S 1". CHINOIS
Il paraît certain que, plus de vingt-six siècles avant J.-C., il existait un art militaire en Chine. Comme les annales des Assyriens et des Égyptiens ne nous sont pas parvenues, il est impossible de fixer l’époque où naquirent la civilisation et l’art militaire de ces deux peuples intelligents : tout en présumant donc que cette civilisation et cet art militaire doivent remonter très-haut , peut-être même aussi haut que la civilisation et l’art militaire de la Chine, nous devons naturellement commencer par les Chinois dans ce chapitre consacré aux premiers peuples.
Vingt siècles au moins avant notre ère , les Chinois possèdent des armées bien subdivisées, chaque subdivision ayant pour la guider un drapeau de couleur spéciale. La cavalerie et les chars de guerre y manœuvrent par grandes masses; parmi ces chars, citons le char volant , capable de contenir vingt-cinq hommes, et cependant assez léger (1) pour être
(1) Construit on bambou, sauf le brancard et les roues.
traîné à vide par un cheval et être transporté au besoin par six hommes.
Déjà ils savent assiéger les places, et le faire en se couvrant.
Onze siècles avant J.-C. , ils se rangent tactiquement sur une seule ligne à intervalles, formée de cinq carrés égaux en front et en distance.
Quatre siècles antérieurement à l’ère chrétienne , au dire du P. Àmiot (1), ils connaissent la poudre de guerre, qu’ils fabriquent blanche. Le même auteur ajoute à la connaissance de la poudre la connaissance des propriétés de cet agent , et même l’emploi des bouches à feu ; je crois qu’il faut ici restreindre son assertion. Les Chinois utilisaient alors la poudre à la confection d’artifices divers, et aussi pour produire l’explosion à distance de globes en fer creux ; mais ils n’eurent véritablement des bouches à feu qu’au début de notre ère, et ce qui semble le prouver, c’est que les canons qu’ils emploient à ce dernier moment sont des canons en cercles de fer, et par conséquent d’une construction simple et naïve (2). Leurs canons restèrent toujours très-inférieurs, puisque, l’année 1271 de Père chrétienne, ils appellent à leur aide deux ingénieurs européens, qui leur construisent plusieurs catapultes, et amènent ainsi la reddition de la place de Siang-Yang.
Ils ont pour principales armes oflensives : l’arc , le sabre courbe, la hache, la pique de longueur variable; leur cavalerie se défend comme leur infanterie : par un casque, une cuirasse, un bouclier rond.
Leurs armées sont gigantesques : au vin* siècle de notre
(1) ilimoirci fur Ift Chmoit, tome VIII, p. 336.
(2) Ce genre de construction se reproduit en Europe eu riv« •siècle.
èro, par exemple, ils achètent 180,000 chevaux pour remonter leur cavalerie.
Ils étudient la théorie de la science militaire ; chez eux , cette science confère comme les autres le titre de docteur, et ouvre des concours (1) dont les lauréats obtiennent de l'avancement. Les écrits de leurs généraux renferment les préceptes les plus sages, surtout pour la partie morale et l'appréciation du cœur humain.
Le P. Amiot prétend que, « s’il y a de la différence entre la milice d’aujourd’hui et celle des anciens Chinois, elle ne se trouve guère que dans une certaine police extérieure, qui ne doit être comptée pour rien (2). » Cette assertion pouvait être vraie à l’époque où écrivait le savant missionnaire, au milieu du xvni* siècle, mais elle cesse d’être exacte au xix* siècle, après les attaques des Anglais contre le Céleste Empire; nous expliquerons pourquoi dans la seconde partie de cette histoire.
r^^ë» * ta* '■*>
Nous savons par Xénophon que les Assyriens entouraient leur camp (3) d’un fossé, creusé rapidement , à cause du grand
(t) Ces concours, qui subsistent aujourd’hui, n’ont été en réalité établis qu'à la tin du Xe siècle par l’empereur Tai-Tsou ; mais ils sont trop dans l'esprit des premiers Chinois, ces conservateurs immuables, pour ne pas les citer ici ; nous ne reviendrons d'ailleurs sur ce peuple que relativement aux temps
modernes.
