DÉFENSE DES PLACES
Les assiégés préparaient à l’avance des fosses recouvertes à l’emplacement présumé des machines, et contrariaient l’ennemi dans ses travaux d’approche par un grand nombre de projectiles lancés par les baliates et les catapultes placées sur le rempart. Pendant tout le travail de la terrasse , ils cherchaient ù la contreminer afin d’en retirer les matériaux ou d’y mettre le feu , et pendant toute la durée du siège ils faisaient de fréquentes sorties de nuit pour culbuter et incendier les machines de l’assiégeant ; ils cherchaient également à incendier ces machines au moyen de traits enflammés, nommés falariqucs , de boulets rouges et de pots à feu jetés (lu haut des remparts par des machines monancones dont le cuilleron était garni de tôle. Pour s’opposer à l’effet destructeur du bélier, on essayait , tantôt de diminuer l’intensité de son choc en suspendant, à l’endroit où l’on battait en brèche, des matelas et autres masques amortissants; tantôt de soulever sa tôle en la prenant dans un anneau suspendu au bout d’une corde; tantôt, au contraire, de briser cette tête, en la frappant au^moyen d’une lourde poutre horizontale attachée!, par scs deux extrémités, à la volée d’une grue qui permettait de la laisser tomber ou de la relever à volonté.
Pour annuler l’effet des brèches , on construisait intérieurement un second mur contre lequel l’assiégeant se trouvait
(1) Plutarque, Vie de Dtmetriut.
GRECS
obligé de recommencer la môme série de travaux ; pour rendre les tours inutiles, on exhaussait la muraille là où elles étaient placées ; pour se garantir de l’elTetHJe^ mines, on allait par contremiues à la recherche du mineur assiégeant. ' ...
Une précaution indispensable consistait à réunir des balistes et catapultes de toutes sortes déportées, afin d’inquiéter l’assiégeant aussi bien de près que de loin , car on ne pouvait, dans les machines de jet des anciens, modifier les portées sur-le-champ comme nous le faisons avec nos canons et mortiors; mais, cette précaution ne se trouvant pas toujours remplie , il arrivait que l’assiégeant avait précisément plus de liberté d’action au momeqt où il aurait justement fallu ne lui en laisser aucune.
Dans la plupart des républiques de la Grèce, la capitale, étant l’État tout entier, renfermait, non une garnison, mais un peuple ; aussi voyons-nous les Grecs défendre leurs places avec une grande énergie ; cette énergie et la lenteur des moyens d’attaque, qui exigeaient des travaux immenses de terrassement et de charpente, sont les prinoipales causes de la longue durée des sièges. Dès que les tortues bélières prenaient leur emplacement, la ville était aux abois, et-« si elle avait attendu jusqu’à ce que le bélier eût touché le mur, elle n’était plus reçue à capituler que sous des conditions dores, à moins qu’elle n’eùt construit, pendant le siège, un autre mur en rentrant derrière celui qui était battu (1). »
Les mines visaient à deux, buts principaux : — arriver
(4) Gui iC'UAKDT, Mémotret militaire!, tome II, p. 6. >
HISTOIRE DE L’ART DE LA Gl'ERRE.
sous les fondations des murailles pour les couper ou les soutenir par des arcs-boutants auxquels on mettait ensuite le feu (ij, — et déboucher à l’intérieur de la place pour s’en emparer par surprise. Dans le premier cas on ne se contentait pas d’un seul souterrain, on en faisait plusieurs afin de mieux couper la fondation, et souvent on les réunissait, près de la muraille, par une galerie parallèle à la fondation, ce qui facilitait beaucoup le travail de la sape. 11 était bon de répandre sur le sol les terres provenant de l’excavation de ces souterrains, car souvent la vue d’un amas de terre indiquait à l'assiégé que l’on travaillait à une mine (2).
Les assiégés se garantissaient des mines, soit au moyen de contre-mines, soit.en creusant au-devant du rempart une grande tranchée destinée à couper le chemin au mineur assiégeant s’il parvenait jusque là. Lorsque le mineur et le contre-mineur se rencontraient, il se livrait un combat, ce qui indique combien les galeries étaient vastes et hautes. On dirigeait également des contre-mines sous la terrasse, afin d'en soutirer les matériaux ou d’en étayer les terres avec des bois auxquels on communiquait le feu. — On cherchait la direction du mineur assiégeant, soit en prêtant l’oreille, soit au moyen des vibrations produites par des plaques d’airain posées contre terre, ou par des vases d’airain suspendus dans des contre-mines ; dès qu’on la connaissait, on creusait au-dessous des puits par lesquels on y projetait de la fumée, de l’eau, des matières fécales, de l’huile bouillante, du sable rougi, des abeilles, des animaux venimeux,. . . tout ce qui
(1) Ce moyon fut employé par Philippe III , au siège de Palée {218 avant J.-C.). Voyez Poltbe. livre v, chap. 2.
(2) Philippe se fit ouvrir les portes de Prinasse, en effrayant les habitants par un grand amas de terres apportées k dessein, amas qui semblait indiquer que les murailles étaient minées sous une grande longueur. Consultez Polybe, fragment du livre svi.
GRECS
était propre en un mot à en chasser l’ennemi. — Si, dans ses cheminements souterrains, le contre-mineur rencontrait le conduit du mineur, il tâchait aussi, après l’en avoir chassé, d’y rendre tout retour impossible, et le meilleur moyen consistait à l’infecter.
Quand la contre-mine sous le terrain réussissait, elle culbutait tous les travaux de l’assiégeant, qui était obligé de recommencer, après avoir perdu beaucoup de monde et d’immenses matériaux ; quand , au contraire , c’était l’assiégeant qui arrivait à bonne fin, une partie de l’enceinte croulait avec grand fracas et forçait le plus souvent la ville à se rendre. « La guerre souterraine était chez les anciens, comme elle est à présent chez les modernes, la voie la plus sûre pour réussir dans l’attaque et la défense des places (1). » Aussi certaines places possédaient-elles des systèmes de contre-mines construits à l’avance. *
(4) MjUZEBOY, Art des sièges, p. 222
v Jf