‹ Histoire de l'art de la guerreChapitre 30 sur 127 · LÉGION · texte numérisé non relu

LÉGION

La légion fut d’abord rangée en ligne pleine comme la phalange ; on la rangea ensuite sur deux lignes : la première, composée des hommes les plus vigoureux, nommés princes, c’est-à-dire premiers, et la seconde, composée d’anciens soldats, nommés pilani. Les armés à la légère étaient alors désignés sous les noms d’hastaires et de roraircs. — Plus tard, après le siège de Voies, l’an de Rome 347 (406 avant J.-C.), on voulut avoir trois lignes, et on adopta l'ordre en échiquier. On divisa chacun des trois corps ci-dessus, savoir : le corps des princes, le corps des haslaires et le corps des pilani , en dix parties nommées manipules, chaque manipule comprenant deux centuries (2) ; puis l’on plaça : — à la première ligne les dix manipules de haslaires, l’intervalle entre deux manipules étant nu moins égal au front d’un manipule ; — à la deuxième ligne les princes, qui , malgré ce déplacement, conservèrent leur nom, et dont les manipules furent placés vis-à-vis les intervalles des haslaires; — à la troisième ligne les pilani, qui prirent le nom de triaires.

Les armés à la légère, recrutés parmi les plus jeunes et

(1) Michelet, Histoire romaine, République, tome, II, p. Ï34.

(2) V Encyclopédie méthodique , Art militaire , tome II , p. 261 , dit que le manipule des triaires, n'étant jamais que de 60 hommes, ne se divisait pas en deux centuries : mais Polybe (livre VI , fragment 5) n’excepte nullement les triuires lorsqu’il dit que chaque manipule était commandé par deux centurions. Voyez à cet égard la Tactique do Maizerot, tome I*r , p. 80, et tome III, p. 60. — Cüisciiardt, dans ses Mémoires critiques et historiques, tome 1er, p 313, compto aussi 60 centuries par légion.

ROMAINS

les plus pauvres Romains , reçurent le nom de vélites et Turent aussi divisés en dix manipules.

La légion était donc un corps de troupes dont les différentes divisions, basées sur le nombre 10, étaient rangées sur plusieurs lignes à intervalles (1).

Les baslaires, les princes, les triaires étaient les seuls soldats légionnaires. Le simple légionnaire n’eHt pas voulu passer décurion dans les vélites. Une action d’éclat donnait entrée au vélite dans la classe des légionnaires (2).

Le chiffre numérique de la légion fut successivement de 1,000 fantassins et 200 cavaliers, 4,200 fantassins et 300 cavaliers, 5,000 fantassins et 300 cavaliers, 6,000 fantassins et 300 cavaliers. La légion du temps des Scipions était celle de 4,200 fantassins; on y comptait 1,200 vélites, 1,200 hastaires, 1^200 princes et 600 triaires; chaque manipule de vélites, d’bastaires et de princes y était de 120 hommes; chaque manipule de triaires de 60 hommes. Dans les autres légions, ces nombres variaient suivant la même proportion, sauf pour les triaires, dont le chiffre restait toujours fixé à 600; à l’égard de ce corps, la qualité des soldats y rachetait l’infériorité du nombre.

Voici les fonctions attribuées à chaque ligne :

Les vélites, postés devant les hastaircs pour masquer les dispositions du général, commençaient le combat, se battaient sans ordre, se répandaient de tous côtés, puis se retiraient par les flancs et les intervalles des hastaires, ou s’emparaient de hauteurs d'où ils pouvaient incommoder l'ennemi.

(t) L’ordre de bataille de la légion ne nous a pas été transmis par les historiens romains : celui que nous venons de rapporter est le plus généralement admis par les commentateurs, comme cadrant bien avec les diverses relations ide combat* qui nous Sont parvenues. (Voyez Cuambbay , Philosophie de la guerre, 2e édition, p. 29 et note 5.) . J

(2) Cabjuok Nisas, Histoire de l'arl militaire, tomel>r, p. 473.

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HISTOIRE DE 1,’XRT DE LA GLERRE.

En marche, ils allaient à la découverte, harcelaient l’ennemi , le poursuivaient s’il était battu. Souvent aussi on les mêlait à la cavalerie, lorsque cette dernière était' peu nombreuse. César sut tirer de ce mélange un parti tel que 1,000 de ses cavaliers, soutenus de fantassins agiles, ne craignaient pas 7,000 cavaliers ennemis (1),

Les hastaires et les princes chargeaient à la course avec le pilum et, le pilurn une fois lancé, avec l’épée. Quand les hastaires étaient fatigués, ils se retiraient par les intervalles de la seconde ligne, et les princes les remplaçaient; quelquefois, cependant, les princes venaient renforcer la première ligne en enchâssant leurs manipules dans les intervalles qui séparaient les manipules des hastaires.

Les triaires étaient armés d’une pique. Soldats expérimentés, ils étaient ordinairement placés en troisième ligne, afin de garantir les lianes et les derrières de la légion; mais ce poste ne leur était pas rigoureusement fixé : leur fonction spéciale, comme corps de réserve, était d’agir avec vigueur aux endroits faibles et de ramener la victoire. De là le proverbe : « Ad triarium ventum est (2), » pour exprimer les derniers efforts. Tant que durait le combat des hastaires et des princes, « les triaires, le genou droit en terre, le bouclier appuyé contre l’épaulè, le talon de la pique fixé en terre et la pointe présentée comme celles des pieux d’un retranchement, restaient immobiles (3); » quand les hastaires et les princes se retiraient, les triaires se mettaient en mouvement et chargeaient en formant la ligne pleine. — Souvent aussi les triaires étaient préposés à la garde du camp.