(2) Art militaire dee Chinoii, publié par DK Goioxes. <772, p. 12. Un
extrait de cet ouvrage a été publié en 1773, à Faris, cher. Didot , dans le format in 12, sous ce titre! Etal actuel de l'art et de la science militaire/ à la Chine. 1
(3) Ce camp renfermait des tentes soutenues chacune par un poteau centrai : voyez les bas-reliefs de Kborsnbad et Kouyungik dans’les publications récentes relatives à Ninivo
HISTOIRE DE L’ART DE LA Gl ERRE.
nombre de bras, et destiné à la fois à pouvoir éviter le combat et à garantir leur cavalerie ; les cavaliers de cette nation entravaient en effet leurs montures, et de là nécessité de se ménager du temps pour les détacher et les équiper; la réfaction du commandant des Dix mille , dans le passage invoqué, semble même taxer d’infériorité la cavalerie assyrienne (1).
Le même auteur (2) nous apprend que ce peuple menait avec lui, quand il faisait la guerre, de belles femmes , soit épouses , soit concubines , placées dans des chariots.
A l’égard de ces chariots, nous manquons de détails spéciaux. Le char royal du bas-relief de Kouyungik, reproduit par M. Henri La yard, explorateur anglais, qui a suivi les traces françaises pour les fouilles assyriennes (3) , est à deux roues, sans faulx, sans pièces défensives, contient trois personnages (le monarque , un conducteur, un porte-parasol) et se trouve attelé de deux chevaux ; le roi y tient un arc à la main, mais on ne peut affirmer que ce soit l’image réelle d’un char de guerre assyrien.
Les armées de l’Assyrie ne pouvaient recruter des éléphants, mais elles traînaient à leur suite des chameaux; Diodore de Sicile nous confirme ces deux faits, en racontant de la reine Sémiramis, prête à combattre un prince indien , qu’elle fit fabriquer des simulacres d’éléphants, et qu’elle rassembla pour cette expédition jusqu’à 100,000 chameaux,
(4) « Ils savent que, durant la nuit, la cavalerie, surtout la leur, est en désordre et sans forces. » (Cyropédie, livre m , clinp. 3.).
(2) Cyropédie, livre iv, clinp. 3.
#(3) La voie n été ouverte par M. Botta , consul de France à Mossoul, auteur, avec M. E. Flakdin, du curieux ouvrage intitulé : Monuments de .Vinic», 1849.
montés par des guerrière munis chacun d’une épée longue de 4 coudées (lm 80) (1).
Quant à l’infanterie assyrienne, je n’ai pas rencontré d’indications la concernant positivement; mais tout porte à croire qu’elle était presque entièrement armée de javelots, se servait de boucliers légers et se rangeait sur trente rangs de profondeur, comme celle des Babyloniens et des Lydiens. On distingue, sur un bas-relief des ruines de Ninive, des fantassins assyriens coiffés d'un casque et armés d’une pique.
Le drapeau assyrien portait une colombe : ce symbole venait de la grande Sémiramis, nourrie, dit-on, dans le désert par cet oiseau , lorsque sa mère l’exposa enfant (2) , et adorée sous cette figure. *
Leurs forteresses affectaient souvent, d’après le bas-relief de Nimroud , une forme arrondie; elles se composaient d’une muraille continue, avec tours carrées. Ninive et Babylone, vastes camps retranchés, à l’intérieur desquels on labourait comme au milieu de toutes les grandes villes antiques, avaient chacune une enceinte rectangulaire d’un pourtour gigantesque; le développement de l’enceinte de Babylone, après ses derniers accroissements, a été fixé par M. Qualremère (3) à 480 stades, c’est-à-dire à 40, 04 ou 89 kilom., suivant l’évaluation du stade; et l’on retrouve chez Ctésias le même chiffre pour l’enceinte de Ninive. Les
(4) Diodore de Sicile , n, 16, 17. Sémiramis régna, suivant les plu9 grandes probabilités, de l'an 1916 A l'an 1874 avant notre ère.
