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IL. SOLDE

A l'occasion du siège de Veies, ta république commença à accorder une paie aux légions (5) ; cotte paie fut un bien , elle permit d’étendre et de prolonger la guerre; et d’ailleurs un soldat stipendié est plus dépendant, plus soumis que celui

(t) Ilannon reconnaît les Romains h leur cri. (Tite- Live, xxvi , 40.) A la bataille île Zuma, le cri des Romains est uniforme et nourri. (Id., xxx, 34.) Voyez la note (3). p. 4 45 ci-après.

(5) Tactique, tome Ier, p. 4 44.

(3) Tactique, tome Ier, p. 4 43.

(4) Jolfnal de l'armée, 4834, p. 1 6, articlo du général Bakdin. — Voyez aussi Veoèce, livré il, cliap. 24.

(5j Tite Live, iv, 59 et 60

130 niSTOIRE DE l’art DE LA f. VERRE.

qui sert à ses frais. Dès lors l’État fournit les armes, les habits et les vivres, moyennant une retenue. La paie fut fixée à 3 deniers pour dix jours, et elle resta jusqu’à César à ce taux équivalant à 2 fr. 46 c. de notre monnaie ; mais il faut observer que le denier, d’abord de 10 as, ayant été évalué, l’an 536 de Rome, à 16 as, celle fixation varia par jour de 3 à 5 as (1).

« La distance du soldai à l'officier n’était pas, à beaucoup près, aussi grande que dans nos troupes (2), vu qu’ils étaient tirés des mêmes classes de citoyens, et qu’il était très-com-: mun ([uc de simples soldats parvinssent, non-seulement aux charges de centurions, mais même jusqu’aux premières, ce qui était très-puissant pour exciter l’émulation. Aussi, n’y avait-il d’autre différence dans la solde, sinon que celle du centurion était double. Il faut excepter néanmoins ceux des trois premiers ordres, surtout le primipile, dont le traitement devait être proportionné à l’importance de leurs charges (3). »

Le cavalier avait triple paie, tant par distinction que parce qu’il avait au moins un valet ; deux tiers de cette paie étaient destinés l’un pour le maître, et l’autre pour le valet, et le tiers qui restait pour l’entrctiep du cheval.

« Mari us ayant enrôlé des gens qui n’avaient rien, et son exemple ayant été suivi, César fut obligé d’augmenter la paie (4). » 11 la porta, au commencement de la guerre des

(1 ) Voyez Éclaircissements historiques (faisant suite aux œuvres de Rollin), par Letronne, 1825, in-8«.

(2) a Les centurions ne recevaient que la double paie des soldats : ils portaient les mOmcs armes et marchaient & pied comme eux. » (Guisciiardt, Mémoires critiques et historiques, tome I*1, p. 111.)

(3) Tactique de Maizeroy, tome I,r, p. 84. — D’après Guibchardt (Mémoires critiques, tome I", p. 318), le traitement du primipile était élevé.

(4) Montesquieu, Grandeur et décadence, chap. 16.

ROMAINS

(îaules, à 10 as {environ 0 fr. 50 c.). Gmscliardt évalue la dépense annuelle pour l’entretien de chaque légion du temps de César à une somme de 300,000 écus environ.

Outre la paie en argent, on délivrait à bas prix au soldat la quantité de blé nécessaire pour sa subsistance; il portait pour le moudre des moulins à bras; à défaut de moulins, il le broyait avec des pierres. La farine f préparée d’abord en bouillie, le fut ensuite en pains cuits sous la cendre ou sur des charbons ; le biscuit ne parait adopté pour les troupes que vers le temps des Antonins. La nourriture du soldat romain consistait en lard et légumes; sa boisson en eau mêlée de vinaigre , dont l’usage lui épargnait bien des maladies. On conservait, pour les distributions en nature, la même pro** portion que pour la solde : les centurions avaient double part, et les chevaliers triple part, plus de l’orge pour leurs chevaux.

La discipline militaire a fait, suivant l’expression de Cicéron , la célébrité de Rome. Cette discipline était d’uue excessive sévérité ; elle s’étendait sur l’officier comme sur lé soldat, châtiant le premier avec l’épée , le second avec le bâton. Le général avait à l’armée une autorité absolue et le droit de punir de mort. « Ces fiers républicains, si jaloux de leur liberté, devenaient des soldats dociles et soumis sans réserve dès qu’ils avaient prêté le serment militaire (1). » — «Enfreindre la discipline, c’était trahir la patrie (2). » •>

C’était une loi inviolable de ne fuir jamais et -de ne jamais .