(4) Commentaire! do CiisAB, Guerre civile, livre 111, chnp. Si.

(2) Les historiens disaient' : « Rei ad iriarioe pervenit. a — On lit dans Tite-Ltvk (vm, 8) : « Rem ad Iriarioe rediete. a

(3) Encyclopédie méthodique, Art militaire, tome III, p. 679.’

ROMAINS

Les trois lignes se plaçaient sur dix hommes de profondeur (1), ce qui donnait 12 hommes .de front, aux manipules des hastaires et des princes, et 6 hommes de front aux

manipules des triaires (2). Si donc l’on admet, avec Guiscliardt et Lebeau, que dans l’ordre de bataille l’intervalle qui sépare deux fantassins, pris en tous sens, est de 0 pieds (3), et que l’on compte 1 pied pour l’épaisseur et 1 pied 1/2 pour la largeur d’un homme, le front d’un manipule d’Iiastaires ou de princes sera de 84 pieds et sa profondeur «le 04 pieds. Le front total de la légion, en supposant l’intervalle des manipules juste égal au front d’un manipule, sera donc égal à vingt fois le front d’un manipule ou à 1,080 pieds !403m00). Quant à la profondeur totale de la légion, elle sera de cinq fois la profondeur d’un manipule ou 320 pieds (94m 40), si l'on suppose les intervalles des lignes égaux à

LÉGION MA?ÿPLLAIHE.

1,680 pieds romains, ou 495 « 60. (

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(t ) Celte profondeur variait suivant les circonstances. D’après Gcjschauht (Mfmoiret crihquet, tome IV, p. 208), aucun auteur ne dit positivement que les Romains se rangeassent sur liuit ou dix rangs.

(2) Suivant Maizkbot (Cours de tactique, tome Iw, p. 68), les triaires se plaçaient aussi quelquefois sur cinq rangs seulement ; leurs manipules avaient filors le meme front que ceux dos hastaires et de» princes.

(•'!) Il s'agit dans tout ee«i du pied romaiB, qui vant 0m X95.

HISTOIRE DE L’ART DE LA fi (ERRE.

en raison de l’étendue que l’on donnait aux intervalles des lignes (1). . , .

Si l’on ne compte, au contraire, comme Je font quelques auteurs (2), que 3 pieds pour l'intervalle qui sépare en tous sens 2 fantassins, la profondeur d'un manipule d'hastaires ne sera plus que de 37 pieds, le front de ce manipule de 51 pieds, et le front total de la légion de 1,020 pieds (3Ô1-).

Toutes ces supputations peuvent se varier il l’infini, suivant les nombres que l’on adoptera pour les intervalles des hommes et des lignes (3). 11 faut seulement remarquer que les intervalles des hommes devaient toujours être assez ouverts pour permettre le jet du pilum et l’usage du bouclier, qui exigeaient une grande liberté de mouvement.

I L’ordonnance romaine ne souffrait pas l’ordre serré : son caractère est la mobilité. Composée de petits corps égaux entre eux, Ta légion se pliait à tous les terrains, à toutes les évolutions, aussi bien à l’ordre en échiquier sur trois lignes, ordre primitif et théorique, qu’à l’ordre sur deux ou trois . lignes à intervalles et à l’ordre en ligne pleine. C’est ce qui lui donna la supériorité sur la phalange, dont le succès dépendait uniquement d’un terrain horizontal et « de la pesanteur des corps (4). » ■

Dans les trois classes de légionnaires les manipules se

(4) Voyez d'Ecrkhmevxlle , Essai historique sur l'art de la guerre, tome I", p. 54 , note.

(î) Entre autres Français, cahier lithographié en 1832 du Cours d'art militaire de l’Eoolo d’application de l'artillerie et du génie, p. 9.

(3) Maizeroy ( Tactique , tome III, p. 80; évalue, dans un calcul approuvé par Gi’Ischardt [Mémoires critiques, tome II, p. 285), à 37 toises (7 2 14 11) ia distance d’une ligne à l’autre.

(4) GtJisenARKT, Mémoires militaires, tome Ier, p. 60. — a La phalange était l’ordre qui rendait difficile d'en prendre un autre : la légion était l’ordre qui se prêtait avec le plus de facilité A tous les changements ot à tous les

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correspondaient de manière que le premier des liastaires, le premier des princes et le premier des triaires composaient ce qu’on appelait le premier ordre, les deuxièmes le second ordre, les troisièmes le troisième ordre, et ainsi de suite jusqu’au dixième. Chaque ordre formait une cohorte, en y comprenant, outre un manipule d' liastaires, un de princes et un de triaires, un manipule de vélites. La division de la légion par cohortes avait pour but de simplifier le service et de faciliter l’administration.- On envoyait en détachement une on plusieurs cohortes ; chaque détachement renfermait ainsi de chaque classe de soldats. Ou y joignait, lorsque cela était nécessaire, une ou plusieurs turmes de cavalerie.

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