(î) Le nom de Sémiramis signifie colombe, car il est la corruption- du mot syriaque r/iemirrnor : Beneto» (Commentaires sur les enieignet, p. 15) va trop loin en semblant conclure de ce rapprochement que la reine Sémiramis doit son nom au drapeau assyrien.
(3) Mémoires géographiques sur la Babylonie ancienne et moderne. M. Qdat réméré adopte, comme Sainte-Croix, pour le circuit l'indication d’Hérodote qui est supérieure A celle do Slrabon et à celle de Ctésias.
ItHf •
*1 sm
murailles de ces deux villes mesuraient 1 QÛ pieds de hauteur; celles de Ninive comptaient de 1,500 à 1 ,800 tours pour les flanquer; celles de Babylone, tours seulement. Malheureusement, l'Assyrie n’offrant ni pierres ni bois de charpente , toutes ces constructions se faisaient en briques et bitume, se trouvaient mal reliées et se détruisaient par suite facilement et promptement. Un fossé large, profond et plein d’une eau empruntée à l’Euphrate, courait autour de l’enceinte de Babylone.
§ iL indiens W.
L'état actuel de nos investigations sur l’Inde ancienne ne permet pas d’affirmer positivement, comme pour la Chine, qu’on y connaissait plusieurs siècles avant notre ère la composition de la poudre; pourtant les Indiens possédaient, à l’époque la plus reculée de leur histoire, le secret de certaines armes à feu lançant, à l’aide d’une combinaison salpètrce , des projectiles explosibles dont la durée de combustion se calculait à volonté, et qui servaient à détruire les machines, les édifices, les portes; cette combinaison, cet agent particulier de destruction, paraît s’ètrc ensuite perdu, avant l’ère chrétienne , en sorte que, dans la période moderne, les Indiens n’ont point précédé les Européens quant à l’invention ou l’emploi des armes à feu (2).
(1) Nous portons en ce paragraphe antérieurement au grnnd Alexandre, dont l’influence en art militaire sera esquissée au chapitre suivant. — M. l’abbé Guspare Gorresio, de Turin, traducteur du Bomayana, a bien voulu nous indiquer les principales sources à consulter pour la rédaction de cc paragraphe.
(3) Note »ur image primitif de la poudre dane lee Indes, dans le Ilibliograpliical Index lo II te historians of muhammedan India , by EllIOT, esq. — Calcuttn, 4849.
ÉGYPTIENS
Les anciens Hindous s’adonnaient à la scienc.c militaire, dont s’occupe une partie de leurs livres sacrés, le Dhanur Veda. La guerre était chez eux l’occupation spéciale des kckattriyas ou classe des guerriers. Ces derniers portaient un casque , une jaquette piquée ou une cotte de mailles. Leur principale arme offensive était l’arc (en sanscrit dhanus, le meurtrier), puis le javelot, la massue, la hache, l’épée, l'épieu.
Les hommes montés formaient le fond de leurs armées : d’après le Mahâbhârata (1), ils mettaienUen effet sur pied cinq fantassins pour trois cavaliers, un char (mpnté par 2 hommes) et un éléphant (monté par 4 hommes) , c’est-àdire pour neuf hommes montés (2). «L’emploi du char se rencontre dès l’époque où les Aryas n’étaient pas encore entrés dans l’Inde (3). L’éléphant (en sanscrit gadja , le marcheur) appartient spécialement à celte contrée; c’est le joueur le plus important de son système militaire, et on l’arme par milliers.
Suivant VAgni Pavana , les Indiens savaient établir un camp, disposer une marche, passer un défilé, fractionner leur armée en deux ailes, un centre, une réserve (4).
