SOLDE, BUTIN
Il n’y avait que trois classes de traitement. Le stratège recevait 144 fr. par mois ; le taxiarque, premier officier hors rang, 72 fr. ; l’hoplite, seul combattant qui portât le nom de soldat, 36 fr. Les officiers dans le rang étaient payés comme l’hoplite. La solde du cavalier montait, en temps de guerre, au double ou au triple de celle du fantassin; en temps de paix, on lui allouait environ 14 fr. par mois.
La république de Sparte ne soudoyait pas ses troupes.
On faisait trois parts du butin : la première, assignée au général; la deuxième à l’État; la troisième, destinée à récompenser la valeur, distribuée quelquefois par le général , quelquefois aussi remplacée, pour les plus braves, par des couronnes, des statues (2), des inscriptions, des éloges publics. Outre sa 'part, le général pouvait recevoir des présents individuels en échange de sa protection ou des services qu’il avait rendus (3).
(1) Thüctdide, livre v, chap. 70.
(2) Voyez Ic § 14 de ce chapitre.
(3) OEurrtt divenn dt J. J. UahtiiÉlemt, tome II, Du butin che: It» aunena, p. 4t.
U1ST0IRE DE l’art DE LA GUERRE.
De tous les Grecs, les Spartiates furent ceux qui suivirent la discipline la plus sévère. Les lois de Lycurgue, en les rendant sobres et austères, en firent des soldats robustes et intrépides; elles élevèrent le courage personnel à un diapason admirable; mais, par le mépris qu’elles inspirèrent pour les sciences et les arts , ainsi que par l’éternelle pauvreté à laquelle elles condamnèrent l’État en lui interdisant tout commerce (1), elles furent cause que Sparte ne figura jamais qu'en seconde ligne parmi les puissances grecques pour la cavalerie, l’art des sièges et la marine.
Voici quelques-unes des peines disciplinaires communes à . tous les Hellènes. — Le général agissant sans ordres était puni , et quelquefois condamné à mort. — Les transfuges et les traîtres «ubissaient la peine de mort. — Pour combattre contre sa patrie, on était lapidé. — Pour quitter son rang sans fuir, on restait quelque temps debout, appuyé sur son bouclier, afin que chaque passant pût vous adresser un reproche. — Le fuyard était voué à l’infamie. — Si on périssait en tournant le dos, on restait privé de sépulture. — Pour excès et violences, on était chassé ignominieusement du camp. — La perte du bouclier (2) entraînait aussi l’infamie, tandis que celle du casque, de la cuirasse ou d’une arme
(4) Les lois de Lycurgue ôtèrent à Sparte a toutes les ressources, les tu t», lo commerce, l’argent , les murailles; on y avait de l'ambition sans espérance d’être mieux; ou y avait les sentiments naturels, et on n’y était ni enfant, ni mari, ni pire; 1$ pudeur mime était ôtée à la chasteté. » (MonTiiSquiEU , Esprit dre lois, livre iv, cbap. 6.)
(2) Épaminoudas mourant, après la victoire de Mantinée, redemanda son bouclier, qu’il croyait perdu, et fit éclater sa joie lorsqu'on lo lui rapporta.
GRECS
offensive,' n’était point punie; on avait établi cette différence pour enseigner au combattant que la guerre doit être plutôt un état de défense que d’attaque (1), et surtout parce que le port du bouclier intéressait l’armée tout entière, tandis que le port de toute autre arme n’intéressait que l’hoplite qui s’en trouvait muni (2).
11 existait, en outre, des peines particulières à chaque peuple.
A Athènes, on était puni pour passer sans permission de l’infanterie dans la cavalerie. — Les chefs frappaient, pendant les exercices, les soldats indociles ou négligents. — En temps de paix comme en temps de guerre, les généraux rendaient compte de leur conduite : s’ils étalent trouvés coupables, on les condamnait àviinc amende dont leurs fils étaient responsables, ou on les exilait.
A Sparte, la loi défendait non-seulement de poursuivre l’ennemi, mais encore de le dépouiller sans en avoir reçu l’ordre, afin, sans doute, qu’on restât plus attentif à la victoire qu’au butin (3). — Celui qui, chargé de défendre une forteresse, la rendait , ayant espoir d’être secouru, était puni de mort.
En général , les règles de discipline bannissaient le luxe des camps. Peu à peu on se relâcha à cet égard , et les armées, déjà suivies d’une bande de valets, furent infectées
(4) La» Romains, qui aspirèrent toujours il la domination universelle, avaient adopté le principe contraire : a il ne fallait pus que le soldat romain fit plus de cas de son bouclier que de son épée. » (Fhontiü, livre IV, clmp. 1 .) ‘
« Le génie de la tactique grecque, a dit CabrIon-Nisas [Histoire de l'art militaire, tome Ier, p. 61), étuit la résistance; celui de la tactique romaine était nu contraire l'attaque. » '
(2) Plotakqce, Apophlliegmes det Lacédémoniens , Démnrate. — Voyez aussi les Apophthegmes des LacéJémoniennes dont les noms no sont pus connus.