, (1) Tacliqut de Maizebot, tome I*r, p. 78. ,

(2) Encyclopédie tntlhodique, Art militaire, tome 11, p. 201.

quitter son rang (l). Vaincre môme, sano ordres, était une faute grave pouf’ laquelle le dictateur Papirius Cursor voulut faire battre de verges et mettre à mort son général de cavalerie Fabius Maximus Kullianus (2). Des lois défendaient de racheter Jes prisonniers, afin que les soldats- ne comptassent que sur eux-mêmes.

Voici la nomenclature des principaux châtiments :

Les amendes. •

La flagellation, avec des verges ou une tige de vigne, marque de distinction des centurions (3) ; briser le cep de vigne ou porter la main sur le centurion entraînait la mort.

La mort, pour quitter son poste, se révolter, abandonner ses armes ; les licteurs exécutaient ceux que le consul condamnait à perdre la vio. , ' .

La vente, comme esclaves, pour la mutilation volontaire dans le but d’échapper au service de la république.

L’obligation d 'hiverner sous des tentes pour une armée vaincue. ; '

La mutilation de la main droite, ou la saignée (4), à la tête du camp, pour vol.

Le piquet , qui consistait, pour les officiers comme poulies soldats, à rester, sans ceinture et la tunique flottante, debout devant le prétoire.

La privation de la solde ou d’une partie de la solda^pour des légions entières.

La décimation.

(1) Polyhe, livre ni, chrfp. 17. •

’ (2) Tite-Live, yiii, 32. •

(3) Tacite (Annalee, 1, 23) parle d’un centurion que le* troupes avaient surnommé Donnez-en une outre, parce qu’ajrant cassé une Vorge sur le dos d’un soldat, il criait : « Donncz-cn nne autre et encore une autre. »

(4) Parce que « la force étant la principale qualité du soldat, c’était le dégruder quo de l’affuiblir. » '.Montesquieu , Grandeur et décadence, chnp. 2.)

Digitiz

■ ROMAINS

La lapidation et le fustuarium , ou lapidation et bastonnade, donnée quelquefois jusqu’à ce que mort s’ensuivit, par tous les soldats de la cohorte ; cette punition s’infligeait pour faute dans la garde, vol dans le camp, faux témoignage , abus de son corps en so prêtant à quelque infamie (1).

La casse publique, pour les officiers que l’on chassait quelquefois de l’armée (2), et pour les cavaliers que l’on faisait servir à pied.

Le massacre de toute une légion pour avoir pillé sans ordre.

Le retrait de l’enseigne ou de la ration de vivres.

' La ration en orge au lieu de la ration en blé.

Outre la rigueur des châtiments et l’éclat des récompenses, une des principales causes du maintien de la discipline romaine «fut l’égal partage du butin que l’on mettait intégralement en commun, chacun, avant de partir, jurant de ne rien détourner à son profit (3).

Dès que le peuple romain se fut enrichi, la discipline se relâcha, et l’on vit tous les bons généraux, à leur prise de commandement, travailler énergiquement à la rétablir, en bannissant l’oisiveté , la volupté et le luxe. Ainsi firent Scipion devant Numance, Métellus en Numidie, Mariusen présence des Cimbres, Sylla dans la guerre contre Mithridate , Paul £mile contre Pcrsée. Dans les guerres civiles, la discipline s’altéra profondément : les généraux rivaux , voulant s’attacher leurs troupes, leur accordèrent toutes leurs demandes, fermèrent les yeux sur toutes leurs fautes, satis-

(1) PoLYnn, livre vi, fragment 5.

(2) Voyez Guisciiardt, Mémoire* militaire », tome II, p. 335.

(3) Polybe, livre x, fragment 2.

firent par le pillage à tous leurs besoins. Depuis cette époque, la discipline se releva sous quelques mains fermes, comme celles de César, mais ce ne fut que par moments; et, sous l’empire, malgré les efforts des Corbulon et des Niger, elle ne fit que décliner jusqu'à la chute définitive de la puissance ' romaine.

Les hommes se conduisent autant par l’espoir des récompenses que par la crainte des châtiments. Les Romains l’avaient compris : leurs peines étaient sévères, leurs récompenses magnifiques et nombreuses.

Pour les généraux , il y avait les colonnes commémoratives , lés couronnes d’or, le droit de consacrer les dépouilles opimcs, les temples votifs, les statues et les bustes, un surnom glorieux, le titre d’imperator, l’ovation, le triomphe; l’ovation différait du triomphe en ce que celui qui triomphait ainsi marchait à pied simplement couronné de myrte.

