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INTRODUCTION GÉNÉRALE

La guerre , fille de la discorde , est ancienne comme le monde.

Les instruments de guerre furent simples chez les premiers peuples : ils se perfectionnèrent, comme tous les produits des arts, avec la civilisation.

Les pierres lancées à la main, le bâton durci au feu, la massue, voilà les premières armes offensives; ensuite on imagina l’arc (1) et la fronde, et, à la découverte des mé-

(I) Les premières flèches en usage étaient garnies d’nne pointe en silex, en os, en coquillages, en arêtes de poissons. Suivant Goocet, l'arc est plus ancien que la fronde. (De l'Origine des loi t, des arlt et det sciences, 6* édit., 4820, tome l,r, p. 433.) BkillaT— Savakin pense qne l'emploi uniforme do l'arc, sous toutes les latitudes, e doit provenir d'une cause qui s’est cachée derrière le rideau des figes. » (Phyiiologie du goût , Méditation XXVII, n° 423.)

taux, on fabriqua des javelots, des lances, des épées, d’abord en cuivre , puis en fer. Les premières armes défensives employées furent le bouclier, le casque et la cuirasse façonnés en peaux d’animaux.

Pour se mettre à l’abri des surprises, on entoura les habitations de haies, de fossés, de pieux, de palissades clayon-

nées, de murs. Pour repousser l’ennemi les hommes se

groupèrent en petits corps d’infanterie; et bientôt, guidés par F impression que fait tout objet qui domine, ils inventèrent les chars et montèrent les animaux qu’ils avaient à leur disposition : les chevaux, les éléphants, les chameaux ou dromadaires (1), les onagres.

Avec l’accroissement de la population les corps d’infanterie se grossirent, les chars et les cavaliers se multiplièrent. Chaque peuple organisa ses combattants. Parmi ces combattants, les uns, armés à la légère , furent destinés à l’escarmouche, les autres, pesamment armés, furent réservés pour le choc. L’escarmouche et le choc constituent deux manières de combattre puisées dans les mœurs des animaux, et par conséquent de toute antiquité.

En ces temps primitifs, à ce début des sociétés, l’art de la guerre , cet art expérimental et traditionnel qui se fonde sur tous les arts et sur toutes les sciences, n’existait pas, ne pouvait exister. Aussi la victoire appartenait exclusivement entre individus à la force, entre peuples au nombre.

On voit en effet le nombre former chez les premiers

(I) Los chameaux en Asie, les dromadaires en Afrique.

peuples l’indice de la puissance. Les souverains, rivalisant il qui aurait le plus de combattants, favorisaient dans ce but (1) la population et accordaient des gratifications aux pères de nombreuses familles. Ils se plaisaient à traîner à leur suite une multitude confuse, aussi difficile à discipliner qu’à nourrir, pensant ainsi décider de la victoire et prévenir les troubles qui pourraient s’élever en leur absence (2). Les premiers conquérants, dont l’histoire peu connue du berceau du monde laisse entrevoir les hauts faits , nous apparaissent à la tète de millions d’hommes, effectifs dans lesquels il faut sans doute comprendre les femmes qui, chez les peuples d’Asie, suivaient ordinairement leurs maris à la guerre (3). Le passage de semblables armées affamait nécessairement les pays traversés, car alors la guerre nourrissait la guerre; et d’ailleurs eût-il été possible d’organiser un service de subsistances capable d’alimenter régulièrement de telles masses? Pour éviter un semblable fléau , pour se soustraire au pillage , but et conséquence de ces invasions , les populations n’avaient d’autre ressource que de se réfugier dans des villes fortifiées. Aussi construisait-on des cités d’une étendue proportionnée à l'agglomération d’habitants qu’elles devaient recevoir. Memphis, Ninive, Babylone, dont l’immensité rencontre de nos jours tant d’incrédules, n’étaient autre chose que des places de refuge. L’enceinte de ce

(4) Et nonfdans un but moral, comme des auteurs l’ont prétendu.

(2) BartuÉlemt, Voyage d Attachante, 2* section de la II* partie de l’Introduction.

(3) Xenophos, Cyrojiediê , livre iv, cbap. 3.

4 • HISTOIRE DE l’aRT DE LA GUERRE.

places, généralement de forme carrée, consistait en parapets de terre avec fossé (1), ou en murs épais garnis de tours.

Ces innombrables armées se composaient d’infanterie, de chars et d’hammes montés sur des chameaux, des éléphants et des chevaux, c’cst-à-dire d’hommes à pied et d’hommes montés sur des machines ou sur des animaux.

L’homme à pied, en grand nombre, était pourtant alors peu estimé : on préférait l’homme monté et surtout les chars, que les peuples d’Asie considéraient comme la force principale des armées. 11 faut diviser ces chars de guerre en trois espèces : les chars propres au transport des combattants, les chars armés de fau].x , les chars portant des machines.