§ 4. ÉGYPTIENS
Dans l’ancienne Égypte , les guerriers formaient une caste
(!) Recueil d’ancienne» épopées indiennes Roberston en Tait déjà l’analyse partielle : voyez »A Recherches «tir l'Inde ancienne. Appendioe, tv, 3 ; traduction française, 1792, p. 396 et suivantes.
(2) Arma.ndi , llitloire militaire dee éléphant», 1 H 13 , p. 33.
(3) Lahdi, Antiquités indiennes {en allemand), tome I", p. 811 à 813.
(4) Note sur la science militaire des anciens Hindous lue à la Société asiatique par le professeur YVilson.
HISTOIRE DF, L ART DE LA G l'ERRE.
spéciale (1), la plus honorée après celle du sacerdoce. Cette caste possédait le tiers des propriétés territoriales : chaque guerrier avait reçu, en effet, 12aroures (environ 11 arpents de Paris ou 376 ares) de terre exemptes de toute charge et redevance (2); s’il ne possédait pas réellement ces 12 aroures en nue propriété, il reste certain qu’il en touchait l’usufruit (3).
Pendant leur service auprès du roi , les guerriers avaient, en outre , une solde (4), et l’on fournissait en môme temps à chacun d’eux d® quoi nourrir une portion de sa famille , soit 2 kil. 50 de pain, 1 kil. de viande et 1 litre de vin. Les privilèges et largesses dont jouissait la caste militaire avaient pour but d’y favoriser* les mariages, résultat important pour l’État, puisque les fils de guerriers pouvaient seuls devenir guerriers.
11 était expressément défendu aux guerriers de cultiver leurs terres , de commercer ou d’exercer des arts mécaniques; le principe de Y hérédité des professions s’y opposait; ce principe, applicable à la profession militaire comme aux professions civiles, formait une des bases du gouvernement. Les guerriers conservaient donc pour uniques occupations l’étude, l’exercice et l’enseignement de leur art: on leur
(1) Je parle ici d’après les anciens erremonts. Un mémoire de M. Ampère, ln & l’Académie des inscriptions, le (* septembre 1848, mémoire rédigé sur la traduction des textes originaux, tend & établir que la division de la population égyptienne en castes n'était pas absolue , et que les fonctions militaires ne se transmettaient pas constamment par hérédité.
(2) Hérodote, livre u, § 118.
(3) La caste possédait, les individus n'avaient que l’usufruit. Cette distinction, indiquée par quelques auteurs , existait probablement, car elle donnait au gouvernement ln faculté de faire changer les guerriers de lots, soit pour égaliser les revenus, soit pour récompenser les meilleurs guerriers par la distribution des lots les plus productifs.
(4) Hérodote, livre n, § 148.
ÉGYPTIENS
laissait des armes pour les exercices (1). Ces exercices se faisaient au son du tambour et de la trompette ; ils étaient variés et sérieux.
L Égypte n entretenait point d’armée permanente : après les expéditions, on licenciait les troupes. Les évaluations du nombre de soldats que pouvait fournir la caste militaire diffèrent beaucoup entre elles suivant les auteurs qui les rapportent. Ce nombre, dépendant du chiffre de la population guerrière, a dû varier en effet avec les époques, augmenter dans les teijips heureux, diminuer dans les temps de décadence; on peut l’évaluer en moyenne à 180,000 hommes.
Les historiens s’accordent à donner à Sésostris, pour sa fameuse expédition, 600,000 fantassins auxquels il faut joindre 27,000 chars et 400 vaisseaux. Quant aux 24,000 chevaux que les historiens ajoutent, on doit les considérer ou comme une partie des chevaux deschare, ou comme une ca\ alerie alliée; car, d’après le témoignage unanime des monuments, 1 Égypte n’eut point de cavalerie nationale, et n’employa même pas les chameaux.
