ATTAQUE DES PLACES
Les Grecs ignoraient l’usage des tranchées (1), et outre les blocus, les surprises et les assauts brusqués, employaient pour assiéger les places deux méthodes régulières distinctes. Après avoir formé une ligne de contrevallation et quelquefois une ligne de circonvallation, — afin de mettre l’armée assiégeante à l’abri de toute insulte imprévue, soit du Côté de la place, soit du côté de la campagne, — ils faisaient ordinairement plusieurs attaques simultanées, mais nous n’en supposerons qu’une dans la description des deux méthodes que nous venons d’indiquer.
Méthode sans terrasse. — Après avoir aplani le terrain, on établissait des batteries de catapultes et balistes à des distances proportiorfhées à l’étendue du jeu de ces machines,
(4 ) Dans des tranchées à ciel ouvert , les assiégeants n’eussent pas été si bien & couvert des traits tirés du haut des murs ot des pierres des balistes que sous ces galeries couvertes de toute espèce qu’on avait imaginées : et d'aillenrs un terrain coupé par des tranchées cfit singulièrement embarrassé les approches do ces énormes tours mobiles, & large base. Voyez -Güischardt, Mémoires critiques , tome IV, p. 40 et 64.
GRECS
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chaque batterie ayant ses rideaux séparés (1); puis, sous la protection des projectiles lancés par ces machines, on avançait les tortues et les galeries de communication pas à pas vers la contrescarpe. On essayait alors de minci' sous les murailles et de combler le fossé jusqu’à peu de distance de l’escarpe; le fossé comblé, on achevait d’approcher les tortues et les tours bélièrcs et l’on commençait à battre en brèche. Adéfaut de tortues bétières, on n’employait qu’une simple tortue sous laquelle on coupait la muraille par le pied. On communiquait des tortues aux tours au moyen do galeries de communication formées de tortues d’approche juxtaposées. Dans cette méthode, on restait obligé de creuser des boyaux de communication pour aller à couvert du camp au point d’attaque.
Méthode avec terrasse. — Dans cette méthode, on construisait d’abord une terrasse, grande levée de terre en rampe que l’on commençait assez loin pour que sa pente fût douce, et que l’on consolidait par des pièces de charpente, et quelquefois, en entrelaçant lâ terre de ceps de vigne (2). La terrasse était ordinairement assez large pour embrasser plusieurs tours de l’enceinte avec les courtines qui les reliaient. Le travail de la terrasse se faisait toujours en allant en avant ; on charriait sur la rampe les matériaux nécessaires et on les jetait de haut en bas; la construction était protégée de ce côté, soit par des lignes de vignes d’approches, soit (3) par des rideaux de peaux fraîches ou de câbles entrelacés et tressés èn forme de nattes, et en outre par des batteries éta-
(1) Ces rideaux suffisaient pour mettre les troupes qui étaient derrière h couvert des coups horizontaux et plongeants : on n'avait à redouter que l’effet des batistes et des pierriers qui tiraient en élévation.
(2) Thucydide, livre ir, chap. 90.
(3) Probablement quand la hauteur de la terrasse dépassait celle des vignes.
86 HISTOIRE OE l'art DE LA GUERRE.
blies à distance comme dans l’autfe méthode. On avait soin de. revêtir les talus latéraux de la terrasse, afin qu’elle eût moins de largeur. « La face qui faisait front à la Ville. était la partie essentielle de la terrasse ; aussi apportait-on le plus de diligence et de soin à raffermir; en lui accordant moins de talus qu’aux flancs, on lui donnait un meilleur fascinage, et même on y joignait de la charpente pour empêcher qu’une partie ne s’éboulât dans le fossé » (1). Lorsque la terrasse se trouvait achevée, on y transportait toutes les pièces qui ‘entraient dans la composition des tours, et l’on montait ces (ternicres sur place ; puis on comblait le fossé , s’jl y en avait un, et, après avoir placé à côté de la terrasse des tortues bélières, l’on commençait à battre en brèche comme dans l’autre méthode. Les tortues bélières battaient plus près que les tours. On avait soin de ne pas placer ces dernières sur la partie comblée du fossé, où leur grand poids pouvait les faire enfoncer; les tours avaient d’ailleurs besoin, pour la facilité du jeu des batistes- et des catapultes qu’elles contenaient, de rester 5 plus grande distance de la muraille que les tortues bélières. — L’établissement de la terrasse demandait un travail considérable et une armée de siège nombreuse; mais il présentait deux grands avantages: le premier était de permettre l’emploi de tours beaucoup moins élevées que dans l'autre cas; et le second, de servir pour aller à couvert du camp au point d’attaque.
Les Grecs employaient de préférence la première méthode, plus appropriée à leurs faibles ressources; ils ne virent point, en effet, avant Philippe et Alexandre, de grands appareils de siège (2).
(4; GuischaHDT, Memuiret militaires , tome II, p. 9.
(2) Philippe avuit ilans son ursenal 450 catapultes et 25 haliltcs. .
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Souvent les deux méthodes furent employées simultanément.
Quelle que fût du reste la qiéthode adoptée, il fallait ou faire crouler la muraille par la mine ou la brèche, ou escalader le rempart. Pour escalader, on possédait les sambuques et les échelles proprement dites; les tours elles-mêmes pouvaient servir dans ce but, car, toujours assez hautes pour dominer l’assiégé, elles portaient dans leur partie supérieure des ponts qui s’abattaient sur la muraille, Jà où l’on n’avait pas fait brèche. On employait aussi pour l’escalade le toit de boucliers ou le synapisme dont nous avons parié précédemment (1) : les troupes donnant l’assaut montaient sur ce toit qui était assez solide pour les supporter.
Lors du siège d’une place maritime, on agissait du côté des terres comme il vient d'être dit, et du côté de la mer en plaçant les tours et les machines de jet sur des bâtiments; dans ce cas , on essayait souvent de barrer le port par une digue assez large pour disposer, les machines, comine fit Alexandre au siège de Tyr. C'était une ligne de contrevallation maritime.
Les Lacédémoniens n’entendaient rien à l’art des sièges ; ils répugnaient même à se battre contre des murailles (2). Les Athéniens, au contraire, s’y montraient fort habiles et, dans le long siège d’Ithome, ils furent appelés à leur aide par les Lacédémoniens (3). Alexandre fit plusieurs sièges remarquables, entre autres ceux de Tyr et d’Halicarnasse. Parmi ses successeurs, dont les sanglants débats firent éclore un grand nombre *de sièges, il faut citer Démétrîus
(1) Au § 3 du présent chapitre.
(î) Plutauque, Comparaison de Lysandre el de Sylta. (3) Thucydide, livre i*', chap. 102.
Poliorcète , auquel Rhodes résista pendant iin an, malgré sa fameuse hélépole de 99 coudées (44“ 55) de haut (1).