‹ Histoire de l'art de la guerreChapitre 38 sur 127 · ENSEIGNES · texte numérisé non relu

ENSEIGNES

Les enseignes étaient sacrées; on sacrifiait devant elles; il y allait de la vie de les perdre ou de les abandonner. Duns la révolte des légions de Germanie, M. Plancus, personnage consulaire , se mit sous la protection -des enseignes qu'il saisit et tint embrassées (1).

Dans l’origine, chaque manipule avait une enseigne; ce fut d’abord une botte de foin , puis des représentations d’animaux.

Plus tard, il n’y eut plus que cinq enseignes par légion. L 'aigle, qui marchait la première, était l’enseigne principale ; de la grosseur d’une perdrix , en or ou en argent , elle avait les ailes déployées et relevées. Les quatre autres étaient le loup, le cheval, le sanglier et le minotaure. Le minotaure, ou taureau , pouvait être l’emblème de la force , ou , suivant

était «l’une bonne politique; l’Itnlio manquent de cheveux, Ica Kom&ius ne pouvuient par oux-mêmo* avoir une nombreuse cavalerie,

(t) Tacite, Annales, livre Ier, chap. ,39.

Végèce (1), une représentation symbolique destinée à rappeler sans cesse au général la nécessité de tenir son secret aussi caché dans son âme que le minotaure l’était au fond du labyrinthe. Chaque manipule avait en outre sou vexille, composé d'un morceau, d'étoffe attaché à une traverse de bois; chaque turme de cavalerie avait aussi un vexille; ces vexilles portaient des marques et numéros distinctifs. Les vélites n’avaient pas d’autres enseignes que celles de la cohorte dont ils faisaient partie.

>. Marius lit définitivement abandonner les quatre dernières enseignes, et on ne porta plus que l’aigle confiée au primipile et placée au centre de la cohorte (2). Le nom de la légion, ou un signe qui lui, était propre, se gravait sur l’aigle ou an-dessous; une tablette ou médaille portait les quatre lettres armoriales de la république, S. P. 0- R-, Senalus populus que romahus. Chaque cohorte conserva une enseigne à bannière ou vexille; les centuries eurent des ensoignes sans drapeaux. La hampe de l’aigle restait sans ornements; les piques desvexilles et autres enseignes étaient, au contraire, garnies, depuis le haut jusqu’au milieu, d'ornements répandus à profusion. Ces ornements, et ceux.de l’étoffe du vexille , s’accordaient souvent comme récompense à une légion et rappelaient un fait d’armes. Lesvexilles portaient aussi quelquefois le nom du général (3).

Comme nom général, les enseignes s’appelaient si y ni fer es;

(1) Livre jn , chap. 6.

(2) Voyez üuischàrdT, Mémoires militaires, tome H, iT>to de la p. 281. — En avant de l'aiglo , c'est h dire dans les premiers ràngs , on plaçait les soldat* les pins braves, les mieux exercés et les plus ingambes : certain point d’honneur fut attaché à cette préférence qui revenait assez h celle que l'un donne aujourd’hui à nos grenadiers; on les appelait antesignani. Pouf une action de vigueur on les réunissait en corps et on les employait aéparémont. ((jlHSCJUXUT, Mémoires critiques et hittoriquee, tome l°r, p. 245.)

(3) Voyez Ajulandi, p. 301 , Encyclopédie méthodique, tome 111, p. 262.

comme noms particuliers, elles s’appelaient, suivant l’espèce, soit aqitilifèrcs , soit vexillaires. Les porto-cri soignes se choisissaient parmi les soldats les plus robustes, à cause de la pesanteur des enseignes; parmi les soldats probes, parce qu’on leur confiait la moitié de l'argent accordé comme récompense; parmi les plus valeureux, parce qu’ils tenaient en leurs mains l’honneur, la gloire, les dieux des légions.

Plus sensibles que les peuples modernes à la perle de leurs enseignes, les Romains en poursuivaient la restitution soit à force ouverte, soit par le moyen des traités (1).

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