L existence do la caste guerrière contribua au perfectionnemenl de 1 art militaire : aussi , parmi les anciens peuples, les Égyptiens peuvent-ils à bon droit être regardés comme un des plus habiles à la guerre, sinon comme un des plus belliqueux (2). Leur ordonnance consistait en gros bataillons
•A : — r— i - o— •••»■• V 11 a Ïi roi.I. ION - 1 IGEAC (l m
Kgjptc ancieuüü, p. 150) réfute cette opinion. Tranchant que tes kgypuens étaient militaires sans être essentiellement
» n..o tu. E,~ypjjens „c furent
IGKAC ( l'nivtrs pittoresque ,
ST DE Laverne dit fnt guerriers ; voyet
carrés de 100 de front sur 100 de hauteur; ces bataillons se subdivisaient par fractions de 1,000, de 100, de 10. Ce système de formation décimale parait être le plus naturel , le plus simple ; les premiers peuples l’eurent seuls d’une manière complète.
De grands boucliers qui les couvraient de la tête à la ceinture, de longues piques à la main droite, une courte hache à la maiu gauche, une courte tunique, des cuirasses de lin, des casques de cuivre ou de fer, et pour chaussures des patins à pointe aiguë et recourbée, tel était l’équipement des pesamment armés! 11 existait aussi des armés à la légère , soit archers, soit frondeurs , soit portant la hache ou le sabre courbe. Les chefs se reconnaissaient à la plume d’autruche dont leur tête était ornée, les autres officiers à des signes extérieurs.
Les Égyptiens tenaient à leurs habitudes, toutes fort embarrassantes, telles que leur grand bouclier et leur extrême profondeur, qui les faisait impénétrables, mais les rendait en revanche faciles à harceler. A la bataille de Thymbrée (548 avant J.-C.), Crésus ne put jamais obtenir d’eux de se ranger sur une moindre hauteur pour former un plus grand front, ce qui provoqua ces paroles de Cyrus, s’adressant à l’un de ses chefs : « Crois-tu que des bataillons dont l’épaisseur fait que la plupart des soldats ne sauraient atteindre l’ennemi avec leurs armes, puissent être d’un grand secours aux leurs , et causer bien du mal au parti opposé ? Je désirerais que les pesamment armés égyptiens, au lieu d’être sur cent, fussent sur dix mille de hauteur; nous aurions affaire à beaucoup moins d’hommes (1). »
sa distinction , p. 40 de son Art militaire chez lei nations les plus célébrés, Paris, 4805.
(4) XésopnON, Cyrope'die, livre vi, chap. 3.
ÉGYPTIENS
Lesenseignes portaient des images d’animaux, ou la coiffure et les insignes caractéristiques des divinités à forme humaine; chaque corps avait la sienne. L’emblème du vautour et celui de l’épervier représentaient la victoire.
La discipline se montrait peu sévère; le lâche, déclaré infâme , était abandonné à ses remords, mais il pouvait se réhabiliter par des actions d’éclat.
Les camps se construisaient entourés de palissades: on s’y livrait aux exercices et on y soignait les soldats malades.
Avant d’entrer en campagne, l’on invoquait par des,cérémonies la protection des dieux ; on se mettait en marche sur 8 ou 10 hommes de hauteur; en tête s’avançait, un char portant le symbole du dieu Ammon. Dans ces marches, les armés à la légère escarmouchaicnt ; (es autres fantassins cheminaient entourés en tête, en queue et sur les flancs par les chars. Des ânes servaient pour les transports.
On livrait la bataille, les pesamment armés en première ligne, les chars en seconde ligne (quelquefois entremêlés à l’infanterie (1) rangée alors sur une ou deux lignes), les armés à la légère sur le flanc , le roi au centre du corps de bataille; chez tous les premiers peuples, le roi occupe cette place, où il se croit mieux placé pour sa sûreté et pour donner ses ordres (2). Un lion apprivoisé et dressé pour les combats accompagne le char du roi. Après la lutte, on coupait aux vaincus la main droite et le phallus, et l’on enregistrait comme trophée le nombre de mains et de phallus coupés. A sa rentrée en Égypte, un pompeux et religieux triomphe attendait le monarque vainqueur ; dans ces triomphes figurent les éventails et les parasols.
(1) D pimau de la Malle, Poliorce'tique du ancien#, 4819, p. SCI.
