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RUSES DE GUERRE

Les Grecs employaient assez fréquemment les stratagèmes et les ruses de guerre , dont Frontin et Polyen nous ont laissé dans leurs traités de nombreux exemples. Souvent ces ruses étaient innocentes et de la nature de celles qui sont permises. Ainsi Iphicrate établissait dans son camp tantôt deux lits par homme, tantôt un lit pour deux hommes, puis le quittait brusquement, afin que l’ennemi , venant à compter les lits, fût induit en erreur (3). Ainsi Créomènes, voyant que les ennemis le suivaient en tous lieux et l’imitaient en toutes choses, faisait donner le signal du dîner : l’ennemi se mettait à dîner ; Cléomèncs , au contraire , ayant fait armer ses troupes, fondait sur lui et le défaisait complètement (4).

Mais, souvent aussi, ces ruses se révélaient cruelles et indignes ; elles auraient dû être proscrites par la Grèce entière. On peut détourner un cours d’eau, mais on ne doit pas l’empoisonner comme firent les confédérés dans la

(I ) XÉKoruos, Cyroptdit, livre l«r, chap. 6.

(2) Livre 1 */, cbap. H.

(?) Folykjï , livre ni, chap. 9.

(4) Polten, livre i*f, chap. 1 4.

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guerre sacrée contre les Crisséens ; on ne doit pas même le

corrompre avec de l’ellébore, comme tirent Clisthènes de Sycione (1) et les Amphyctions (2), afin de donner un flux de ventre aux habitants des villes qu’il» assiégeaient et les empêcher de défendre leurs remparts.

« Les ruses d’adresse et de finesse sont permises et non la friponnerie (3), » la mauvaise foi et la trahison. N’est-cc ' pas par trahison que le général athénien Mélanthe tua Xanthe, roi des Théhains? et cependant les Athéniens établirent une fête en l’honneur de cette rencontre (4) ! N’est-ce pas de la mauvaise foi que de dire à ses ennemis vaincus, comme le firent les Campaniens (5) : «Vous nous donnerez la moitié de vos armes, » puis de couper ces armes par la moitié pour exécuter le traité comme on l’entend ?

« Il est des ruses, a dit Joly de Maizeroy, qu’il ne faut apprendre que pour s’en garantir et user de précautions contre ceux (pii sont assez lâches pour s’en servir. L’homme de guerre fait autant profession de franchise et de droiture qilb de courage et de prévoyance; et, s’il emploie les ressources de son génie pour vaincre, il déteste en même temps la perfidie et tout ce qui porte atteinte à la parole donnée ou à la foi publique (6). » Ce ne sont pas d’ailleurs les plus rusés qui sont les plus braves. « Itien, rapporte Polybe (7), n’approche des Cretois, soit sur mer, soit sur terre, quand il s’agit d’embuscade, de pillage, d’attaques nocturnes, partout,

(1) Fhohthi, livre m, chap. 7.

(î) PoLTElt, livre vi, chap. 13.

(3) Maizeroy, Court it tactique, tome IV, p. 439.

(4) Fbohtik, livre ix, chap. 5, et Poltek, livre r,r, chap. 19.

(5) Polten, livre vi, chap. 15.

(6) Court dt lactique , tomoiV, p. 4t7.

(7) Livre iv, chap. 2 ,

en un mot, où il faut déployer la ruse et Vadresse ; et lorsque les Crétois sont en ordre de bataille devant l’ennemi, c’est la lâcheté môme ; tandis que les Achéens et les Macédoniens ne peuvent combattre qu’ainsi rangés. »

■ Les enceintes grecques ne consistaient qu’en longues murailles polygonales, surmontées dé créneaux et garnies de tours carrées ou rondes. Quelquefois, l’enceinte se trouvait précédée d’un fossé, dont la contrescarpe, généralement non revêtue, avait un talus assez doux (1), et dont les murs portaient des mâchicoulis. Les Grecs perfectionnèrent donc très-peu la fortification asiatique, et leurs places fortes ne différèrent de celles des anciens peuples d’Asie que par une moindre étendue.

Les principales villes do la Grèce s’élevaient fortifiées avec un grand soin, suivant le système que nous venons de râteler, à l’exception de Sparte, que Lycurgue avait défendu d’entourer de remparts, afin qu’elle fût garantie d’une invasion par le seul courage de ses habitants ; la pauvreté des Spartiates explique en outre que le pillage de leur capitale offrait trop peu d’attraits pour engager à attaquer cette ville.

Athènes était bien fortifiée : son enceinte joignait celle du Pîrée par deux longs murs rectilignes ; des tours garnissaient et ces deux murs et les deux enceintes. L’acropole ou citadelle, bâtie sur un rocher (2) , au centre de la ville, affectait

(1) Joly de Maizerot, Traité sur l'art des sièges et les machines des anciensi, 1778, p. 313. — Histoire de la fortification permanente, par A. DE Zabtrow, tome I” de ma traduction, p. 8 et 9.

