette science que de l’art militaire en général. On peut conclure de là que la tactique n’était pas encore née, dégagée, élevée à l'état de science dans la première moitié du règne de Louis XV. On combat sans qu’une ordonnance précise soit arrêtée (1), et il faut encore des guerres avant qu’on en vienne à déduire l’analogie qui existe entre la formation d’un corps et l’espèce de ses armes (2).
Les batailles de ce temps sont disputées , et singulier rapprochement, en cette période de mauvais soldats, on semble les rendre difficiles à plaisir, on y prend le taureau par les cornes (3).
A l’affaire de Sahay (près Frauenberg, 25 mai 1742), le maréchal de Belle-Isle attaque trois fois le village, la dernière fois en mettant pied à terre et en cheminant à la tête de nos troupes.
A Fontenoy , les Français se défendent, mais les Anglais, qui attaquent, s'acharnent contre les villages d’Antoing et de
(4) Consultez Guibekt.
(2) Opinion de Lloyd ; voyez se* Mémoire», 4804, p. 75.
(3) Luxembourg l’avait fait il Nerwinde, maie il ne se plaignait pas de tes troupe», qui en effet étaient bonne». — Dana la première bataille livrée sous Louis XV, celle de Parme (29 juin 4734), il n’y eut pas d’attaque de viiluge, mais seulement l’attaque d'une cassine par les impériaux.
Fontenoy, distants de 1,500 mètres l’un de l’autre, les assaillent et en sont repoussés plusieurs fois.
A Raucoux (1), nous enlevons à la baïonnette les deux villages retranchés de Raucoux et de Waroux , et en chassons 12 bataillons d’alliés.
A Lauffeld , au lieu de tourner la gauche ennemie , nous nous opiniâtrons contre le village de ce nom , qui ne cède qu’après trois sanglantes attaques.
Ce sont, en un mot, des batailles sans manœuvres : le maréchal de Saxe nous croyait incapables d’en exécuter, et pourtant, même imparfaites, elles eussent sans doute coûté moins de monde que des coups répétés contre des villages, il ne faut cependant pas lui imputer trop à reproche ces attaques : c’était une des manies du temps, on ne craignait point d’y avoir recours, et nous verrons dans le chapitre suivant à quel moment et par quelle autorité elles furent condamnées.
Ainsi, pendant la première moitié du règne de Louis XV il subsiste encore en France assez d’art militaire pour que, dans des circonstances favorables, cet art puisse reprendre et refleurir comme aux beaux jours qui ont valu à la France ses agrandissements.
Malheureusement, les circonstances favorables ne vinrent pas, et l’art de la guerre, au lieu de se relever, s’altéra de plus en plus !
Il s’altéra par suite de l’indifférence du roi, très-marquée après la mort du maréchal de Saxe, et par suite de l’absence de gouvernement qui fut la suite de cette indifférence.
(1) L’ordre du maréchal de Saxe relatif à cette bataille commence ainsi : a A la poudre et nux balles tout à l'heure, s Voyez Journal <U la dernière campagne Je l'armée du roi en 17 ii (par d'F.bpaoxao), in-8®, la Hâve,
l’art durant la première moitié du règne de LOUIS XV. 275
LouisXV abandonnait beaucouptrop, en effet, à son principal ministre, et cela depuis le cardinal de Fleury, la décision en fait d’opérations politiques et militaires, ce qui écarta l’influence des hommes compétents à peine consultés (1). Cet abandon affligea beaucoup de bons esprits. Ajoutons à cela sa regrettable disposition à ne pas se montrer sensible, lorsqu’il en revenait à la cour, à la vue des officiers blessés et estropiés à son service (2).
L’art de la guerre s’altéra également; l’armée, qui le pratique, se corrompit parce que la faveur devint prépondérante, non-seulement la faveur de cour qui se comprend dans une monarchie, mais la faveur des maitresses, toujours blâmable et d’autant plus fâcheuse que plus d’un caractère lier et digne, comme il en faut à la tête des troupes, refuse de s’abaisser devant elles (3).
Sous la pression de la faveur de certains généraux, le ministre de la guerre devint indécis, et, de concession en concession, finit par imaginer deux armées agissant l'une après l’autre au lieu d’une forte armée (en 1761), ou mieux encore par charger deux généraux (4) de commander conjointement l’armée (1762).
(1) On lit dans les Mémoires du duc de l.uyuts, Î3 mai 4743 • « On sera peut-être étonné dans la suite des temps que, dans des conjonctures aussi critiques (la guerre de Bavière prenait une mauvaise tournure), ni le roi, ni aucun des ministres n’aient vouiu demander h M. de Belle-Islc son sentiment sur les opérations do la campagne : on a fait plus, on n‘a pas même consulté un seul militaire. » — Le contrôleur général des finances Orry avait été capitaine de cavalerie et se donnait en conséquence au conseil des ministres L’importance d’un connaisseur en fait de guerre.
