MARCHES
On a beaucoup vanté la rapidité des marches romaines;
* elles n’excédaient point les forces de la nature : de sages . exercices avaient seulement habitué le légionnaire à tirer tout le parti possible de ses facultés. L’armée française, dans la première campagne d’Italie (1706-1797), a surpassé *» la rapidité romaine (1).
Les Romains avaient deux espèces (le marches marquées par les instruments: l’une de 120 pas de 2 pieds (O- 59) par minute, pour les marches de longue haleine; l’autre de 145 des mêmes pas, pour les courses peu longues qui exigeaient une grande célérité (2). Après trois jours de marche venait ordinairement un jour de repos.
Voici l’ordre habituel de marche : à l’avant-garde, les extraordinaires; au corps de colonne, l’aile droite des alliés suivie de son bagage et de celui des extraordinaires, la première légion suivie de son bagage , la deuxième légion suivie de son bagage et de celui de l’arrière-garde; à l’arrièregarde, l’aile gauche des alliés. Dans les occasions périlleuses, l’armée marchait par un de ses flancs en ordre de bataille , les triaires, les princes et les hastaires formant trois lignes parallèles, et chaque manipule ayant devant lui ses bagages.
(t) Quand la division Masséna marcha de Vérone sur le champ de bataille do Rivoli, puia revint combattre X la Favorite (mi-janvier 1797).
(2) Je parle d'après MaIzkkoy. Madvillon établit un -calcul pour prouver que le pas ordinaire des Romains était de 105, et leur pas accéléré de 125 il la minute. (Essai sur l' influence de la poudre à canon dans l’art de la guerre moderne, Dessau, 1782, p. 181, 182 ot 185.) Le même auteur explique ensuite pourquoi le pas militaire moderne est plus lout. A la p. 190, il avoue ne pas comprendre entièrement comment les anciens et surtout les Romains gardaient l’nlignemcnt.
126 HISTOIRE DE L’ART DE LA Gl'ERRE.
Dans cet ordre de marche, il suffisait d’un à-droite ou d’un à-gauche pour se retrouver en ligne et faire face à l’ennemi.
Pour les corps peu nombreux , la marche en avant , avec la formation ordinaire, ce que nous appelons aujourd'hui la marche en bataille, et que les anciens nommaient épa- * gogne (voyez ci-dessus notre chap. Il, § 16), était d’un usage plus fréquent chez les Romains que chez les Grecs (1).
Les batailles de l’antiquité étant « autant de combats singuliers , » il fallait dans les années anciennes des hommes très-exercés (2). Aussi tous les anciens peuples guerriers, ot surtout les Grecs et les Romains, apportèrent-ils la plus scrupuleuse attention à augmenter la force et l’agilité de leurs soldats par de continuels exercices. Mais les Romains gratifièrent en outre leurs légionnaires de deux qualités essentielles qui manquaient à l’hoplite : l’habitude de porter de pesants fardeaux, car, en sus de leurs armes, de leurs bagages, de leurs vivres, ils portaient 3 ou i pieux pour le palissademenl du camp; et celle de se livrer à toutes sortes de travaux , soit pour élever des retranchements de campagne et faire des sièges, soit pour concourir à l'exécution des travaux publics: La république pouvait compter sur ses armées pour sa défense et son embellissement.
« Le soldat romain était un véritable manœuvre, fossoyeur, maçon , charpentier, bûcheron ; il exerçait en temps
(1) Macviiaos , Influence de la poudre <1 fanon, p. 214.
(2) Voyoe Napoléon, Prècie det guerre» de CAar, «Jcrit par M. Marchand, Paria, 1836, in 8", p. 152.
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ROMAINS
de paix tous ces métiers pénibles, et il les regardait comme des parties essentielles de sà profession. Accoutumé à porter de pesants fardeaux, à remuer les machines, à les servir et à les faire jouer; il supportait sans peine et sans murmure descorvéos auxquelles nos plus déterminés volontaires se refuseraient (1). » Quelquefois même, on faisait entreprendre aux armées des travaux considérables et inutiles dans le seul but de les occupe^ « On craignait plus t oisiveté que les ennemis (2). »
Les exercices auxquels tout Romain commençait à se livrer dès l’adolescence avaient lieu au Champ de Mars, ou dans des endroits couverts destinés 5 cet usage. Les principaux étaient ; le maniement des armes , le port des fardeaux, la course, le saut, la nage; le jet des flèches et du javelot pour les armés à la légère; les manœuvres et les marches pour l’infanterie ; diverses évolutions et des charges pour la cavalerie. Dans le maniement des armes, on avait soin d'enseigner à donner toujours des coups de pointe, plus dangereux que les coups de taille, comme découvrant moins celui qui frappe (3). Les armes employées dans ce maniement pesaient deux fois plus que celles dont on se servait dans une action réelle. « Les anciens, dit Végèce (4), étaient si persuadés de l’utilité de l’escrime qu’ils donnaient double ration aux maîtres d’armes. »
Dans les camps, on se livrait aux mêmes exercices et les généraux mettaient le plus grand soin à instruirô^îeurs soldats (5). César, dans sa campagne d’Afrique, forcé de
(1) Guisciiardt, Mémoires militaires, tome Ier, p. 300.
(2) Montesquieu, Grandeur et décadence, cliap. 2. p. 48.
(3) VégLce, livre 1er, chap. 42.
(4) Livre i«, chap. 44.
(5) Voyez Polybe, livre x, fragment 2 * ’ \ .
et V*
former ses troupes au genre de tactique nécessaire pour combattre la cavalerie numide qui le harcelait sans, cesse, leur montra comment il fallait tantôt avancer, tantôt reculer, tantôt feindre l’attaque et décocher le javelot, ne dédaignant pas de descendre aux plus petits détails , « non comme un général à la tête d’une aimée de vieux soldats vainqueurs et illustrés par los plus grands exploits, mais comme un maître d’escrime qui veut dresser des gladiateurs novices (1). »
Tout en reconnaissant, avec Montesquieu (2), que les Romains, pur un travail continuel qui augmentait leurs Torces et par des exercices qui leur donnaient de l’adresse, se sont rendus plus qu’hommes, il faut se garder' de toute exagération, et considérer comme oratoire l’assertion que « dans les plus longs et les plus forts combats, tel que celui contre les Cimbres, pendant les plus bridantes chaleurs , aucpn Romain n’était ni en sueur ni hors d’haleine (3).» •