(2) Ce rocher n'a plus aujourd’hui le titre de citadelle et a été dégarni

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la forme d’un hexagone oklong et renfermait le temple de Minerve. — Le développement de l’enceinte de la ville, comme celui de l’enceinte du Pirée, montait à 60 stades (7,999œ98), et le développement des deux murs de jonction à 60 stades (10,666“40), ce qui donnait, pour le développement total de l'enceinte de la ville d’Athènes, une longueur de 200 stades (26,6GGœ66) environ (1). — Le Pirée se trouvait situé dans une position favorable ; il offrait trois |»orts creusés par la nature : celui du Pirée proprement dit, et ceux de Munychie et de JMialère. Les parois intérieures des murs n’avaient ni mortier de chaux ni mortier de terre ; ces murs étaient formés de grandes pierres étroitement jointes ensemble, (aillées carrément et liées en dehors avec du fer et du plomb (2). Ses remparts offraient assez de largeur pour que deux chars pussent y passer de front , et avaient 40 coudées (18") de haut (3). Il contenait aussi une citadelle, qui se trouvait près du point où venait aboutir le grand mur austral de jonction.

Tlrèbes, défendue par des murs' gal nis de tours, dont le circuit mesurait 43 stades (5,733"32), possédait aussi une citadelle placée sur une éminence.

Les autres villes grecques étaient fortifiées de la môme manière qu’ Athènes et Thèbes; la description de leurs enceintes n’apprendrait rien d’essentiel.

des masures turques qui l’encombraient. Déblayés, en partie restaurés, l’acropole ot ses monuments reprennent figure. — Reportez-vous aux Antiquité» hellénique» de M. Uizo Kanoabé, Athènes, 1842-1855.

(1) Voyage d Anacharti», chap. 6.

(2) TnccrotDR, Gutrrt du Péloponète , livre l«r, chap. 93, traduction G AIL.

(3) Tbémistocle aurait désiré une hauteur double. Voyez Manuel d'archéologie, par Muller, traduit par N’icard (Collection Rorot), tome 1", 1841 ,

niSTOIRE DE l'art DE LA GUERRE.

Mais si les Grecs apportèrent peu de modifications (1) aux enceintes asiatiques, il est juste d’ajoiiter qu’ils comprirent les avantages des ouvrages extérieurs (2) et des forteresses isolées. Ils profitaient de ces dernières, soit pour augmenter la force défensive des places comme à Syracuse , soit pour garantir leurs frontières de l’invasion, comme tirent les habitants de l’Attique. Après avoir choisi , pour l’emplacement de leurs forts, des points importants à défendre, tels que des passages étroits situés au milieu des montagnes, les Athéniens y construisaient de fortes niurailles et des tours élevées ; ils laissaient dans ces forts des garnisons composées en grande partie de jeunes gens de 18 à 20 ans (voyez le § 1" de ce chapitre), et recommandaient aux gens de la campagne d’y chercher un refuge en cas d’invasion.

On employait aussi ces forts ou châteaux pour défendre des points isolés, et quelques-uns embrassaient peu d’étendue. Ainsi le château de Tichos (3), qui appartenait aux Dyméens (Elidc), n’avait pas plus d’un stade et demi (200”) de circuit, ce qui ne l'empêchait pas d’être solidement fortifié : ses murailles atteignaient 30 coudées (13”50) de haut (i).

Je termine ce paragraphe par une observation. Les anciens peuples et les Grecs découpaient la partie supérieure de leurs

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(1) Nous ne pouvons, dans un travail abrégé comme celui ci, entrer dans le détail de ces modifications : elles ne seraient convenablement pincées que dans une Histoire complète de la fortification, ouvrage qui manqué pour l’antiqnité. En ouvrages récents nous possédons, pour le moyen âge, l’Essai sur l'architecture militaire au moyen âge de M. ViOl.I.F.T- l.K-Duc (Paris, 1856, avec des figures très-curieuses;, et pour les temps modernes, l’ Histoire de la fortification, permanente de M. le général dk Zastrow, dont j'ai publié la traduction (3» édit., 1856, 2 vol. in-8° avec 20 planches).

(2) Polybe, livre îv, cliap. 13.

(3) Tnyo(, château.

(4) Polybe, livre tv, cliap. 18.

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murailles en créneaux, mais ils avaient rarement de ces créneaux situés dans les murs, à des hauteurs variables, et désignés par le nom de meurtrières. Archimède s’en servit pourtant lois du fameux siège que Syracuse soutint contre les Romains. 11 fit, en effet, percer, à hauteur d'homme et dans la muraille, des trous nombreux et de la largeur de la main, derrière lesquels en postait des archers et des arbalétriers qui tiraient sur la flotte (1).

Quant à ^fortification de campagne, les Grecs utilisèrent peu les retranchements, en vue d’accroître les avantages du terrain : garder des points essentiels, défendre des passages, voilà chez eux leur destination. Telles furent les fortifications des Thermopyles et de l’Isthme. On peut y ajouter les ouvrages défensifc improvisés, pendant la guerre du Péloponèse, à Pylos par les Athéniens, et dans Pile de Sphactérie par les Spartiates, et ceux élevés par Périclès dans la Chersonèse (2).

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