^3} Voyage d' Anacharsis, pur Rautiillemy, clmp. 50. -
d'une bande de femmes et d’enfants quelquefois tellement nombreuse que chaque soldat avait sa maîtresse.
Dans les villes, le luxe progressait bien autrement : il finit par paralyser à Athènes la constitution militaire. Les riches se firent remplacer, et on rencontra si peu de gens du peuple •» à enrôler qu’on fut obligé d’avoir recours aux mercenaires. Les officiers ne vinrent sous le drapeau que dans l’espoir de piller. « L’auteur excellent fut plus applaudi que le plus habile général; le courage n’attira plus les regards, et le vainqueur rentra dans sa patrie, indifférente à ses succès (1 ) . » Le plus souvent même, on dépensait, pour les représentations théâtrales, les fonds destinés aux besoins de la guerre, tandis qu’une loi punissait de mort celui qui proposait de consacrer à l’entretien des armées l’argent destiné pour les théâtres (2). C’est ainsi que les Grecs préparaient leur asservissement !
Voici les principales récompenses : — des éloges publics;
— une portion du butin ; — un grade supérieur ; — une couronne ; — des chevaux , des armes ; — une pension alimentaire pour les blessés (4), et des honneurs funèbres pour les morts, dont l’État élevait les enfants à ses frais.
(4) Tubpik, //ii loir» du gouvernement Jri anciennes république», p. 456 et 464.
- (2) Montesquieu, Esprit de» loi», livre in, note <lu chap. 3.
(3) L’esprit républicain rendait fort rare de la part du peuple l’aven d'une récompense méritée. On se rappelle lo fameux mot prononcé devant Miltiade en lui refusant une couronna : a Quand tu vaincras seul, tu triompheras. »
♦ (i) I’lutauque, Pi» de Solon,
GBECS.
Plus lard, lorsque l’esprit républicain commença à se perdre, on éleva des statues aux généraux vainqueurs, et on leur permit de construire à leurs frais des temples, monuments durables sur lesquels on gravait des inscriptions qui perpé- • tuaient leur renommée. Les chefs d’armée donnaient en outre des gratifications, moyen dont Alexandre le Grand se servit avec une profusion que les nombreuses richesses de l’empire perse, restées entièrement à sa disposition, peuvent seules expliquer.
Les armées grecques ne devinrent jamais très-nombreuses. A la bataille de Marathon les Athéniens ne mirent en ligne que 10,000 hoplites. A la bataille de Iyeuctres, les Thébains opposèrent 14,500 hommes aux 26,000 soldats du Péloponèse. L’armée qu’ Athènes envoya contre Syracuse était de 5,100 hoplites, 480 archers, 700' frondeurs, quelques troupes légères et 30 cavaliers. A la bataille de Chéronée, vulgairement (1) appelée le tombeau de la liberté grecque (338 avant J. -C.), 30,000 Athéniens et Thébains combattirent les 32,000 Macédoniens de Philippe. A la bataille de Mégalopolis, où Antipater battit Jes Grecs qui s!étaient révoltés en l’absence d’Alexandre, les Péloponésiens avaient 31,000 hommes et Antipater 40,000. Alexandre passa en Asie avec 35,000 hommes, dont 5,000 cavaliers (2). La plus
(1) Philippe et Alexandre laissèrent aux républiques grecques leur liberté intérieure, et se contentèrent d’être les chefs de toutes les force» de la Grèce. Voyez l’Introduction à la 3« édition du Prias d'histoire ancienne de MM. Poir- 80 îf et Cayx; et le S 2 du chap. 32 du même Précis.
(2) Voyez Gibbon, Décadence de l’empire romain, édition du Panthéon littéraire, tome 111 , p. 658. .
fe.
forte armée grecque fut celle qui combattit à Plat»» : formée des divers contingents fournis par les confédérés, elle comptait 110,000 hommes. Voici sa composition d’après Hérodote (1) :
Spartiates 5,000
Habitants de la Laconie 5,000
Athéniens 8,000
Corinthiens 5,000
Sicyoniens 3,000
Mégariens 3,000
Tliespiens.. 1,800
Tégéates 1,500
Tréiéniens 1,000
Philasiens 1,000
Épidauriens soo
Leucadiens et Anactoriens 800 \ 40,500
Arcadiens.. 000
Érétriens ?t Styriens 000
Platéens 600
Ampraciates A 500
Éginètcs. 500
Cbalcidiens 400
Mycénéens et Tyrinthiens 400
Polidéates .' 300
Hermioniens ,.. ,300
Lépréates 200
Paléens de Céphallcnie ,... 200
Pesamment
armés.
Armés à la légère.
Ilotes 35,000
Autres Grecs. . 34,500
Total 110,000
En prenant le nombre des hoplites pour représenter le contingent de chaque peuple, ce qui peut d’autant mieux se faire que Je nombre des armés à la légère variait ordinairement dans la même proportion, sauf pour les Spartiates, ce
(4) Livre ix. $ 27.
GRECS
tableau donne une idée des forces respectives de tous les peuples grecs qui combattirent à Platée : c’est pour cette raison que nous l’avons inséré ici.