Pour les officiers et les soldats : — l’exemption du service militaire, qui fut accordée rarement; — l’exemption des travaux du camp ou corvées (1) ; — l’augmentation de ration ou de paie ; — les gratifications une fols données de vivres ou d’argent; — l’éloge public, avec don d’un vcxillc, d’une arme, d’un harnais, d'tin bracelet, d’un collier ou d’une coupe; — l’avancement en grade; — la couronne obsidionale pour faire lever le siège d’un camp ou d’une ville; — la couronne civique pour retirer un citoyen (2) des mains de l’en-

(1) Tite-Live , xxv, 7. Cotte exemption s’obtenait quelquefois pour de l’argent. ^Tacite, Annote», I, 17.)

(2) Sauver un auxiliaire, infime un rcâ, n Y' tait pas récompensé. La couronne civique était primitivement en clifiné.

ROMAINS

nemi, le libéré couronnant son libérateur qu'il considérait dès lors avec le même respect que son père ; — la couronne vallaire pour forcer le premier un retranchement; — la couronne navale pour sauter le premier, les aimes à la main , dans le vaisseau ennemi.

Les légionnaires, ainsi récompensés, pouvaient paraître dans les fêtes et jeux avec un habit distinctif qu’eux seuls possédaient le droit de porter (1), *

Dans les cas ordinaires, les Romains ne levaient que 4 légions; mais, par suite de guerres nombreuses et importantes, ils' en levèrent jusqu’à 23 sous la république et 33 sous les empereurs; dans les guerres civiles, ces nombres furent dépassés : César eut 39 légions et Octave 45 (2).

On attachait à chaque légion une légion de troupes alliées. L’effectif de cette dernière était le môme en infanterie que celui de la légion romaine, et le double en cavalerie. On divisait entre les consuls les forces levées, c’est-à-dire qu’on donnait à chacun d’eux deux légions romaines et deux légions alliées. En prenant pour exemple la légion de 4,200 fantassins et 300 cavaliers, une armée consulaire se composait donc de 8,400 fantassins romains et 600 cavaliers romains, de 8,400 fantassins alliés et 1,200 cavaliers alliés: ce qui donne un effectif total de 16,800 fantassins et 1,800 cavaliers. A la tête d’une pareille armée , chaque consul enlrc-

(1) Poltbk, livre vi, fragment o.

(2) GüisShahdt, Histoire des légions de César, dans le tome III de -ses Mémoires critiques et historiques, p. <05 et H 4.

prenait ime expédition séparée (1),. et les deux armées consulaires se réunissaient rarement.

Les alliés seuls fournissaient la garde du consul, dite /es extraordinaires ; cette garde sé composait du tiers de leur cavalerie et du cinquième de leur infanterie (2), soit 400 cavaliers et 1,680 fantassins. Le reste des troupes alliées était partagé en deux parties, placées dans l’ordre de bataille, l’une à l’aile droite et l’autre à faile gauche, le centre de la ligne étant formé par los deux légions romaines. De leur place habituelle aux ailes les troupes alliées prirent le nom Salaires.

A la bataille deCannes, l’armée romaine était de 80,000 fantassins et 6,000 cavaliers (3); à la bataille de Zama, d’environ 50,000 hommes; à la bataille de Cynocéphales, de 25 à 26,000 hommes; à Pharsale, César, avec 22,000 fantassins et 1,000 cavaliers, mit en déroute les 45,000 fantassins et les 7,000 cavaliers de Pompée (4).

Ce n’était donc pas le grand nombre qui faisait la force des armées romaines ; elles devaient leur puissante énergie à la continuité des exercices et à l’inflexibilité de la discipline. «Comme ces armées n’étaient pas nombreuses, a dit Montesquieu (5), il était aisé de pourvoir à leur subsistance ;

le chef pouvait mieux les connaître, et voyait plus aisément

(4/ Polybe, livre lli, chap. 23. Duna cet endroit, Polybe dit que la légion alliée contenait trois fois plus de cavalerie que la légion romaiue, tandis qu'au livre vi, fragment S, il dit seulement doux fois plus, version que nous avons adoptée dans le texte. La première version provient peut-être d’une fuuto d’impression.

(2) Polyde, livro vi, fragmrnt5'.

(3) Polybe, livre ni, chap. 21.

(4) Les i ,000 cavaliers dq César battirent les 7,000 cavaliers de Pompée. Voyca h cet égard lo 3 de co chapitre.

(5) Grandeur rl décadence, ebap. 2.

ROMAINS

les fautes et les violations de la discipline. » Ces réflexions sont justes; mais voici la principale raison du bon approvisionnement des armées de Rome. « Les généraux romains portaient une grande attention à leurs magasins : on voit dans les Commentaires de César, dans plusieurs de ses campagnes, combien ce soin important l’occupe; ils avaient seulement trouvé l’art de n’en pas être esclaves, et de ne pas dépendre de leur munitionnairc ; cet art a été celui de tous les grands capitaines (1). »

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