‹ Histoire de l'art de la guerreChapitre 45 sur 127 · CASTRAMÉTATION · texte numérisé non relu

CASTRAMÉTATION

11 est dans la nature de croire que se retrancher est donner signe de faiblesse ; les Romains ne pensaient pas ainsi : ch'ez eux, l’usage de camper était un point de discipline invariable; ils se retranchaient même pour une nuit. Grâce à une aussi prudente habitude , leurs opérations1 2 3 étaient rarement dérangées par ces événements subits qui bouleversent une armée surprise. Cette continuité d’opérations fut la cause principale de leur supériorité, ce qui fait dire à un moderne (2) : « On peut douter si les Romains durent plus à leur discipline et à leur courage qu’à la sage précaution * qu’ils avaient de se retrancher (3). »

Le camp était presque carré (4) pour une armée consulaire; pour deux armées consulaires on réunissait les camps par le front, ce qui donnait une enceinte rectangulaire oblongqe. On choisissait, comme emplacement du camp, un lieu plus favorablement situé pour la facilité de l’approvisionnement et le succès des opérations projetées que par la force naturelle de son assiette; car, eu égard aux machines de guerre des anciens, un camp, même au milieu d’une plaine, pouvait, avec sou simple parapet et son fossé,

(1) Nous croyons utile de rappeler que le» campement» de» anciens étaient indépendants de l’ordre de bataille. Le lecteur curieux peut lire, sur l’assiette des camps anciens, l 'Art de la guerre de Machiavel, vi, 1.

(2) RoCQCAncourt, Cour» d’art et d’histoire militaires , 4831, tome I'r, p. 140.

(3) La petite portée des mnehines de jet de l’antiquité rendait alors pos-

sible « de camper b la barbe de l’ennetéi, et si prés de lui qu’oit pouvait voir et entendre tout ce qui se passait citez lui. » (Mauv^U-on , Influence de la poudre à canon, p. 342,, 352.) c

(4} C’était la forme sucrée du lemplum.

ROMAINS

soutenir nn long siège. Pourtant, lorsque la position choisie était trop dominée, on occupait par de petits forts quelquesunes des hauteurs voisines; la faible portée des machines limitait beaucoup le nombre de ces forts. S’il y avait intérêt à se poster près de l’ennemi , on campait à 400 pas (2,000 pieds romains ou 590m) de son camp, proximité analogue à la plus grande portée possible des machines dont on garnissait le parapet (1). On modifiait la forme ordinaire de manière à plier l’enceinte au terrain ; mais on s’attachait à conserver la même surface, afin de ne rien changer à la disposition intérieure. L’invariabilité de cette disposition répondait à l’invariabilité de la composition numérique d’une armée consulaire; et cette concordance était précieuse, car, grâce à elle , « chaque troupe , eu arrivant , sachant la place qu’elle devoit occuper, s’y rendoit sans qu’il y eût la moindre confusion (2). »

Le pourtour du camp était de 7,800 {lieds romains (2, 301“). Aux quatre angles du parapet se trouvaient des avancés circulaires, et des avancés en demi-lune', dits clavicules, couvraient les portes. Entre le retranchement et les tentes il y avait 200 pieds (59“) de distance , ce qui mettait les tentes à l’abri des traits pendant la nuit et donnéft des emplacements utiles pour le butin, les prisonniers et les bestiaux. A l’intérieur, le camp était divisé en rues parallèles aux côtés du carré et se coupant par suite à angle droit; les deux principales de ces rues étaient la prétorienne et la quint o ne , aux extrémités desquelles se trouvaient les quatre portes publiques. La voie quintane était parallèle au

"(1) Gcibchahut, Mémoire t critiquée, tome II p. 283.

(2) Tactique de Mjuzehot* tome II1 1 p. 18. — Moireroy parle diapré* PoLvde , livre vj , fragment 5.

front; la voie prétorienne, située sur l’axe même du camp, coupait la voie quinlane et tombait sur le front à angle droit. Les deux portes situées aux extrémités de la voie prétorienne

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