(2) Xkbopiion, Retraite dei Dix mille, livre 1er.
Les Égyptiens savaient se couvrir au moyen d’un parapet en terre précédé d’un fossé ; Sésostris fortifia d’un semblable parapet la ligne comprise entre Pelusium et Héliopolis , afin de fermer le Delta aux incursions des Arabes (1). Divers auteurs disent que cette ligne fut fortifiée par un mur (2), et cette version d’une fortification en maçonnerie semble mieux cadrer avec l’existence des gigantesques constructions égyptiennes. Quoiqu’il en soit , ce fait constate chez les Egyptiens l’emploi de lignes fortifiées.
L’Égypte renfermait de grandes villes semblables aux villes d’Asie : les plus célèbres sont. Memphis et Thèbes, cités entourées de fortifications précédées d’un fossé. L'enceinte carrée de Memphis avait 150 stades (27 kilom.) de pourtour; le fossé qui la précédait était fort large, et, rempli d’eau , formait sur trois côtés une véritable inondation. Thèbes constituait ce que nous appelons aujourd’hui un camp retranché , d’un si vaste développement que son périmètre contenait cent portes.
Les Égyptiens ne devaient pas être versés dans l’art de prendre les places, s’il est vrai que Psammétique resta 29 ans devant la petite ville d’Azoth, c’est-à-dire pendant la plus longue durée de siège dont l’histoire fasse mention. Us connaissaient pourtant l’usage des machines de guerre et se servaient dans leurs sièges, comme on le lit sur leurs monuments, de la tortue, du bélier et des échelles (3).
La décadence de l’art militaire en Égypte eut pour cause
(1) Saiht Cyr, Notes sur les anciens peuples guerriers, 1783, p 25.
(2) Piodore, I, 57, et, d’après lui, l’Encyclopédie méthodique, Art militaire, 1785, tome II, p. 2, et presque tous les géographes du xi*e siècle.
(3) Dckkàü de la Malle ( Poliorcétique des anciens, p. 1 25) croit qu’alors un règlement forçait les officiers du génie à être peu habillés et dénués d’armes défensives et offensives, afin de donner l’exemple du Courage dans les assauts.
ÉGYPTIENS
l'affaiblissement suceessif de la caste guerrière , à laquelle Immigration volontaire en Éthiopie de 20,000 guerriers, mécontents et jaloux des mercenaires grecs appelés par Psammétique, porta le dernier coup. L’époque de cette décadence reste mémorable, car depuis lors l’Égypte fut toujours asservie.
Nous terminerons ce paragraphe par quelques lignes sur la marine des Égyptiens.
Nous avons vu ci-dessus, que les historiens s’accordaient à donner 400 vaisseaux à Sésostris (Rhamsès III) pour §on expédition. L’Égypte possédait alors en effet depuis longtemps une marine militaire régulière , et tous les monuments nautiques de ce pays, actuellement connus, « témoignent d’un art avancé. » Voici la description de la construction probable d’une galère égyptienne, telle que l’étude approfondie de ces monuments a permis à un savant archéologue français de l’établir (1) :
La galère de guerre égyptienne, ordinairement pontée, et dont la quille se recourbait vers la poupe et la proue , affectait une forme allongée (environ 38"98 sur 5”19) : la proue était munie d’un éperon en métal faisant fonction de bélier; à l’avant comme à l’arrière s’élevaient des châteaux couverts, offrant à l’intérieur un abri, et à leur partie supérieure une dunette sur laquelle on combattait. Cette galère nageait avec un rang de rames de 4“87 de long environ : elle était en outre pourvue d’un mât portant une voile carrée «t d’un gouvernail; elle faisait approximativement 9 kilom. 72 à l’heure. Un bloc de pierre lui servait d’ancre.
(I)M. A . Jal, dan* son Archéologie navale, <840, tome I*r, mémoire n° I , Sur le» navire» de» Égyptien». C’est ce mémoire que nous résumons dans la description qui suit.