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Rome dut sa puissance à son organisation toute guerrière : chez elle la nation était dans l’armée, et la légion reproduisait l’image de la cité : organisation qui ne varia point poulie fonds et fut modifiée seulement suivant les circonstances, encore sans oublier certains principes nationaux. Ces principes, d’après lesquels agirent toujours les Romains, et qui contribuèrent à les élever si haut , se réduisent à cinq : — 1° l’abandon de leurs usages dès qu’ils en eurent trouvé de meilleurs (1); — 2° la politique de paraître dans la mauvaise fortune hauts et fiers , dans la bonne doux et modestes (2) ; — 3° la tolérance religieuse qui permettait au vaincu d’ado-
(1) Poltbe , livre vi, fragment 5. a Les Romains adoptèrent déjft les armes des Samnites. » (Salleste, Catilina, cliap. 51.)
(S) PoeyDe, livre xxvii, fragment 1er.
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rer ses dieux dnns l'enceinte même de Rome; — 4® le sacrifice de l’orgueil h l’ambition, sacrifice qui leur fit adopter comme citoyen, contrairement aux républiques grecques, l’homme de mérite partout où ils le rencontrèrent, chez leurs esclaves comme chez leurs ennemis ; — 5° le soin de propager la langue et la civilisation romaines dans les pays conquis, qu’ils sillonnèrent de grandes routes afin de les rendre en tous sens accessibles à leur autorité (1).
Sans ces principes préservateurs , c’en était fait de Rome que rongeait intérieurement une aristocratie d’argent, sans industrie qui put la contrebalancer; Pour s’enrichir, il fallait spolier ses concitoyens par l’usure, piller les vaincus, ou prendre à ferme les revenus publics. Les traitants furent « un grand vice du gouvernement de Rome (2) » : ils poussaient si loin leurs exactions qu’en Asie les habitants, pour satisfaire à la contribution dont Sylla les avait frappés, « vendaient leurs femmes, vendaient leurs filles vierges, et finissaient par être vendus eux-mêmes (3). » A Rome aussi tout se vendait,, le peuple vendait ses suffrages , les sénateurs vendaient leur protection, et l’on se rappelle le mot de Jugurllm sortant de Rome : « Ville à vendre ! Il ne lui manque plus qui un acheteur. »
Dans Rome , tout le monde désirait la guerre : le sénat pour distraire et occuper le peuple, les consuls pour obtenir le triomphe, le peuple pour s’enrichir de butin et avoir en partage, à titre de redevance envers l’État, une partie des terres des vaincus. « Rome était donc dans une guerre éternelle et toujours violente ; or, une nation toujours en guerre , et par
(I ) Giddon, Péradence de l'empire romain édition du Panthéon Utl/raire, tome I**, p. 17, 20, 22 et 31.
(2) Montesqoiec, Eepril de i loie, livre sm, clinp. 19.
(3) Michelet, Histoire romaine, République (1S31), tome II, p. 193.
ROMAINS
principe de gouvernement , devait nécessairement périr ou venir à bout de toutes les autres, qui, tantôt en guerre, tantôt en paix , n’étaient jamais si propres à attaquer ni si préparées à se défendre (1). » Une autre raison encore contribua à mettre les peuples sous la domination romaine : choisis avec soin et répartis suivant leurs forces et leur bravoure dans les différents corps de la légion, rendus souples et robustes par de bons exercices, habitués à une discipline inflexible, rompus à exécuter promptement d'immenses travaux quoique médiocrement nourris, les Romains faisaient la guerre dans tous les climats ; partout leur vigueur ^t leur santé se soutenaient.
Rome , « dont la passion était de commander, dont l’ambition était de tout soumettre (2), » poussait la guerre avec un incroyable acharnement. Chacun sait qu’avant la troisième guerre punique Caton, à son retour d’Afrique, terminait tous ses discours par ces mots : « Et de plus, je pense qu! il faut détruire Carthage ! » Carthage faisait ombre à la puissance romaine , il fallut absolument qu’elle disparût du monde. Rome arriva ainsi à la domination universelle, châtiant ou rasant ses rivales avec une cruelle persévérance, manquant de foi quand cela était nécessaire, engraissant les champs étrangers du sang de ses plébéiens qu’elle remplaçait |>ar des affranchis , se montrant grande et noble dans les revers, attentive et prévoyante dans les succès.
Tout légionnaire pouvait, par sa valeur, s’élever aux premiers grades et aux premières magistratures : Caton était un Italien, Marius un homme du peuple, Pompée un simple chevalier. Ces exemples, et l’éclat des récompenses accor-
(4) MuhfhBQUlfcU, Grandeur et décadence, cuap. 4<r.
(2) Montesquieu , Et prit det toit, livre xj, cliap. 47.
dées aux actes de bravoure , entretenaient dans les légions une noble émulation. . ' .
Les Romains, rudes ot grossiers, affectaient un mépris tout militaire pour les ouvrages d'art, témoin la destruction de Corinthe (1), et, chose singulière, Rome fut ensuite tellement envahie et subjuguée par les arts et le9 idées de la Grèce (2) que ce sont les descendants des Romains qui ont propagé jusqu’à nous, en les perfectionnant, les arts aimables des Grecs, la peinture, la sculpture, la musique.
La république romaine conquit si rapidement le monde qu’il faut, outre la supériorité de ses lois et de ses principes, outre son énergie morale , que l’art militaire romain ait été supérieur à celui de tous les autres peuples: il est donc intéressant d’étudier cet art en détail , afin dè voir en quoi il différait de l’art militaire des premiers peuples et de l’art militaire des Grecs. C’est ce que nous allons essayer de faire. Remarquons auparavant que, tant que cet art se maintint dans sa pureté, la république fut grande et victorieuse ; dès qu’il s’altéra, la puissance de Rome déchut rapidement, car, de toutes les vertus roinuines, la verlu guerrière fut celle qui s’évanouit la dernière.