MODIFICATIONS DE MARIES
Marius admit dans fa légion et dans la cavalerie la dernière classe du peuple (1), où l’on ne recrutait avant lui que les armés à la légère et les marins. Ce fut une grave atteinte à la constitution militaire de Rome, et par cette mesure, a dit un écrivain célèbre, « la république fut peiv due (2). » Je ne suis pas de cet avis. Ce qui précipita surtout Rome vers sa ruine, ce fut le luxe, destructeur de toute discipline militaire, et, plus tard, la faiblesse d’admettre des étrangers dans l’armée, dans le sénat et dans toutes les dignités de l’empire. Quant à la mesure prise par Marius, elle fut assurément un grand acte politique du chef du parti populaire , mais cet acte était réclamé par la situation (3), et le vainqueur des Cimbres no fit qu’y donner son nom La plupart des familles plébéiennes avaient déjà semé leurs os dans les pays conquis, la race des propriétaires était éteinte , le peuple'romain ne se composait plus que de
(1) Salluste, Jugurlha , chnp. 84.
(2) Montesquieu , Esprit des lois, livra xi, chap. 48. Carrion-Nisas développe avec force ces paroles de Montesquieu : il considère aussi, au point de vue militaire , l'ordonnance par cohortes comme bien inférieure h l'ordonnanéo pnr manipules (Voyez son Histoire de l'art militaire, tomo I“r, p. 257 a 267); mais il ne fait pus assez abstraction, dans son raisonnement, de la qualité du soldat, évidemment moins lionne dans ln dernière de ces ordonnances. Voyez à cet égard Cuamrrav, Philos., 2e édition, p. 45, 63, et 188.
• (3) « Exnmîncz les Romains, vous no les trouvez jamais si supérieurs que dans le chojx des circonstances dans lesquelles ils tirent les biens et les umnx.o ( Esprit des lois, livfe joui, chap. 43.)
ROMAINS
fils d'affranchis (1), Il -fallait donc enrôler dans les- légions des soldats pauvres ne laissant dahs la patrie aucun gage de fidélité, ou abandonner inutilement sur le pavé de Rome des hommes qui n’eussent cessé de fomenter des séditions.
D’ailleurs, la cause qui avait fait, à l’origine de Rome, exclure des légions la dernière classe dti peuple , cette cause n’existait plus. On doit , en effet, attribuer celte exclusion plutôt au manque de solde , qui rendait cette classe incapable de subvenir pendant la guerre à scs besoins, qu’à la volonté bien arrêtée du législateur de n’introduire dans les
armées que des soldats propriétaires.
Marius, qui reconnaissait les inconvénients de la ligne à intervalles (2), modifia aussi l’ordonnance de la légion. 11 adopta définitivement (3) la division administrative en dix cohortes; mais au lieu de laisser dans chaque cohorte les manipules distincts, il mêla ensemble hastaires, princes et triaires (4), et les arma tous du pilum, qui devint dès lors l’arme caractéristique de l’infanterie pesante. Le nombre de rangs, les intervalles entre les rangs et les files, et les noms des divers officiers restèrent les mêmes que dans l’organisation par manipules. Dès ce moment, on réserva exclusivement l’emploi d’armés à la légère à des peuples étrangers réputés pour la légèreté de leur course.
La force de la cohorte variait de 400 à 600 hommes, tou-
(t) Voyez Michelet, Histoire romaine, République, tome II, p. 112.
(2i Lisez Rocqcahcourt , Court d'art et d'histoire militaires , tomo Ier,
(3) Cet adverbe est indispensable : avant Marius on s'écartait déjà de la méthode primitive et on rangeait très-souvent le» troupes en bataille de la même manière qu’on le fit.de son temps et de celui do César. (Voyez GousciiAKET, Mémoire» critiques et historiques, toino I", p. 166.)
( 4 ) Mai/eroy . Tactique, tome III, p. 56, pense que Marius porta les
princes aux premiers rangs de in cohorte. ' • „
jours divisés en 6 centuries (1). La première cohorte , considérée comme corps d’élite, avait la garde de l’aigle. Les légions firent toujours le fonds principal des armées, mais un eut aussi des cohortes détachées soit romaines, soit étrangères, que les généraux levaient dans les pays où ils commandaient. Chaque cohorte était commandée par son premier centurion.
Marius plaçait la légion sur deux lignes : chaque ligne se composait de cinq cohortes séparées par de petits intervalles'. César la rangeait sur trois lignes : la première de quatre cohortes, chacune des deux autres de trois cohortes;