(2) Mémoires du duc de Luynes, 4 9 décembre 4742. Il y eut des exceptions, notamment après Fontenoy . Idem, 47 janvier 4746.
(3) M"* de Pompadour « se regardait comme pouvant être admise (par ses fonctions) parmi les grands officiers ». Idem, 40 février 4747.
(4) D'Eetrées et Soubie*. Voyex Nécessité d’une armée permanente , par I.amabqok , p. 42, note.
L’art militaire s’altéra encore par l’esprit de discussion et l’esprit d’innovation.
Relativement à l’esprit de discussion, rappelons surtout l'acharnement avec lequel fut soutenu l’examen de cette question, qui devint une affaire de mode : tordre profond doit-il, pour C infanterie, être préféré à t ordre mince ? On lixe en général à 1770 le moment le plus vif des disputes qui surgirent à ce sujet, mais le Projet d'un ordre français en tactique, gros in-4°, dû à Mesnil-Durand, l’une des bases sur lesquelles s’appuyèrent les partisans de l’ordre proiond, date de 1755. Ce livre est un plaidoyer en faveur de la colonne de Folard, un plaidoyer rédigé par l'un de ses élèves et qui arrive lui-même jusqu’à la hauteur d’un système. Les partisans de l’ordre profond voulaient, outre l’emploi des colonnes, une formation habituelle sur 32 de profondeur et le mélange des armes, mais en même temps ils préconisaient l’usage de la baïonnette. Les partisans de l’ordre mince voulaient l’ordre déployé comme ordre habituel et la colonne comme exception ; ils proscrivaient le mélange des armes et recommandaient les feux de mousqueterie. La victoire est restée à ces derniers, qui voyaient plus juste au point de vue des armes modernes : néanmoins, l’action de la baïonnette s’est conservée comme plus efficace que celle des feux produits par les armes portatives. Parmi les défenseurs de l’ordre mince brille au premier rang le comte de Guibert, colonel de Royal-Corse, auteur de V Essai général de tactique (1), que ses talents d’écrivain et ses relations mondaines créèrent l’un des quarante de l’Académie française.
L’esprit d’innovation se développe à la suite de nos revers
(1) Publié en <770, et qui jouit d'une Irèt-grnnde vogue.
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pendant la guerre de la succession d’Autriche : on cherche à imiter l’armée qui a récolté le plus de succès dans celte guerre. Mais c’est antérieurement à la guerre de Sept ans, car trois ans avant le début de celte dernière guerre, en 1753, l’onétait déjà tellement fatigué des innovations qu’un plaisant fait assez accepter un bruit semé à dessein, à savoir que pour changer on va faire porter l’épée à droite (1).
On imite aussi Frédéric et son armée, pendant la guerre elle-même. Ainsi, à Rosbach (1757), le chef des Français, Soubise, exécute une marche de flanc en présence des Prussiens, manœuvre exécutée par ceux-ci à Kollin, mais bien autrement dangereuse devant eux, en raison de leur mobilité extrême : ce fut une des causes de sa défaite (2).
Nonobstant l’armée française olfrait encore certains côtés capables de relever l’espoir de ceux qui apercevaient ses défauts.
De bons esprits entrevoyaient ses vices et le disaient avec sincérité et calme.
Nos officiers les plus efféminés combattaient avec un courage et une vigueur sans pareils : le séjour des ruelles n’avait ni endormi leur élan, ni paralysé leurs bras.
On songeait à l’utilité de la lecture et du travail pour les jeunes gens se vouant à l’état militaire. « 11 n’est pas si aisé de devenir un grand général, dit l’un ; il faut pour cela avoir multiplié ses idées, cultivé son esprit par l’étude des sciences et des arts. » L’autre montre la nécessité de l’instruction chez les officiers et déclare la fondation de l’École royale militaire « une mesure propre à produire d 'heureux chan-
(1) Dissertation sur la subordination, 1753, p. <31. (î) lliitoire militaire de la Pruui arool 4756, p. 9S.
i r/ements dans l’armée française et à fixer la victoire sons les drapeaux de la France » .
On profitait des recommandations de nos grands généraux. Le maréchal deSaxe s’était élevé contre la coutume d’entrer en campagne méthodiquement au printemps ; on suivait son avis et l’on faisait des campagnes d’hiver.
Malheureusement un déplorable pouvoir comprimait ces bonnes dispositions.