Les chars destinés au transport des combattants possèdent la plus haute antiquité : leur usage précède celui des hommes montés à cheval, c’est à-dire de la cavalerie proprement dite (2). Ils consistaient en plates-formes garnies sur le devant d’un petit parapet, montées sur un essieu à deux roues, attelées le plus souvent de deux chevaux bardés, et assez larges pour contenir au minimum deux hommes, un conducteur et un combattant. Celte espèce de char servait de * monture aux guerriers éminents; les chefs et les rois haranguaient leurs troupes du haut de ces tribunes mobiles.

(1) Telle était l’enceinte de Memphis. L’étendue intérieure des places des

premiers peuples explique la longue durée des sièges & cette époque : les assiégeants avaient en effet, à l’intérieur des remparts, des champs qu’ils pouvaient cultiver pour se nourrir. •

(2) UooüEr, ouvrage cité, tome Ier, p. 330. — Fabrict, Itecherches sur l’époque de l'équitation et de image dee c han équestres chez les anciens , 1764, tome 1er, p. xxvt, tome II, p. 334.

ORIGINE DE l’art DE LA GUERRE. 5

Les chars armés de faulx et les chars portant des machines, plus récents que les précédents, sont contemporains de l'usage de la cavalerie ou postérieurs à cet usage.

Les chars armés de faulx proviennent d’un perfectionnement des premiers chars employés : on imagina en effet d’armer ces chars de guerre pour les rendre plus redoutables, et l’on plaça « à chaque extrémité des essieux deux faulx longues de trois pieds, l’une disposée horizontalement, l’autre verticalement, pour couper en pièces les hommes et les chevaux renversés. On ajouta dans la suite deux longues pointes au bout du timon pour percer tout ce qui se présentait, et l’on arma le derrière du chariot de lames tranchantes pour empêcher qu’on ne pût y monter (1) ». On agrandit bientôt ces chars afin qu’ils pussent contenir plusieurs combattants : dès lors ils ne furent plus la monture exclusive des guerriers éminents. Mais on eut soin de conserver des chars armés de faulx exclusivement destinés au carnage, et conduits par un seul homme bardé et monté sur un des chevaux qu’il conduisait : ces chars n’étaient plus alors que des espèces d’avant-trains armés en tous sens de pointes et de lames tranchantes, que le conducteur pouvait, dit-on , allonger et mouvoir au moyen de courroies et de ressorts.

Les chars portant des machines se construisaient sans doute suivant les machines qu’ils recevaient et qui étaient des machines de jet, des machines incendiaires ou des tours.

(I) Jolt DE Maizkboy, Cour» de facfi'yue, 1785, tome I", p. 12 et 13.

fi HISTOIRE DE L’ART DE LA (H ERRE.

Les combattants montés dans ces tours tiraient contre l’armée ennemie par dessus l’infanterie derrière laquelle ils se trouvaient rangés.

La construction des chars de guerre variant d'un peuple à l’autre, la description qui précède indique la forme la plus généralement adoptée, et si l'on est entré dans quelques détails, c’est que le char de guerre demeure la machine la plus caractéristique de l’art de la guerre chez les premiers peuples.

Les chameaux, dont la vue et l’odeur effrayaient les chevaux et jetaient le désordre dans la cavalerie , étaient montés par des archers.

11 faut considérer les éléphants comme des combattants isolés ou en portant d’autres. Redoutables et par leur masse et par l’usage destructeur de leur trompe et de leurs défenses, ces animaux, lorsqu’on ne les destinait point à lutter seuls, portaient des tours où se plaçaient ordinairement quatre combattants.

L’art de la guerre naquit dans un pays de plaines et dans un climat sec : quand même on ne saurait pas que telle est la nature du sol et du climat de l’Asie , contrée habitée par les premiers peuples, la description sommaire des moyens de guerre employés par ces peuples, telle que nous venons de la donner, le démontrerait suffisamment. D’innombrables armées ne conviennent pas en effet aux pays accidentés , où

tout les arrête et les fractionne, et l’usage des chars et des

éléphants exige un sol uni et ferme (1). Indépendamment de

la différence des terrains et des climats , le perfectionnement •

de l'art devait d’ailleurs tendre à faire disparaître ces premiers moyens de destruction, car l’art de la guerre est un art d’envahissement, et comme tel doit employer des procédés applicables en tous lieux : aussi le verrons-nous, dans le cours de cette histoire, secouer, à plusieurs reprises, les usages alourdissants pour se rendre plus léger, plus mobile, plus universel.

(1) Armandi, Histoire militaire des éléphants, p. 50 et 328. — « Lorsque les chars n’ont pas d’élan, ils sont sans force, » rapporte Plütarque dans la Vie de Sylla,

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